« Jeu de massacre à Berlin » d’Elisabeth Herrmann (Slatkine&cie) – glaçant

Joachim Vernau est avocat – ne vous y trompez pas : si le titre est prestigieux, la réalité est bien moins attirante. Désabusé, il regarde l’agence qu’il a monté avec une amie vivoter lamentablement et ses économies se réduire comme neige au soleil. C’est pour cela que lorsqu’il est sollicité par la direction d’un prestigieux établissement scolaire pour donner des cours de plaidoiries, il saisit malgré quelques réserves cette occasion. Il entre alors dans un univers à part, gouverné par les apparences et le politiquement correct : les élèves de cette institution sont en effet appelés à succéder à leurs richissimes parents à la tête d’empires divers et variés et courent déjà après la performance – quitte pour cela à adopter les pires travers de leurs aînés. Cependant, lorsqu’il découvre qu’une élève est récemment décédée et qu’il commence à recevoir des messages anonymes d’une certaine Reine Noire, il comprend qu’il y a là bien plus grave qu’une volonté farouche d’être le meilleur en tout.

Elisabeth Herrmann nous entraine sans concession dans l’univers impitoyable de l’adolescence, à plus forte raison de l’adolescence dorée. Poussés à la performance, « dressés » pour faire honneur à une image, à un statut, la douzaine d’adolescents mis en scène par l’auteure s’avèrent être les redoutables « joueurs » d’un jeu de rôle qui, très vite, dégénère ; saupoudré d’histoires de cœurs, de jalousies, de rivalités scolaires et d’une dose indécente de prétention et de fierté, il vire rapidement au cauchemar, les entrainant à subir, accepter et être complice du pire. Face à cette « pièce » qui se joue sous ses yeux, Joachim Vernau tente de venir en aide aux acteurs et de leur ouvrir les yeux : ils ne connaissent depuis longtemps plus les règles de ce jeu qui menace de les détruire. Peut-on alors toujours parler de jeu ?

Jeu de massacre à Berlin parle de faux semblants, de manipulation et de ces jeux adolescents qui dérapent sous les yeux d’adultes qui hésitent entre intervenir et « responsabiliser », les considèrent encore comme des enfants tout en leur façonnant des personnalités d’adultes. C’est un texte dérangeant (mais qui n’est jamais oppressant, Elisabeth Herrmann s’assurant d’insérer  des morceaux de la vie privée un peu chaotique de Joachim pour désamorcer certains passages anxiogènes), intelligent et intelligemment mené, qui interroge et captive. Et une auteure que nous nous promettons de suivre à l’avenir.

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