« Half Bad – Tome 1 : La traque blanche » de Sally Green (Milan) clair obscur

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Nathan n’a jamais connu ses parents, et en grandissant, ce passé si particulier et déjà douloureux devient encore plus difficile à porter : certains héritages constituent de véritables fardeaux, et c ‘est le cas de celui du jeune homme. Non seulement il est orphelin, mais en plus son père est le plus puissant des sorciers noirs du Royaume Uni a séduit sa mère alors que celle-ci était mariée au père des trois demis frères et sœur de Nathan, lui-même assassiné par le père de Nathan.

Fasciné par cette mère qu’il n’a pas connu, il sait pourtant qu’il ne peut en aucun cas et avec personne mentionner ce père redouté, recherché par toutes les autorités blanches et ennemi numéro un. Heureusement, face à l’hostilité des sorciers blancs puristes et de l’une de ses demi-sœurs Jessica, il peut compter sur le soutien de Deborah et Arran et de leurs grands-mères à tous les quatre – tous sorciers blancs. Cela ne suffit cependant pas à le préserver des brimades et méchancetés de ses camarades d’école ; dangers qui s’accroissent à l’adolescence, lorsqu’en plus Nathan développe un fort caractère, des aptitudes spécifiques aux sorciers noirs et héritées, probablement de son père et des sentiments intenses pour Annalise, une jeune fille issue d’une illustre famille blanche. Surveillé, épié, espionné, convoqué, Nathan a compris depuis des années que son sort est entre les mains du Conseil, cette institution qui fixe les règles du monde de la magie et imposes ses lois. Et rien n’arrête ses membres qui, pour exercer son pouvoir sur le jeune garçon, le séquestre et le torture sous couvert de le former. L’adolescent n’est pas dupe mais est futé : il sait pertinemment qu’il doit attendre son heure pour ne pas dévoiler trop tôt ses cartes. Mais en aura-t-il suffisamment dans sa manche pour regagner la liberté et acquérir ses pouvoirs pour son 17ème anniversaire ? Rien n’est moins sûr, et toute l’aide qui lui sera apporté ne suffira peut-être pas à lui permettre d’aplanir tous les dangers qui se dressent sur sa route, érigé par des ennemis attendus et inattendus.

Le récit de Sally Green est résolument sombre, et si l’intrigue rappelle Harry Potter ou d’autres classiques de la littérature jeunesse, on s’en éloigne résolument. Nathan bouleverse l’équilibre des forces noires et blanches qui régnait avant sa naissance, et la question qui sous-tend tout ce roman est bel et bien le libre-arbitre : comment écrire sa propre vie lorsque depuis sa naissance on est considéré ou attendu de telle ou telle manière par le monde ? Nathan deviendra-t-il un sorcier blanc, à l’image de l’éducation qu’il a reçue de la part de sa grand-mère ou un sorcier noir sans scrupule dans la pure lignée de son père ? Ou existe-t-il pour lui une troisième voix, la sienne, ni toute blanche ni toute noire mais à son image et selon ses aspirations personnelles ? La poursuite d’un objectif établi comme « bon » justifie-t-elle toutes les exactions ? Ne vous attendez pas à avoir une réponse dans ce premier tome, mais Sally Green emploie tout son talent à nous décrire la complexité des sentiments et réflexions de son jeune héros et de l’univers codifié dans lequel il évolue. Aucun doute, son intrigue et son écriture sont percutantes et ne vous laisseront pas indifférent, que vous soyez un jeune lecteur ou un lecteur plus averti. Le métissage de Nathan, ses états d’âme, son stoïcisme face aux injustices qu’il subit en raison de son ascendance, la gentillesse de certains et la méchanceté intrinsèque d’autres (qui pourtant sont censés être du « bon » côté), … Impossible de ne pas se révolter pour lui, et de ne pas l’encourager mentalement à se rebiffer… quitte à se faire tabasser, autant que ce ne soit pas seulement dû à son métissage.

Un premier tome qui fonctionne donc particulièrement bien, sombre, angoissant et original, aux personnages intéressants et dont le potentiel pour la suite reste à découvrir. On a donc hâte de retrouver Nathan (ça ne devrait plus tarder je pense !) et de voir s’il parvient à tracer sa propre voix, aussi tortueuse soit-elle, tout en faisant la nique à tous ceux qui cherchent à lui mettre des bâtons dans les roues.

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