« Les Brumes de Grandville – Tome 1 : Monotropa Uniflora » de Gwendoline Finaz de Villaine (French pulp) * entre rêve et réalité

Alors qu’en 1919 la France et l’Europe tentent de gommer les cicatrices toutes récentes de la Grand Guerre, Apollonie Destrac a décidé d’être optimiste – après tout, même si la guerre semble lui avoir tout pris, elle a aujourd’hui la possibilité de sortir de l’institution religieuse où son père l’avait placée sans trop de scrupule. Elle a en effet été recommandée par sa tante, femme de chambre de la comtesse de Montfaucon, pour enseigner aux demoiselles de la famille la musique et le chant. Même si ses élèves ne sont guère plus âgées qu’elle et qu’Apollonie se heurte rapidement à leur condescendance, la jeune femme décide qu’elle a de la chance et de faire de ce poste – que beaucoup peuvent lui envier, comme le prouve aussi le ressentiment de quelques domestiques – est un tremplin vers une vie plus belle. Le château de Grandville est superbe et la famille vit dans une opulence étonnante quelques mois après la fin d’un conflit qui a ravagé la région picarde – mais ce que les habitants leur envient le plus, c’est le retour d’Hector, le fils de la famille, engagé dès 1914 et revenu indemne du front…. Mais est-ce bien le cas ? Car Hector, si gentil et avenant avant la guerre, est à présent un homme cynique, froid et cruel que sa mère et ses sœurs tentent à reconnaitre et peinent à excuser le comportement grossier et incompréhensible. Un comportement qui n’empêche pas Apollonie de tomber sous le charme de son propriétaire, jusqu’à ce qu’une voix mystérieuse et semblant venir de l’au-delà ne la mette en garde : si la guerre a rendu les hommes solidaires, le décès ou parfois la disparition totale de certains a engendré dans les esprits perturbés d’autres jeunes gens des stratagèmes démoniaques.

Ce premier tome des Brumes de Grandville se positionne comme une belle romance historique, joliment originale grâce cette voix désincarnée qui séduit et accompagne la jolie Apollonie et nous entraine aux limites du fantastique. La description de la France exsangue, traumatisée par ses morts mais peut-être aussi surtout par une génération d’hommes estropiés et à jamais hantés par la vie dans les tranchées, est parfaite de justesse et d’authenticité. Les jeunes lecteurs (car ce roman s’adresse en premier lieu à ce public) découvrent la difficulté des populations civiles et du gouvernement de l’époque à prendre en charge ces « survivants » qui se réadaptent difficilement à la paix, à remettre en place une administration en lambeaux, à approvisionner en nourriture des régions rurales et reculées dans lesquelles les restrictions continueront des années après la signature de l’Armistice. Pour autant, et avec tout autant de plaisir, nous suivons Apollonie et une génération sacrifiée de jeunes hommes et femmes ayant grandi pendant la guerre et déterminés, une fois celle-ci terminée, à vivre pleinement : essor des bals et démocratisation de la musique, renouveau de la mode, émancipation des jeunes femmes, …

Le tout est enrichi par une romantique et compliquée histoire d’amour, un stratagème machiavélique à déjouer, des personnages principaux et secondaires attachants, convaincants et aux propos drôles et sensés, un suspense qui fonctionne merveilleusement, une scène finale qui donne envie d’en savoir plus, … Bref, ce premier tome des Brumes de Grandville inaugure une saga qui s’annonce passionnante et que nous prendrons plaisir à vous présenter !

Et voici la fleur qui donne son nom à ce premier opus prometteur

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