« Cartographie de l’oubli » de Niels Labuzan (J.C Lattès) * des frontières de l’Histoire et de souvenir

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Fin du XIXème siècle. Jakob Ackermann est un soldat de l’Empire allemand, envoyé avec tant d’autres en Afrique pour étendre l’espace colonial allemand. Soldat, il l’est devenu par hasard, ou plutôt par devoir, et ce nouveau statut lui a permis d’acquérir un semblant de confiance en lui. Pas parce qu’il porte une arme, mais bien parce qu’au milieu de la jungle hostile, la cicatrice qui le défigure depuis qu’il est enfant ne fait pas éclore sur les visages de ceux qu’il croise la pitié ou l’horreur. Il s’est fait dans l’armée des camarades, de ceux qui comptent vraiment ; tout serait donc pour le mieux si un soldat ne devait pas obéir aux ordres et, parfois, tuer des gens : à la différence de beaucoup, ils considèrent les populations locales comme humaines, leurs vies précieuses. C’est donc le début des difficultés : être un soldat humain, quelle idée ! Coincé entre des idées humanistes qu’il ne comprend pas bien et les prétentions colonialistes de ses supérieurs, Jakob assiste et contribue à l’exportation de la civilisation germanique en Namibie ; un bien grand rôle pour un homme qui ne pense même pas être l’égal de ses compatriotes.

Son histoire nous est racontée par un jeune métis namibien, en 2004, lors de la commémoration de ce qui est aujourd’hui considéré comme le premier génocide du siècle : le massacre par les armées allemandes des Hereros, un peuple autochtone poursuivi et anéanti pour s’approprier leur territoire – hommes, femmes, enfants, vieillards, bétails, … l’armée de l’Empire germanique ne fit pas de prisonniers, et s’acharna également à détruire toutes les traces rappelant la culture de ce peuple de fermiers. Un autre exemple de ce que l’Homme a inscrit de pire dans les pages de son Histoire.

Cartographie de l’oubli – magnifique titre – est le premier roman français de Niels Labuzan ; un premier roman historique, mais bien plus que ça. Un roman qui narre la façon dont on écrit l’Histoire (du point de vue des vainqueurs, si tant est qu’il y en ait vraiment), mais surtout la façon dont on la vit, souvent sans avoir conscience de l’impact de ses actes, de l’importance de ce que l’on vit, des morceaux d’histoire que l’on trace à la pointe du fusil ou du fusain avec toute l’humanité – ou l’inhumanité – dont on est capable. Si Jakob Ackermann est un personnage de fiction, il côtoie des personnages historiques réels, vit des événements dramatiques qui se sont effectivement déroulés. Histoire et fiction se combinent à merveille et Niels Labuzan fait de ce roman un formidable page-turner, riche d’enseignements divers sur l’Histoire et sa transmission. Passionnant, éclairant et flamboyant.

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