« Ce que tient ta main droite t’appartient » de Pascal Manoukian (Don Quichotte) * percutant, sublime, impitoyable

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Karim et Charlotte filent le parfait amour et mélangent avec amour deux cultures – musulmane et chrétienne d’orient. Leur rencontre est le fruit d’un beau hasard, de ceux que la mondialisation a pu permettre : des amis d’amis croisés aux détours de beaux voyages à travers le monde qui les rassemblent lors d’une soirée arrosée de bons vins. Et ce hasard aboutit aujourd’hui sur un beau ventre arrondi et l’annonce demain de la naissance de la petite fille ou du petit garçon déjà tant aimé (e).

Mais ce soir, Charlotte prend un verre avec ses amies d’enfance en terrasse et croise la route d’un jeune homme que rien, mise à part une arme au poing, ne distingue des autres. Peut-être un hasard là aussi. Comme tant d’autres Karim reçoit un coup de téléphone puis sur la tête, sur le coeur. Pourquoi ? Pour quoi ? Pour qui ? De colorée et aimante, la vie devient noire, gluante, incompréhensible, sans horizon. Et parce qu’il lui faut comprendre, Karim part à la recherche des réponses, s’embarquant pour un ailleurs saupoudré de bombes où tant d’autres meurent – de leur propre chef ou assassinés comme Charlotte à la terrasse du café.

Tout comme dans Les Echoués, Pascal Manoukian mêle savamment fiction et réalité ; on comprend, on ressent, on trouve y trouve un écho de notre réalité… A moins que ce ne soient nos pires cauchemars qui se soient invités dans notre quotidien ? Dans les pas de Karim, nous découvrons l’envers du décors, l’Etat Islamique dans ce qu’il a de plus « pragmatique » – comment expliquer autrement du pourquoi et du comment des pires méthodes employées pour répandre une vision si cruelle de l’Islam, des pires exactions pour faire plieur les populations « conquises », des pires sévices pour « punir » les mécréants, … ? Ne nous voilons pas la face, les pires bourreaux du monde sont des hommes et des femmes si peu différents de nous, si « normaux » que nous en frôlons la nausée. Les assassins de nos jeunesses attablées en terrasse ou dansant dans des concerts, les exécuteurs de femmes, d’enfants, d’otages sont pour certains nos camarades d’école primaire, pour d’autres nos livreurs, nos commerçants, nos chômeurs, nos professeurs, nos voisons, nos amis.  Attirés par des promesses fabriquées de toute pièce, aveuglés par un mal être personnel ou le mépris dont ils sentent que la société les affuble, ils partent dans ces pays que cherchent si désespérément à fuir tant d’autres. Avec pour les uns et pour les autres le même constat : l’indifférence conduit à la mort – la sienne ou celle des autres.

Vous voici prévenus, Pascal Manoukian vous livre une vérité dérangeante, celle d’une réalité que nous ne souhaitons pas voir : l’être humain a en lui le meilleur – ce vendeur de roses qui a accordé à Charlotte un dernier regard plein d’amour alors même qu’il ne la connaissait pas, ces riverains qui ont ouvert aux rescapés des terrasses et des salles de concert leur porte pour les protéger, … – et le pire – ces autres qui se prennent pour Dieu – quel que soit la façon de le prier – et tuent en son nom.

Si vous ne voulez pas savoir, ne lisez pas. Prenez sinon le risque de vous sentir investi de la mission de faire autant de bien que possible autour de vous, et de vous sentir obligé de ne jamais laisser ceux que vous aimez le matin sans leur avoir dit à quel point ils comptent pour vous.

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