« Les gardiens de nos frères » d’Ariane Bois (Belfond) * devoir de mémoire

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Simon a 16 ans lorsque la Seconde guerre mondiale commence. Elevé dans une famille d’intellectuels, il est longtemps préservé par ses parents de la rudesse du conflit, eux-mêmes étant persuadés que la France, leur pays, les protégera comme elle a devoir de le faire. Non-pratiquants, ses parents sont d’origine juive mais avant tout fiers de porter les couleurs de la nation française, pour laquelle leurs ancêtres se sont battus depuis la Révolution. Les premières mesures antisémites, puis les premières rafles, et enfin les premières disparitions ne les préserveront pourtant pas : arrêté avec d’autres membres du barreau de Paris, le père de Simon disparait du jour au lendemain. A sa suite, c’est sa mère qui est raflée alors que la famille a trouvé refuge à Toulouse, loin de la capitale et, le croyaient-ils, de la barbarie des nazis. Tout comme son grand-frère, engagé dans les forces armées, et sa sœur, qui s’occupe d’un réseau de fuite vers l’étranger des Juifs, Simon veut aider. Et comme beaucoup, il est gravement blessé alors qu’il tentait de faciliter le débarquement des alliés. Mais si sa blessure est grave et lui demande des semaines de patience pour se remettre, le réveil est pour lui bien plus éprouvant : alors que la guerre se termine, le bilan des blessés, disparus et victimes ne fait que croitre, et la famille de Simon paie un très lourd tribut. Pourtant, après le découragement et la douleur du deuil, le jeune homme se trouve une nouvelle raison de vivre : retrouver Elie, son petit frère disparu, ainsi que tous les enfants juifs cachés durant la guerre et qu’il faut rendre à leur famille… lorsqu’ils en ont encore une. Une mission dure, éprouvante mais qui pourtant va redonner le goût de la vie à Simon et le faire côtoyer le meilleur comme le pire de l’Homme.
Ariane Bois nous offre avec Les gardiens de nos frères un roman très richement documenté qui nous entraine à la suite de ces jeunes Juifs rescapés de la guerre qui cherchèrent coute que coute à partir de 1945 à reconstituer les familles décimées et dispersées par les combats. A travers le pays ravagés et à la rencontre d’hommes et de femmes qui avaient accepté de cacher des enfants juifs pour les sauver des nazis, Simon et ses compagnons de quête – dont Lena, dont il tombe éperdument amoureux – tentent de rendre le sourire et leurs racines à des enfants déjà largement malmenés par la vie. Ariane Bois montre bien toute la complexité des situations rencontrées par les jeunes enquêteurs : il s’agit parfois d’arracher à nouveau des enfants à une famille aimante devenue la leur au fil des mois, voire des années ; de leur expliquer que l’un de leurs parents, ou les deux, ne reviendra jamais ; de les confier à des membres de leur famille qu’ils n’avaient peut-être jusque là pas beaucoup vus, voire qui décident après la guerre de quitter la France. Chaque cas rencontré par Simon est différent, singulier, renvoyant parfois au courage d’individus ayant pris tous les risques pour arracher un enfant aux rafles, parfois à la plus ignoble cruauté de la part de personnes sans scrupule profitant de la situation pour exploiter une main d’œuvre corvéable à merci et/ou une source de revenus. D’attendrissement en révolte, nous suivons le parcours de Simon, qui d’enfant devient tout de suite adulte et chef de famille mais aussi celui de ces enfants retrouvés. On découvre également la réalité de la vie quotidienne en France dans l’immédiat après-guerre : rationnement, antisémitisme tenace, représailles, traumatisme de la découverte des camps, retour des rescapés, … .
Vous l’aurez compris, Ariane Bois tisse un roman à partir de recherches que l’on imagine très conséquentes et qui donne un éclairage historique remarquablement précis. Conséquence : certains passages de la vie des personnages sont très factuels, dénués d’émotion (émotion largement présente par ailleurs au fil des pages), impersonnels. On hésite entre le récit historique et le roman, on est parfois peu convaincus de l’authenticité des actions/réactions/dialogues des personnages.
Pour autant, ce fut une lecture très agréable, extrêmement instructive et qui a le mérite de se pencher sur ces brigades de recherche des enfants juifs cachés à travers toute la France, dans des foyers prêts à l’ultime sacrifice pour sauver des enfants.

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