« Les Anges barbares » de Jean-Marc Durand (Terra Nova) * moyennement convaincant

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1951. En plus de vivre un hiver particulièrement froid, Lyon peine toujours à se remettre de la guerre. La disparition d’un nombre sans cesse croissant de familles juives attise les convoitises de ceux qui, opportunistes ou antisémites convaincus, ont su tirer profit des confiscations et continuent de bénéficier des biens de Juifs morts ou portés disparus. En parallèle, la police tente tant bien que mal de faire oublier sa réputation de « collabo », par ailleurs souvent amplement méritée, et de regagner l’estime des Lyonnais… avec un succès tout relatif il faut en convenir. Cette situation accable particulièrement Delmas, commissaire mis au rebut durant la guerre et qui a subi les représailles de sa hiérarchie pour avoir refuser d’appliquer des ordres iniques. C’est en partie pour cela que lorsqu’une jeune femme est découverte morte par une froide matinée, et qu’il apparait qu’elle est l’unique héritière d’une famille d’industriels juifs dénoncés, déportés et assassinés, il décide de s’investir tout spécialement dans cette enquête. Accompagné des membres de son équipe, fermement résolus à déterrer ce qui doit l’être pour que toute la lumière soit faite sur ce meurtre et ceux qui en découlent, Delmas va replonger dans toute l’horreur de la guerre et de l’ambiance de ces années de délation et de haine. Une enquête particulièrement éprouvante donc, dans laquelle il va perdre les quelques illusions qu’il avait encore sur l’être humain.
Jean-Marc Durand prend visiblement plaisir à nous entrainer dans ces années d’après-guerre, alors même que dans un soucis d’unité nationale les autorités politiques amnistient à tour de bras, « oubliant » ou occultant le rôle si gênant de certains Français – dont certains occupent des postes de premier plan dans les politiques de reconstruction. Tout comme l’époque, le roman est complexe et met en lien des faits et individus qui, en temps normal, ne se seraient probablement pas côtoyés ; Jean-Marc Durand s’est clairement beaucoup documenté et a réinvesti ces éléments dans un roman historique solide et bien construit. Les personnages reflètent eux aussi la société lyonnaise (et française) des années 1950, partagées entre la rudesse des restrictions alimentaires toujours en cours, un ressentiment certain envers les « traitres », la volonté d’oublier certains agissements pour retrouver un sentiment de fierté nationale plus que terni, et l’accablement de la découverte des camps et du retour des survivants. Au prétexte de la reconstruction et de la reprise de l’économie, la barbarie de certains, les bassesses de certains autres ou encore la lâcheté de beaucoup sont occultés, révoltant une part de la population bien moins visible (et importante ?) que celle soulagée de s’en tirer à si bon compte.
Si on regrette quelques longueurs et une tonalité générale très plate (même les dialogues entre les personnages, dont certains se révèlent assez drôles, ne parviennent pas à dissiper ce rythme définitivement plat), cette lecture reste agréable et Les anges barbares incontestablement un roman historique du terroir bien écrit.

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