La dernière traversée, Caroline Pignat, Editions Charleston

« Nous écrivons notre vie avec les choix que nous faisons. Que cela nous plaise ou non, c’est cela qui deviendra notre histoire. Il y a des passages tristes, d’autres qui nous révulsent, d’autres encore qui sont tout simplement embarrassants. Mais les récits doivent être partagés, transmis et remémorés, même ceux qui nous terrifie ou nous font honte. Particulièrement ceux-là je crois. Parce que si nous n’apprenons rien ‘eux, nous les revivons encore et toujours. »

1914, Ellie embarque sur l’Empress of Ireland, reliant Liverpool à Québec, pour travailler comme femme de chambre. Pour une aristocrate habituée à être servie, cette embauche est plutôt désagréable. Mais sa mère est décédée, son père l’a bannie de la maison pour sa conduite, et sa tante chez qui elle vit ne lui laisse pas le choix.

Après quelques traversées, Ellie rencontre le mystérieux Jim, qui travaille comme chauffeur, et en tombe immédiatement amoureuse. Ils se retrouvent chaque soir sur un ponton, pour profiter de quelques instants tous les deux. Tous deux ont des secrets, de sombres secrets qu’ils ne se sentent pas encore prêts à dévoiler, préférant apprendre à se connaitre et savourer leur amour naissant.

Jusqu’à cette terrible nuit où le paquebot fait naufrage. Ellie a survécu, Jim a disparu. Elle rentre à Liverpool, regagne la maison de sa tante qui vient de décéder, et s’enferme un peu plus chaque jour. Alors qu’elle tente d’oublier les terribles moments qu’elle a vécu, Steele, un journaliste du New-York times, insiste pour qu’elle raconte son histoire pour un article. Elle refuse, jusqu’à ce que Steele lui montre le journal intime que Jim avait toujours avec lui. Le journaliste aurait-il des informations concernant Jim ? Serait-il vivant ?

Nous connaissons tous la tragédie du Titanic, survenue deux ans plus tôt, mais nous ignorons ce terrible naufrage de l’Empress of Ireland, qui a pourtant tué plus de passagers que le Titanic. Moins gros, moins de personnalités à bord, information perdue dans le début de la première Guerre Mondiale ? On ne connaitra jamais vraiment les raisons de sa non-médiatisation.

Caroline Pignat fait revivre le récit de ce navire, à travers des faits réels et des personnages fictifs, pour nous entrainer dans une histoire incroyable. A la fois belle et triste, elle fait ressentir au lecteur une foule d’émotions, notamment grâce à l’écriture très visuelle de l’auteure. On s’y croirait presque, dans ce bateau, à fuir, chercher une issue, tenter de survivre. Dans cette eau gelée, à chercher quelque chose ou quelqu’un à qui se raccrocher. Sur ce quai, au milieu des corps, tentant de retrouver un visage connu. Nul doute que le film Titanic influence ces images et ressentis pour le lecteur, tout comme il a dû influencer l’auteure pour l’écriture.

Ce qui est fascinant, c’est toute l’histoire des personnages en elle-même, et pas seulement le naufrage. Car le récit d’Ellie sur sa vie à bord du bateau concerne seulement une grosse moitié du livre. La seconde se concentre sur l’après ; la vie d’Ellie, cet évènement du passé qui la rattrape, ses recherches entreprises pour savoir si Jim est en vie, est son besoin de se créer un avenir meilleur. On comprend que ce naufrage l’ait changée à jamais, et son évolution est flagrante.

Des personnages fascinants, une histoire qui se veut tragique, bouleversante, mais aussi pleine d’espoir où l’amour sous toutes ses formes est capable de traverser les épreuves.

Un roman magnifique, à découvrir et faire découvrir, pour ne pas oublier cette tragédie maritime.

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