« Nos faces cachées » d’Amy Harmon (Robert Laffont) * au delà des apparences

Une couverture très féminine, un titre qui ne l’est pas moins. Il semblerait que Nos faces cachées soit une romance pure signée par une jeune auteure marquée du sceau « Young Adult » aux Etats-Unis, où elle connait d’ailleurs un véritable succès.

Pour autant, et si romance il y a bien, il ne faut pas que ce terme que certains dédaignent fasse passer à côté d’une autre, et essentielle, dimension de ce roman qui est un phénomène d’auto-édition américain.

Alors oui, il y est question de Fern, une jeune fille au physique moins attrayant que celui de ses amies, qui se complait à écrire des romans sentimentaux depuis qu’elle est petite fille et à admirer de loin Ambrose, le lutteur star de son lycée ; de ce fameux champion, qui gagne tous ses combats, multiplie les petites amies et a 4 copains à la vie à la mort avec lesquels il aime boire des bières, traineret lutter. Mais il y est peut-être encore plus question de cette adolescence américaine qui, un jour de septembre 2001, entre avec horreur dans l’âge adulte via les pires attentats que le monde occidental ait jamais connus. La veille, Fern, son cousin handicapé Bailey, sa meilleure amis Rita, Ambrose et ses amis Beans, Paul, Grant et Jesse, et tous les jeunes américains étaient insouciants et ne se demandaient que ce qu’ils feraient le we prochain, éventuellement après le lycée pour les plus prévoyants d’entre eux ; à partir de ce fameux 11 septembre, les voilà propulsés dans la vraie vie, et ses périls, dangers, menaces. Fini la croyance que tout leur sourirait quoiqu’il arrive et que leurs destins seraient ceux qu’ils se choisiraient ; à la fin du lycée, Ambrose et ses amis décident de s’engager. Devoir patriotique dont ils savent qu’il est le leur, mais dont les conséquences seront insoutenables. Les vies des jeunes hommes engagés en Irak vont être soufflées, emportées par les chaos de cette guerre terribles ; les vies des membres de leurs entourages, de leur communauté sont étroitement liées aux leurs, comme partout aux Etats-Unis. Le patriotisme élevé en règle de vie, quelles qu’en soient les conséquences, s’invite à Hannah Lake, emportant là aussi certitudes et rêves et imposant ses réalités les plus crues.

Sur fond d’histoires d’amour et d’amitié qui rappellent effectivement les codes les plus traditionnels de la romance, les réflexions sur le patriotisme, la mort, la valeur de la vie, la violence, la beauté, … sont bien plus marquantes et sont extrêmement bien menées, avec des exemples simples et parlants pour les jeunes lecteurs. Ils constituent à mon avis tout l’intérêt de ce livre destiné aux jeunes adultes : pas de jugement mais bien des pistes de réflexions, des outils pour se forger des avis sur des thématiques et sujets graves, anxiogènes et auxquels toute personne est un jour confrontée – toujours trop tôt et sans que l’on puisse s’y préparer.

Sweetie

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