« La colline aux esclaves » de Kathleen Grisson (Charleston) – un roman intense et émouvant

La Colline aux Esclaves de Kathleen Grissom

Etats-Unis, 1791. James Pyke, propriétaire d’une plantation de tabac, ramène chez lui la jeune Lavinia, fille d’un couple d’Irlandais décédés pendant leur traversée de l’Atlantique. Ce n’est pas de l’altruisme : il veut lui faire rembourser, par des années de domesticité, le voyage qu’il a consenti à lui payer. Devenue la seule domestique blanche parmi les esclaves noirs, elle ne comprend pas, à 4 ans, quelle est la différence entre elle et les autres, bien qu’elle réalise en grandissant à quel point sa situation est différente de celle de ses amis. Entourée d’amour et d’attention, elle apprend à obéir, à servir dans une maison de maitres, à s’occuper de la maitresse et de ses enfants. Tiraillée entre deux mondes séparés par le gouffre sans fond de l’esclavage et du racisme, Lavinia aura bien du mal à grandir et à trouver sa place.

Isolée, gérée par un contremaitre violent en l’absence quasiment constante du propriétaire,  Tall Oak vit en quasi autarcie grâce au dur labeur des esclaves des champs, au dévouement du personnel noir de maison, et au rythme des travaux quotidiens et saisonniers. La maitresse, dépressive et dépendante de l’opium, n’est en aucun cas capable de s’occuper d’elle, encore moins de sa famille et de la plantation de son mari. Les conséquences de son esprit envolé sont brutales et rythment elles aussi la vie de la propriété, se cumulant aux difficultés et drames inhérents à ce type d’exploitation. La vie n’est donc pas simple mais Lavinia et sa famille d’adoption (dont Belle, la fille naturelle du maitre, qui est responsable de la petite fille depuis son arrivée) s’en sortent plutôt bien. Pourtant, en grandissant, la jeune fille est non seulement moins épargnée par les adultes et affronte de plus en plus de drames, mais elle est également tiraillée entre son amour et son attachement à la famille noire qui l’a toujours considérée comme l’une des leurs et les opportunités que sa couleur et sa beauté lui ouvrent. Séparée de ses protecteurs et lancée sans armes dans le grand monde à Philadelphie, Lavinia apprend à lire, à compter, étudie, mais se confronte aussi aux dures lois de la vie en société et de la condition féminine – une autre forme d’esclavage dont elle ne connait pas les règles. Ballotée et naïve, elle ne sait pas exactement ce à quoi ses décisions et actes l’engagent ; sa tendance à tenter de toujours ménager ceux qu’elle aime l’empêche de choisir vraiment selon son cœur et elle va finir par se prendre les pieds dans ses rêves, revenant à la plantation d’une toute autre façon que celle qu’elle avait imaginée.

Kathleen Grissom manie avec talent les codes de ces romans bâtis sur les conflits de classe, de race, sur fond d’esclavage et n’épargne rien à ses personnages. Leur solidarité est aussi profonde que la détresse qui les assaillent régulièrement et l’auteure nous offre des personnages authentiques, sensibles, vrais auxquels on ne peut manquer de s’attacher et pour les sorts desquels on se passionne rapidement. Entre humanité, altruisme, violence, racisme, Lavinia, Belle et leurs amis et ennemis tentent tant bien que mal d’écrire leurs routes et de protéger ceux qu’elles aiment.

Dans la lignée de La couleur des sentiments, La colline aux esclaves s’attache à restituer l’atmosphère parfois nauséabonde d’une époque largement marquée par l’exploitation de certains hommes par d’autres, mais éclairée également par l’humanité lumineuse de certains Blancs. Kathleen Grisson nous livre toute la beauté et la dureté de la vie à Tall Oak et de ses habitants, ne nous épargnant rien et par le biais d’une plume qui peut s’avérer bouleversante. Un livre fort, riche en émotions qui ravira les amatrices (et amateurs) du genre, c’est certain.

Sweetie

 

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