« Là où tombe la pluie » de Catherine Chanter (Les Escales) * Plein de promesses, mais…

la ou tombe la pluie

 

Voilà bien un texte qui se caractérise par son originalité, tant par sa construction que par l’impossibilité de le « ranger » dans un genre littéraire précis. Il y a en effet dans ce roman d’anticipation un incontestable engagement féministe, un air de roman post-apocalyptique, les ingrédients d’un psychodrame, mais aussi un incontournable parfum de roman psychologique. Il y a donc un peu de tout ça, pour un résultat riche mais quelque peu décevant, comme si, finalement, la recette n’avait pas fonctionné.
Pourtant, l’intrigue est très bien pensée : Ruth et son mari ont décidé, pour sauver leur couple et échapper aux nauséabondes rumeurs qui le poursuivent, de quitter la ville et leurs amis et de « se mettre au vert ». Ils achètent donc La Source, une propriété qui a la particularité de bénéficier, alors que tout le pays affronte une terrible sécheresse depuis plusieurs années, de précipitations abondantes. A cela, ni Ruth ni Mark ne peuvent apporter d’explication, mais l’hostilité du voisinage et du pays tout entier n’en est pas moins rude. Mais le couple a bien mieux à penser : faire tourner l’exploitation lorsque l’on est un citadin nécessite de l’énergie et beaucoup de travail, tout comme tenter de sauver leur couple et de renouer avec leur fille et leur petit-fils. Le petit Lucien est en effet la pierre d’angle de cette famille qui se délite, mais sera également la victime du terrible drame qui va se nouer à La Source : le petit garçon est retrouvé mort dans un étang, et des mois après, les circonstances du drame ne sont toujours pas élucidées.
C’est d’ailleurs l’enchainement d’événements ayant conduit à ce drame que remonte Ruth : assignée à résidence dès les premières pages, elle tente de comprendre comment sa famille en est arrivée là, détruite alors que le bonheur semblait si proche. Mais rapidement, nous comprenons que les faits énoncés par Ruth le sont de façon subjective : absorbée dans sa propre vie et par ses propres démons, elle n’a pas vu venir le danger alors même que beaucoup la mettait en garde, et que ce danger se présentait sous la forme de ses proches. A l’heure du drame, tout le monde est ainsi devenu suspect, et quelques mois plus tard Ruth se perd toujours en conjectures… en arrivant même à imaginer le pire.
Si la construction et l’intrigue sont donc très intéressantes et rendent la lecture agréable, il n’en reste pas moins que nous voyons dès les premiers chapitres s’esquisser le dénouement… Et que les dernières lignes ne nous détrompent pas. Pourtant, on pense que si elle se dessine comme une évidence, la fin ne pourra donc qu’être différente, une prouesse de l’auteure qui parviendrait à nous surprendre et à nous donner envie de reprendre la lecture depuis les premières pages pour déterminer ce qui aurait pu nous échapper… Mais non. Cela n’enlève rien à la qualité de la plume, incontestable et qui mérite d’être découverte, ni à l’intérêt de l’intrigue, qui mêle bien roman et science-fiction, mais nous laisse déçu en refermant le livre. Les personnages sont prometteurs mais prévisibles (alors qu’il y aurait eu tellement à imaginer à partir des personnalités complètes et originales créées par Catherine Chanter), et cela nous empêche de compatir, de nous identifier, de ressentir de la sympathie ou de la colère face à leur comportement.
Là où tombe la pluie reste malgré tout un roman qui gagne à être découvert, mais il ne sera incontestablement pas l’un de mes coups de cœur de cette rentrée, dont il aurait pu se démarquer par son originalité et sa thématique écolo-responsable. Dommage.

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