« Macha ou l’évasion » de Jérôme Leroy (Syros) * juste, engagé et lumineux

macha

Macha est la voix de ce roman. C’est une femme forte, droite, qui aime et respecte la nature et ses beautés. Elle aime sa vie, elle apprécie ses amis et son chat. Macha pourrait être toi, ou moi. Mais Macha a 107 ans.

Macha est une survivante, le témoin d’une époque révolue au cours de laquelle les hommes ont semblé s’acharner à détruite leur environnement et leurs semblables, une ère marquée par la pollution, la violence, la corruption politique, les attentats, la peur, le racisme et la méfiance. Une époque si redoutablement proche de la nôtre mais qu’avec beaucoup d’autres elle a contribué à abolir. Nous sommes dans les années 2100 et Macha va être rattrapée par son passé, elle qui a tant voulu l’enfouir et regarder devant elle. Car d’avant la Fin, il ne reste plus beaucoup de survivants et il est de son devoir de transmettre son histoire pour façonner et enrichir l’Histoire de la Douceur, ce monde recréé sur les cendres du précédent, plus respectueux de tout et de tous. Parce que c’est lorsqu’on les oublie qu’on reproduit les erreurs du passé. Et ça, Macha ne peut le laisser faire ; devant des dizaines de jeunes gens éberlués, elle va alors lire ses mémoires et raconter sa jeunesse.

Alors Macha raconte son enfance de fillette propulsée par le mariage de sa mère dans un univers si différent du sien : dans les beaux quartiers de N., elle fréquente une école prestigieuse et les enfants des familles les plus aisées et réputées. Mais ce sont aussi pour la plupart – et sa « famille » ne fait pas exception – des individus prétentieux, artificiels et profondément racistes, effrayés par la différence et les changements. Macha n’est pas à sa place et se révolte rapidement ; ses armes ne sont pas spectaculaires mais elle marque son hostilité à cette idéologie xénophobe, réactionnaire et violente. Jusqu’au jour où son amour, le premier jeune homme qui fait battre son cœur et frémir son corps est victime de ce système. Plus question alors pour elle de se trouver des excuses : elle doit fuir son foyer et son confort et rejoindre ces ZAD dont on parle de plus en plus et qui rassemblent tous ceux qui ne cautionnent pas le système, qui n’acceptent pas l’oppression et les abus de pouvoir. Sensibilisée, Macha décide de tenter sa chance : les risques sont immenses – les descentes de police sont violentes et meurtrières, les conditions de vie précaires, … – mais elle préfère souffrir pour des valeurs qui sont les siennes qu’au milieu d’individus auxquels elle ne veut adresser que sa haine. La voici sur les routes, poursuivies par de redoutables chasseurs mais poursuivant un idéal qu’elle est déterminée à atteindre. Et nous voyageons avec plaisir à ses côtés, au fil des pages d’un roman inclassable mais qui fera date.

Jérôme Leroy signe en effet un texte hybride, entre roman noir et d’anticipation, empreint de sensibilité et de poésie, plein de douceur mais recelant d’une rare violence. Toute en contraste, la lecture est fascinante. Par petites touches, il nous sensibilise à de très nombreux sujets qui occupent aujourd’hui notre actualité et face auxquels il est – je le pense – nécessaire de se positionner : écologie, politique, transmission de la mémoire, crise économique et systémique, … . L’histoire de Macha (et sa fin heureuse, puisque le monde dans lequel vit la Macha de 107 ans parait bien plus prometteur que celui dans lequel elle a grandit) est pleine d’espoir et d’enseignement, et l’un d’entre eux se dégage particulièrement : lorsque l’on est jeune, il est important de savoir pour quoi on est prêt à se battre, et important si nécessaire de prendre en fonction de cela les armes lorsque les événements l’exigent… quelles que soient les armes dont chacun dispose.

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