Crocs – Patrick K. Dewdney (la Manufacture des livres)

« Quand ils ont mis au jour les tumulus gaulois, figés par des siècles de déliquescence, j’avais aidé. J’ai commis près d’ici mon ultime profanation. J’espérais qu’il y en aurait d’autres. La pioche et moi, nous avions creusé. Avec avidité, nous avions exposé les débris des morts, fouillé la terre comme on fouille une amante. À grands coups, lorsqu’il n’y avait plus rien à blesser, mais délicatement, surtout. Par effleurements spasmodiques. Je m’étais rendu complice des ouvrages, comme je l’avais toujours fait, sans savoir que ce serait la dernière fois. »

Il emprunte la glaise des sous-bois et la fange des tourbières. À l’heure qu’il est, on est probablement à ses trousses. Sa course vient parfois frôler la balafre humaine : les villages endormis, l’asphalte visqueux des routes. Le cabot l’escorte. La pioche meurtrit son épaule. Comme il n’a aucun autre compagnon, c’est à eux qu’il murmure le Plateau, les hommes qui traquent et qui déchirent, les trajectoires perdues et les mémoires effacées. Quelque part à l’issue du chemin, il y a le Lac. Le Lac et le vacarme du Mur. Qui attend.

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dites vous une chose, une seule…Vous ne serez plus le même après avoir refermé ce livre.

Patrick Dewdney a réussi un pari. Un pari fou de nous emmener avec lui, avec cet homme dont on ne sait pas le nom, dont la seule chose qu’on sait, c’est qu’il est à la dérive. Complètement. Viscéralement.

Et cette dérive, nous allons être témoin, acteur. Nous allons cautionner et admirer cette lente folie dont il est déjà victime et dont il ne va pas s’en sortir. Car on ne peut pas se sortir d’une telle psychose.

Huis-clos malsain, moite, lourd.

Tout au long du livre, nous voulons savoir qu’est ce qu’il s’est passé pour qu’un homme en arrive à cet extrême ? pour qu’il choisisse (ou non) cet état de solitude (physique et psychique) qui le mènera vers une quête que lui seul connait.

Nous vivons avec l’homme, nous ressentons, nous respirons, nous sentons et voyons la même chose que lui tellement l’écriture est viscérale. Des contrées lointaines et sauvages et pourtant pas loin de nous tous. Un voyage.

Alternance des moments descriptifs de cette solitude et flashbacks criants de vérité sur une société que cet homme a toujours réfuté mais qu’il s’est trouvé prisonnier. C’est surement cette société qui est à l’origine de tout. Mais pas n’importe comment non. Il nous expose là un vérité qu’on sait tous, qu’on connait tous, qu’on plussoie tous mais dont nos valeurs et éducation nous la pousse loin dans notre psyché déjà formaté.

Mais cet homme ne peut pas être formaté. Et cette dualité entre une vie conformiste et ce désir de liberté va l’entrainer très loin dans les méandres d’une tourmente psychique dont il ne se relèvera plus.

Tout au long du livre, nous voulons savoir le point de non retour. Car si on sait que cet homme est torturé, on sent qu’il y a eu un évènement, l’évènement.

Et lorsque nous le vivons….on ne s’en relève pas.

J’ai refermé ce livre avec un mal de ventre viscéral, des larmes aux yeux et une envie de crier.

Merci Patrick K.Dewdney. Merci

bonnie

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