« Les douze portes dans la maison du sergent Gordon » de George Makana Clark (Anne Carrière) * mémorable

 

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Quelle belle lecture que celle-ci, forte, passionnée, originale et superbement écrite. George Makana Clark nous livre l’histoire écrite à rebours du sergent Gordon, ancien militaire de l’ancienne Rhodésie, et contée par son fantôme. Mort depuis déjà longtemps, le sergent veut faire connaitre son histoire et, en creux, celle de son pays, depuis devenu le Zimbabwe. Alors il revient sur 12 épisodes de sa vie, de ses années d’enfer au fond d’une mine peuplée de cannibales et d’un prêtre fou, de son premier flirt derrière les sacs de sable qui protégeaient la maison de ses parents, de ses années d’études sous la férule d’un homme violent et soumis à l’alcool, de ses années d’apprentissage auprès d’un brûleur de cadavres rencontré par hasard et avec lequel il décida de rester quelques temps, recouvert de cendres humaines. Oh sa vie fut compliquée, pleine d’obstacles, de mort, d’assassinats et d’occasions manquées, mais aussi illuminée par l’amour d’une jeune fille, la camaraderie, ou la beauté d’une averse. Emprunte aussi de la peur de Dieu et des dieux, de la crainte d’être maudit, et des regrets.

La force de l’écriture de George Makana Clark tient en grande partie à l’harmonie avec la violence qui marqua son pays des années durant. Le lecteur ressent toute l’ardeur qu’a eu l’auteur à s’inscrire dans un contexte particulier, à mi-chemin entre légende et réalité, la terreur du surnaturel ne parvenant pas toujours à prendre le dessus sur celle inspirée par les hommes. Le destin du sergent Gordon renvoie étroitement à celui de son pays et de ses habitants, largement dominé par l’Histoire et ses vagues emportant tout sur leur passage : tels des fétus de paille, tous essaient tant bien que mal de maintenir la barre de leur vie alors même que tout fluctue et tout sombre. Pris dans le tourbillon de la guerre, des alliances conclues puis rompues, de la violence, des sentiments exacerbés par la proximité constante de la mort, le sergent Gordon et tous ceux qui jouèrent un rôle dans sa vie ont tout à la fois une influence déterminante et un rôle dérisoire.

Quelle beauté que ce texte, quelle puissance que cette histoire, quelle découverte que cet auteur. Tout est réuni dans ces Douze portes dans la maison du sergent Gordon pour en faire l’une des plus mémorables lectures de cette rentrée littéraire.

sweetie

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