Lecture croisée : Une mère, Alejandro Palomas, le cherche midi éditeur

Amalia, en cette soirée de réveillon, a voulu mettre les petits plats dans les grands : elle a cette année le plaisir d’accueillir chez elles tous ceux qu’elle aime. Viendront en effet ses deux filles – elle espère que l’amertume de Silvia et la nouvelle compagne d’Emma poseront pour cette soirée de fête au moins les armes -, son fils Fernando – qui ne se remet pas d’une rupture amoureuse avec un homme qui l’a laissé exsangue -, et son frère Eduardo – qu’elle adore véritablement mais dont elle se demande quelle sera sa nouvelle frasque. Et en matière de frasque et d’excentricité, la famille d’Amalia n’a rien à envier à tant d’autres – elle est même particulièrement bien lotie. Mais tout comme toutes les familles, elle se débat aussi avec son lot de coups durs : deuil, séparation, licenciement, non-dits… Autant d’accrocs dans la vie de chacun qui se répercutent dans la vie de tous. Pourtant Amalia y croit fermement : cette soirée marquera une nouvelle année ET un nouveau départ pour toute la famille. Non ?

Impossible en refermant ce superbe et symphonique roman de ne pas faire le rapprochement avec une pièce de théâtre ; le huis clos est maîtrisé de bout en bout, donnant à chaque mouvement, mot et regard échangé une résonnance particulière, une signification propre. Si chacun arrive avec son passé, sa personnalité, ses problèmes et en jouant le rôle que les autres attendent – redoutent ? – lui voir endosser, leur(s) révélation (s) au fil de la soirée (et des pages) renvoie à un effeuillage artistiquement mené : les secrets ressurgissent, les rancœurs explosent, les incompréhensions s’amplifient… puis s’aplanissent, se dénouent, s’expriment. Petit à petit, la beauté et la complexité des relations entre les membres de cette famille se révèlent, la force de leur amour apparait et leur donne la force d’aller au-delà de leurs différends et de leurs différences.

Et ça fonctionne, ça fonctionne même merveilleusement : on adore cette famille loufoque, rigolote et tellement authentique. On compatit à leurs douleurs, on se passionne pour leurs réussites, on rigole à leurs dialogues excentriques et parfois incompréhensibles ; mais on pleure aussi en découvrant, sous une plume remarquable de sensibilité et d’authenticité, les malheurs qui les ont accablés (chacun, puis tous par extension), et l’amour indicible (et inexprimé) qui les soude envers et contre tout. A travers le prisme d’Amalia, sexagénaire a priori naïve, on retrouve l’envie de toujours chercher le beau dans le quotidien, de toujours envisager le bien là où l’on ne perçoit que le malheur, de lutter contre vents et marées pour rassembler là où les différences nous paraissent infranchissables.

Une mère est un roman magnifique, servi par la merveilleuse plume d’un auteur que je place parmi mes plus belles révélations, sans aucun doute.

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