« Today we live » d’Emmanuelle Pirotte (le cherche midi) * un roman tout en nuances et en émotions

1944. Renée est une petite fille qui a grandit trop vite et qui, séparée de ses parents et de sa famille, survit grâce à la bienveillance de familles qui la cachent et l’hébergent. Or, en cet hiver rude, les Allemands reculent et laissent derrière eux des villages martyrs, redoublant de violence alors que la défaite se profile de plus en plus clairement. Les familles qui jusque là acceptaient de s’occuper de Renée ont peur, et la fillette est confiée à un prêtre, puis à des soldats américains qu’il croise sur une route et auxquels il remet la petite fille sans trop poser de questions. Or, ces deux soldats appartiennent à l’armée nazie, et plus précisément à une unité chargée de retarder l’avancée des Alliés en infiltrant leurs rangs. Renée comprend vite que ces hommes ne seront pas ses amis, et se résout à accepter son sort. Mais l’incroyable se produit : Mathias, l’un des soldats, refuse d’exécuter cette enfant au regard si profond, et abat son coéquipier. Commence alors une amitié authentique et le jeu dangereux des alliances et des confiances accordées un peu par obligation. Dans les Ardennes ravagées par le guerre, par un hiver rigoureux et enneigé, le couple improbable va tour à tour bénéficier de la bonté et de l’aide de certains et de la haine des autres. Un rude apprentissage pour la petite fille, et la découverte par l’homme de la force d’un lien qu’il ne soupçonnait pas.

Avec Today we live, Emmanuelle Pirotte nous offre en cette rentrée littéraire son premier roman, un premier roman chargé en émotions et tout en nuances, sans jugement mais clairvoyant sur la nature humaine. Chaque personnage, confronté à une situation inédite (la guerre, l’arrivée des Allemands, la peur, l’amour, la jalousie) se révèle dans tout ce qu’il peut avoir de meilleur ou de pire. Pas de jugement : aucun d’entre nous ne sait le comportement qu’il adopterait, et Emmanuelle Pirotte ne se targue pas d’en savoir plus qu’aucun d’entre nous. Mais le regard acéré, cynique et bien trop lucide pour une fillette sert de prisme et à travers elle, on perçoit le bonheur ou le malheur qui peuvent découler de propos ou d’actes, aussi minimes et anodins soient-ils. La cavale de Mathias et de Renée est passionnante et donne à voir la réalité de la vie de l’arrière en cette fin de conflit, alors même que les réserves de nourriture et de patience s’épuisent, que les pires rumeurs concernant les déportations vers l’Est se répandent et se précisent, que les Allemands tiennent à « se retirer avec honneur » et plus que jamais commettent les pires exactions, ou encore que les Alliés, très méfiants et sur les nerfs, sont réputés pour avoir la gâchette facile. Qu’il s’agisse du contexte historique ou des personnalités mises en scène, Emmanuelle Pirotte déroule de façon objective son intrigue dans laquelle on plonge avec plaisir.

Pas de fausse note donc, et un premier roman qui fonctionne très bien et marque par son authenticité et sa jolie plume.

sweetie

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