« Roméo sans Juliette » de Jean-Paul Nozière (Thierry Magnier) * indifférence tragique

De sa fenêtre, Roméo a toujours vu la maison de Juliette, et vis versa. Depuis toujours, ils sont amis et plus ; qu’importent les différences, ils sont déterminés à rester proches et à tout affronter ensemble. Mais la vie est parfois dure et comme beaucoup, les enfants devenus ados vont s’en rendre compte à leurs dépens.

Car le jour où la mère de Roméo disparait, son père disjoncte ; du jour au lendemain, il fait entrer son fils dans une spirale infernale faite de racisme et de haine. Pourtant, le jeune garçon ne se rend pas bien compte de ce qui est en train de se passer et qui, définitivement, influencera tout le reste de sa vie. Ce sont d’abord quelques réflexions sur ces « étrangers », puis des injures et des qualificatifs haineux ; puis ce sont des comportements étranges et inexpliqués : le père de Roméo se met à fréquenter des groupuscules d’extrême droite, impose à son fils une cérémonie de levée du drapeau tricolore tous les jours, rebaptise leur « propriété », défend à Roméo de fréquenter des Arabes et des Noirs, … . Dépassé, sans réelles connaissances sur le sujet, l’ado adopte ce vocabulaire et cette haine sans trop en comprendre les tenants et les aboutissants. Son père semble détester le monde entier… qu’à cela ne tienne, Roméo consent à être la pierre angulaire de son univers et donc à endosser le costume de fils parfait confectionné à partir de haine et de rancœur. Malgré les mises en gardes de Juliette, ses suppliques, ses baisers, ses menaces et ses ultimatums, Roméo s’enfonce, devient un membre à part entière de ce groupe de skins qui s’est installé dans le village. Déscolarisé, il travaille pour eux, perdant un peu plus ses repères et s’imprégnant bien malgré lui des idéologies racistes de ses nouveaux « amis ». Effrayée, Juliette ne peut que constater les changements de celui qu’elle aime, ne pouvant plus se voiler la face : s’ils s’aiment, ils ne peuvent continuer à se voir, leurs différences s’étant trop creusées, étant devenues des obstacles infranchissables – une rupture qu’elle ne peut se résoudre à rendre effective. Jusqu’au jour où le pire se produit, où la ligne rouge est franchie, où la vie des deux ados et de leurs familles basculent dans l’horreur.

Jean-Paul Nozière met des mots sur ce racisme ordinaire que l’on se refuse trop souvent à identifier chez nos proches, leur trouvant toujours des excuses qui n’en sont pas. Quand la violence verbale et la haine s’implantent trop profondément, plus rien n’empêche le passage à l’acte et la prise de conscience des conséquences réelles ; l’entourage ne peut que regretter de n’avoir pas vu, de n’avoir pas su mettre des barrières tant que cela était encore possible. L’histoire tragique de Roméo et Juliette que met en scène Jean-Paul Nozière nous rappelle désagréablement que le racisme est partout et qu’à ne pas vouloir l’accepter, on lui laisse largement la place de s’implanter et de prospérer.

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