« Mauvais fils » de Raphaële Frier (Talents hauts) * bouleversant

mauvais fils

Ghislain est un ado mal dans sa peau, qui a grandi dans un foyer où les engeulades sont bien plus fréquentes que les marques d’affection. Son père est chômeur, sa mère travaille beaucoup pour payer les factures et aucun des deux n’est satisfait de ce schéma : lui, en « homme viril », supporte mal d’être entretenu et de ne pas trouver de travail ; elle, en femme débordée, ne cesse de lui reprocher ses journées d’oisiveté. Au milieu, Ghislain essaie tant bien que mal de rester à l’écart de tout « ça », mais sa vie s’en ressent : à quoi bon suivre les cours si personne n’est là pour se rendre compte qu’il n’y va pas ? Autant aller au parc avec Mounir et fumer des joints… et fantasmer sur lui !
Car Ghislain le sait maintenant, il est gay. Hors de question de l’avouer à qui que ce soit, et surtout pas à ses parents : son père l’accuse déjà de ne pas être assez viril… Et quand il décide en plus de prendre en main la formation de son fils et d’en faire un futur électricien (après tout, pourquoi s’obstiner à passer son bac !), Ghislain est coincé : enfin son père croit en lui, et ce n’est donc pas le moment de le « décevoir » en lui avouant son homosexualité.
Mais si Ghislain n’assume pas sa sexualité, toujours est-il qu’il décide de la vivre pleinement. Sur les conseils de Mounir, il se met à fréquenter des gens « comme lui », des lieux « pour lui ». Commence alors une recherche éperdue de lui-même dans le regard et dans les corps des autres. Jusqu’à une rencontre magique, immédiatement suivie de son expulsion de chez ses parents, alertés des fréquentations de leur fils par une voisine. Ghislain connait alors la rue, la détresse d’être détesté pour ce qu’il est. Il peut heureusement compter sur Mounir, ce pote qui ne l’abandonnera pas, et sur un homme, son « esprit-frère », avec lequel enfin il se sent exister. Une histoire malheureusement banale, celle de tous ces adolescents qui, se découvrant homosexuels, se sentent obligés de le cacher pour ne pas subir l’opprobre de leurs proches et ne pas voir dans leurs yeux le dégout, la peur, le sentiment d’un échec, … souvent à juste titre. Les mots sont forts, mais tellement courants, attendus. Les descriptions de ce jeune homme anéanti et de cette famille éclatée à cause de préjugés et d’étroitesse d’esprit sont poignantes, vibrantes de réalisme. Impossibles à comprendre, les réactions du père de Ghislain et l’inertie de sa mère devant l’expulsion du domicile familiale du fils unique sont pourtant régulièrement constatées et dénoncées par les associations qui tentent de sauver de la rue des ados paumés et abandonnés. D’une cruelle banalité, le cas de Ghislain pourtant pousse ici le jeune lecteur à s’interroger et pour les concernés, apporte l’espoir d’une belle et harmonieuse vie possible après un coming-out.
Ce livre est beau, humain, il est d’utilité publique et à lire absolument.

Sweetie

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