« Retour au noir. Le cinéma et la Shoah : quand ça tourne autour » par Alain Fleischer (Editions Léo Scheer) – Pour aller plus loin

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« Le problème, pour les fictions cinématographiques, de représenter ce qu’il est convenu de considérer comme irreprésentable, atteint sa difficulté extrême lorsque l’irreprésentable en question est la Shoah. »

 

Voilà un sujet passionnant à mes yeux qu’Alain Fleischer traite avec beaucoup de finesse dans cet essai court (83 pages) mais dense. Est-il possible de représenter l’horreur de la Shoah au cinéma ? Ce débat m’avait interpellé à la sortie de La Liste de Schindler de Steven Spielberg en 1993. J’étais une ado de 15 ans aux idées bien arrêtées, j’avais aimé le film et je ne m’étais jamais jusque-là interrogée sur cette question. Je me souviens de la violence de certaines critiques, rappelées ici par Alain Fleischer. Pour moi, c’était incompréhensible, c’était un film juste, plein d’émotions. Déjà passionnée d’histoire, j’avais vu Shoah de Claude Lanzmann mais aussi la série Holocauste avec Meryl Streep et je ne faisais pas de différence entre documentaires et fictions, le plus important étant de raconter l’indicible afin de ne jamais oublier. Ma position est restée la même aujourd’hui mais la lecture du texte d’Alain Fleischer a permit de nourrir ma réflexion.

 

Alain Fleischer s’attache surtout à comparer l’accueil critique reçu par quatre films traitant de la Shoah : Kapo de Gillo Pontecorvo (1959), La Liste de Schindler de Steven Spielberg (1993), La vie est belle de Roberto Benigni (1997) et enfin Le Fils de Saul de László Nemes (2015). Il rappelle que, malgré le succès public et les récompenses prestigieuses, les trois premiers ont été vivement critiqués car « ils mettaient en scène l’irreprésentable » en l’esthétisant, en l’édulcorant, en le falsifiant même parfois. Et la démonstration est juste. Par exemple, pour le Spielberg, il évoque sa gêne à entendre les officiers allemands d’Auschwitz parler anglais avec un vague accent allemand. En le lisant, cela me parait en effet absurde. Je ne peux commenter la démonstration faite pour le Benigni et le Pontecorvo, ne les ayant pas vus.

Fleischer en vient ensuite au cas du film de László Nemes qui, à l’inverse des oeuvres précédemment étudiées, a reçu un accueil critique quasi unanime très favorable alors que les mêmes reproches pourraient lui être fait. C’est le revirement des journalistes et des intellectuels qui est au coeur de cet essai. Pour lui, c’est la « magistrale entreprise de communication et de marketing » entourant la sortie du film qui a permis toutes ces louanges.

Au moment où j’ai lu ce texte, je n’avais pas vu Le Fils de Saul et je tenais à le regarder afin de me faire ma propre opinion. C’est chose faite. Mais je me demande si ma vision n’a pas été orientée par Alain Fleischer car je n’ai pu m’empêcher de me sentir troublée par chacun des points soulevés sur les choix esthétiques de László Nemes, le flou de l’arrière-plan surtout. Pourtant, malgré les critiques de Fleischer et mon ressenti en demi-teinte, je pense que ce film est intéressant et nécessaire comme l’étaient les trois autres. Et l’histoire singulière de Saul, même si elle est issue de l’imagination du cinéaste, peut nous permettre de toucher du doigt cette réalité dite irreprésentable.

 

Un livre à lire et des films à voir pour se faire sa propre opinion.

 

Maîtresse Jedi

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