Liquéfaction, Alain Freudiger, Editions Hélice Hélas

« Ce fut soudain. Il y eut un grand bruit, un bruit extraordinaire, une sorte de détonation mugissante devait plus tard se souvenir Baptiste, toutes les lumières s’éteignirent, et la porte céda sous la poussée des flots. Une grande masse d’eau s’engouffra dans la salle de bains avec fureur, avec une force telle qu’elle arracha la baignoire du sol et l’emporta d’une puissance irrésistible.

L’inondation générale est arrivée. Baptiste Ott est emporté dans sa baignoire par le courant. Alors que l’état d’urgence est proclamé, Baptiste se laisse entrainer et suit le cours de la « Rheuse », afin de retrouver sa famille au bord de la Manche. »

Quel étonnant et intrigant roman, qui se déroule en quatre parties, sans chapitres. La première est courte et curieuse. Nous faisons la connaissance de Baptiste, qui est dans sa baignoire. Pas d’action particulière, des digressions diverses et variées, comme les choses que l’on peut faire dans sa baignoire, et on ne comprend pas vraiment où veut nous emmener l’auteur.

La deuxième partie quant à elle, apporte immédiatement l’élément déclencheur ; Baptiste se retrouve emporté par une crue, et il vogue dans sa baignoire, au fil du fleuve, des rencontres, des événements. Cette partie est incroyablement captivante, sans temps morts, emportant le lecteur à travers une curieuse croisière. La troisième partie marque la fin du voyage de Baptiste dans sa baignoire, et le début d’une autre aventure, tandis que la dernière présente des petites histoires sur lesquelles je ne peux m’étendre pour ne pas vous en révéler trop. Car le tout donne un récit vraiment original et surprenant.

La moitié de l’histoire se passe dans la baignoire, tout ou presque se passe sur l’eau. Il y règne une ambiance de fin du monde ; inondations et crues partout dans le monde, des gens qui cherchent à manger, d’autres en quête d’un bout de terre où se poser. Un fléau que dépeint l’auteur à travers son ouvrage, pour faire passer un message, pour amener ses lecteurs à une prise de conscience ; la dénonciation de notre façon de vivre, au mépris de la planète, de l’écologie. Une façon d’attirer l’attention sur ce qu’il pourrait nous arriver.

La plume de l’auteur est particulière ; on ne sent pas de négativisme dans ce qu’il décrit, plutôt une certaine forme de nostalgie, de résignation, d’acceptation du changement et des conséquences. Car c’est un fait ; l’humain ne peut rien contre la force de la nature. De nombreuses citations de différents ouvrages accompagnent la lecture, tout en collant parfaitement au récit de l’auteur.

C’est une belle découverte, un récit original mais puissant, où la dimension écologique et environnementale a toute son importance, faisant écho à l’actualité, évoquant l’inondation au sens premier, mais aussi l’inondation de notre société.

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