Tous les vivants (Le crime de Quiet Dell), Jayne Anne Phillips, Éditions de l’Olivier

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En juin 1931, bernée par la correspondance amoureuse qu’elle entretient avec lui, Asta Eicher, une jeune veuve de la banlieue de Chicago, suit un certain Cornelius O. Pierson vers ce qui lui semble être une nouvelle vie, en Virginie-Occidentale. Au bout du chemin, ce sera malheureusement la mort pour elle et ses trois enfants. Deux mois plus tard, leurs corps sont retrouvés à Quiet Dell, enterrés dans un fossé, à l’arrière d’un garage appartenant à Harry Powers, alias Cornelius O. Pierson. À leurs côtés, une autre victime, Dorothy Lemke, divorcée, et elle-aussi dupée par les lettres de Powers. Ce dernier, né Herman Drenth, correspondait avec près de 200 femmes au moment de son arrestation. Au terme de son procès, il fut condamné à la pendaison et exécuté le 18 mars 1932. La police ne put jamais établir avec précision combien il avait fait de victimes.

Bien décidée à continuer à exhumer les livres non lus de ma bibliothèque, j’ai ressorti ce roman de Jayne Anne Phillips, acheté il y a trois ans, à sa parution française. Comme pour Eden Springs de Laura Kasischke (chronique ici), il s’agit d’un « roman vrai », basé sur un fait-divers sordide ayant défrayé la chronique dans les années trente. De la même façon, les deux écrivaines se sont intéressées à ces histoires parce qu’elles avaient eu lieu près de chez elles. D’ailleurs, Powers a également inspiré un autre auteur de Virginie-Occidentale, Davis Grubb, pour son roman le plus célèbre, La Nuit du chasseur, paru en 1953 et adapté par Charles Laughton (l’un de mes films préférés). 

Tous les vivants se décompose en deux parties distinctes : la première, par la voix d’Annabel, la plus jeune fille Eicher, narre la vie de la famille dans les mois qui ont précédé sa disparition ; la deuxième se concentre sur l’enquête, documents et photos d’époque à l’appui, de la découverte des corps au procès et à l’exécution du meurtrier. 

J’ai été envoûtée par le personnage fantasque de la petite fille de 9 ans. Sans ce récit de l’intérieur, j’aurais trouvé le roman un peu froid. Une fois morte, elle continue d’apparaître, par petites touches, pour faire entendre « sa » vérité, à la façon du personnage de Susie dans le très beau roman d’Alice Sebold, La Nostalgie de l’ange. 

La partie enquête, plus classique, est portée par des personnages certes intéressants mais qui manquent un peu de profondeur à mon goût. Le plus bel exemple est la journaliste Emily Thornhill, héroïne de ces chapitres. L’empathie qu’elle ressent pour les victimes et la ténacité dont elle fait preuve pour s’imposer dans un monde, la presse, prédominé encore par les hommes sont bien rendues, mais la romance mièvre qu’elle vit avec l’ancien banquier des Eicher la ramène à une condition féminine un brin clichée et allonge inutilement le récit. 

Le tout forme un roman prenant, dense malgré ses imperfections, qui, par-delà le fait-divers, nous montre cette Amérique de la Grande Dépression où la misère, la peur et l’espoir ont pu mener à l’horreur.

Maîtresse Jedi

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