« La Mort est une femme comme les autres » de Marie Pavlenko (Pygmalion) * la Mort dans les yeux

mort est une femme

Emm n’a plus envie de se lever, plus envie de bouger, et encore moins de travailler. Toute motivation l’a abandonnée et même les encouragements, menaces et autres tentatives de sa compagne de toujours et meilleure amie ne parviennent pas à la faire se lever. En un mot comme en cent, Emm fait un burn out – diagnostic lâché d’ailleurs par le spécialiste qu’elle finit par accepter de rencontrer. Jusque là, malheureusement, le scénario est banal ; mais tout se complique lorsque l’on sait que le travail de Emm, qu’elle exerce depuis toujours, est de faucher les humains lorsque leur dernière heure est venue. Vous l’aurez compris, Emm est la Mort en personne, et sa meilleure amie n’est autre que sa Faux. Imaginez donc la panique que cette « grève » engendre sur terre : les mourants ne meurent plus, les blessés à mort survivent malgré des blessures effrayantes et spectaculaires, la population a peur et s’accroit, et d’innombrables questions agitent le monde (et Dieu/Yahvé/Allah dans tout ça ? Comment nourrir/loger/s’occuper de toute cette population supplémentaire ?). Et parmi cette masse d’êtres humains complètement ahuris par ce phénomène, deux êtres qui n’auraient jamais du se rencontrer : lui est responsable d’un service de soins palliatifs rapidement débordé et maintenant incapable de tenir ces objectifs de turn over ; elle a récemment appris qu’elle est atteinte d’un cancer en phase terminale et regrette de ne pas avoir rencontré le prince charmant. L’urgence de l’instant et l’incongruité de la situation vont faire de cette rencontre un moment d’étincelles et d’humanité à nul autre pareil qui forcera Emm à reconsidérer sa vision de l’humanité.
Car Emm profite de cette grève pour se balader sur Terre et rencontrer ceux qu’elle nommait les « cloportes » lorsqu’elle ne faisait que les faucher en une demi-seconde. Pourtant, en les regardant vivre, aimer, donner naissance, se détester, s’entraider, interagir, … , force lui est de constater qu’ils sont somme toute très attachants. Surtout cette jeune femme qui, alors qu’elle a bien conscience qu’elle va bientôt mourir (un cancer en phase terminale, ça ne pardonne pas) et qu’elle souffre le martyr, consent à l’aider (oui oui, elle aide la Mort !) alors qu’elle ne la connait pas et s’obstine à aimer et à croire en l’avenir. Et que dire de ce médecin en services de soins palliatifs qui, soudain, s’émancipe de la coup de sa redoutable mère et s’engage de toute son âme dans une relation amoureuse qu’il sait éphémère avec cette même cancéreuse en phase terminale rencontrée au détour d’un couloir et d’une bagarre ? Non, il faut bien qu’Emm se l’avoue : si tous les humains sont à l’image de ces deux là, alors son jugement depuis des siècles est erroné, et sa fonction de faucheuse pas si ingrate qu’elle n’y paraissait.
C’est donc un roman plein d’humour et d’esprit que nous offre Marie Pavlenko, assorti d’une réflexion sur la mort drôle mais perspicace. Les personnages, dont la Mort, sont touchants, profondément humains, attachants. Ils évoluent et interagissent de façon intelligente et convaincante. Alors non, La mort est une femme comme les autres ne sera pas le meilleur roman que j’aurais lu récemment, mais il reste indubitablement un très agréable et divertissant moment de lecture, qui a le mérite de poser beaucoup de questions et de faire sourire. Après tout, n’est-ce pas essentiel ?

Sweetie

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