« La vie selon Florence Gordon » de Brian Morton (Plon – Feux croisés) * un roman savoureux !

florence gordon

Florence Gordon est une vieille femme acariâtre, icône des années 70 et de la lutte féministe. Si elle vit seule (elle est divorcée depuis des décennies), c’est en grande partie parce que le monde l’ennuie, l’agace, l’exaspère. Même sa famille et ses amis font les frais de ce caractère bien trempé, qui la conduit parfois à s’enfermer ou à les abandonner à faire sans elle une fête en son honneur. Un brin de femme droit dans ses bottes, déterminé, obstiné et passionné qui met depuis des années ses années par écrit dans des ouvrages qui font référence dans le cercle féministe.
Pourtant, depuis peu, cette façade cache de plus en plus mal une faille, un doute, une faiblesse qui semble vouloir surgir chaque jour un peu plus fort. Son corps ne lui répond plus aussi bien, entamant un travail de sape larvé mais efficace. Pourtant, ce n’est pas le moment : elle espère renouer avec le succès littéraire grâce à ses mémoires qu’elle s’attache tant à rédiger. Elle passe des heures face à sa machine à écrire, elle demande à Emily – sa petite-fille avec laquelle elle n’avait presque aucun lien jusque là – de faire des recherches longues et laborieuses pour l’enrichir, l’étayer et en faire ce chef-d’œuvre qu’elle espère. Et puis Florence est âgée maintenant, ses combats sont maintenant portés par des hommes et des femmes bien plus jeunes qui ne l’abordent pas de la même façon, qui la regardent comme on regarderait Aristote ou Homère si on les croisait : des personnalités connues, admirées mais appartenant à une autre époque.
Mais si Florence a du mal à s’en rendre compte, sa petite-fille comprend intuitivement la situation, ne sachant comment agir avec cette grand-mère qu’elle connait mal mais suffisamment bien pour comprendre que tout commentaire sur une éventuelle inquiétude serait très mal accueilli. Grâce à ses travaux pour Florence, elle plonge dans le passé militant de cette femme admirable et admirée… par une frange de la population qui s’amenuise. La narration est rythmée, à l’image de ce qu’est la vie de Florence, et particulièrement vivante. Les dialogues sont savoureux, incontestablement, et prêtent à sourire ou à pâlir, d’une humanité criante en somme.
Car Brian Morton nous dessine le portrait d’une femme incontestablement acariâtre, facilement détestable et pourtant terriblement attachante. Rivée à ses valeurs, elle tient tête au monde entier et reste elle-même dans les moindres de ses choix, de ses prises de décisions. Si elle contrarie, agace, énerve, elle ne le fait pas pour le plaisir mais bien parce qu’elle se refuse à certains compromis et veut concentrer son énergie sur celles et ceux qui le méritent par leur valeur, et non à cause de pseudo liens sociaux ou familiaux. Florence Gordon reste jusqu’aux dernières lignes de ce roman cette « anti-héroïne » énigmatique à la personnalité passionnante, aux sautes d’humeur mémorables et dont le destin restera un mystère grâce à une savante pirouette de l’auteur !

Mention spéciale pour cette superbe couverture, toute aussi quali que le texte!

Sweetie

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