« Les Échoués » de Pascal Manoukian (Don Quichotte) * coup de coeur

Voici mon premier coup de cœur de cette rentrée littéraire 2015 ; mais ne vous y méprenez pas, il ne se limite pas à cela : Les Echoués  de Pascal Manoukian, aux formidables éditions Don Quichotte, restera probablement l’un de mes coups de cœur personnels de lecture, tous genres et toutes époques confondues. Tout simplement parce que pour moi il est exactement ce que doit être un bon roman : formidablement bien écrit, indubitablement engagé et incontestablement ancré dans son époque.

Le projet pourtant est ambitieux : l’immigration. On en parle beaucoup actuellement, les images les plus inhumaines faisant la une plus souvent qu’à leur tour de nos actualités ; on ne sait trop qu’en penser, alternant entre l’envie de pouvoir faire quelque chose pour les aider et le sentiment profondément enraciné de ne pas pouvoir grand-chose face à l’ampleur de la tache et à la complexité du contexte. Ces hommes, ces femmes et ces enfants que l’on nomme migrants (terme ô combien déshumanisant et réducteur) ont (ou avaient) pourtant une identité propre, une vie, une famille, une maison, un travail… autant de morceaux de leur vie qui leur ont été arraché par la guerre ou la misère, mais aussi par l’exil, et surtout par l’accueil qui leur est réservé. Mais Pascal Manoukian ne se risque pas à juger ou à sermonner : il nous narre seulement les destins croisés d’êtres humains arrachés à leurs foyers et envoyés sur les routes et qui viennent chercher en Europe un peu de dignité et des conditions descentes pour vivre et voir grandir leurs enfants. Aucun apitoiement non plus, juste des faits : ces réfugiés (car c’est bien ce qu’ils sont, qu’ils aient fui la misère de Moldavie, la guerre en Somalie ou encore les persécutions religieuses au Bangladesh) sont arrivés en France au début des années 1990, chacun ayant suivi des filières et des motivations différentes mais tous persuadés qu’ici, la vie sera meilleure. Mais qu’il s’agisse des trafics d’êtres humains, des conditions de vie dans les squats et dans les camps de réfugiés, des violences, des maladies, du travail illégal, de l’hostilité des français, … , les difficultés au bout de leur voyage sont tout aussi nombreuses, même si d’une nature différente.

Virgil, Chancal, Iman et Assan … sont les incarnations de ces réfugiés qui ont tout laissé non par plaisir (ou pour venir « voler le travail des français ») mais parce que leur vie en dépendait, parce qu’il leur fallait sauver ce qu’il restait de leur famille ; il ne s’agit donc pas d’un choix mais de la seule option qui s’offrait alors à eux, les obligeant à laisser derrière eux leurs familles, leurs lieux de cultes, leurs ancêtres, … Un déchirement insoutenable que nous, européens, avons du mal à comprendre. Entre bienveillance et exploitation, entre tolérance et empathie, entre aide et dépendance, nos quatre personnages principaux apprennent à vivre loin de chez eux selon des règles différentes, au milieu de nationalités dont ils ne soupçonnaient pas l’existence, découvrent des religions et des façons de les pratiquer différentes : leurs destins n’en sont que plus passionnants et plus beaux, renvoyant à ce que la mixité et la solidarité ont de plus essentiel et de plus lumineux.

Avec une plume sensible et les mots justes, Pascal Manoukian nous donne à voir ce que certains de nous ne soupçonnent pas, ou ce que d’autres ne veulent pas voir, rappelle la genèse d’un phénomène dont l’ampleur aujourd’hui est inégalée, et apporte un éclairage sémantique indispensable : toutes ces personnes qui fuient leurs pays par obligation et pour sauver leur vie ne sont pas des migrants, mais bel et bien des réfugiés…

Sweetie

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