Les Mystères de Poudlard, Fières d’être sorcières, Editions Gallimard Jeunesse

Avis aux fans d’Harry Potter ! Le 24 octobre sont sortis plusieurs ouvrages retraçant le parcours du jeune sorcier. J’ai eu l’occasion d’en découvrir deux d’entre eux : Lire la suite

« U4 – Koridwen » par Yves Grevet (PKJ) * jeux de miroirs

Elle s’appelle Koridwen et elle est la seule survivante de son village en Bretagne. Tout comme des milliers d’ados en France, elle a survécu à un virus qui a tué la plupart de la population, épargnant pour une raison inexpliqué la majorité d’une génération désormais livrée à elle-même. Et parce que l’une des dernières informations qu’elle a reçu du monde via les réseaux de communication maintenant hors service est qu’un point de ralliement a été établi à Paris pour les survivants, elle décide de prendre la route. S’engage alors pour elle un périple au cours duquel elle va découvrir ce que la désolation laisse derrière elle : des militaires miraculeusement vivants mais qui terrorisent, parquent, effraient ; des jeunes gens qui perdent le sens de la mesure et se livrent à des exactions inédites ; des tombes, partout, pour ensevelir les parents, voisons, proches décédés inexpliquablement. Pour la jeune fille comme pour tant d’autres, le temps est venu de devenir adulte et d’endosser des responsabilités : protéger, secourir, tuer pour se défendre, voler, se cacher… aimer.  Koridwen ne reculera devant rien pour tenter sa chance et l’impossible : remonter le temps pour anticiper le fléau.

Pour elle comme pour les survivants, le schéma de valeurs qui les avait tenu debout jusque là ne leur est plus d’aucun secours, les codes qui régissaient le monde ont volé en éclat : la violence est devenue la règle, l’amitié et la loyauté ont plus d’importance que jamais, l’amour est fulgurant, la haine immédiate. Le monde s’est inversé et Koridwen en est persuadée : elle peut faire en sorte que tout redevienne comme avant, elle a en elle la magie et la force nécessaire.

En plus d’être un thriller d’anticipation remarquablement construit, ce roman propose la particularité de faire se mêler les parcours de 4 ados au sein d’une même intrigue, chacun d’entre eux écrit par un auteur différent. Ici, c’est Yves Grevet qui nous raconte l’histoire de cette jeune fille qui devient adulte trop tôt – au fil des rencontres qu’il lui propose, elle croise Jules, Stéphane et Yannis dont les histoires seront mises respectivement en page par Carole Trebor, Vincent Villeminot et Florence Hinckel. Même fils conducteurs, même objectif, même environnement… Mais des ados différents, des réactions différentes, des itinéraires différents. Et 4 romans parfaitement aboutis que nous vous conseillons évidemment, vous l’aurez compris.

« L’Outsider » par Stephen King (France Loisirs) * frissons garantis

Il y a quelques temps (aussi) que ce livre patientait dans ma PAL… Parce que pour moi, il faut nécessairement au moins 2 conditions pour lire un Stephen King : 1/ ne pas broyer du noir (pour avoir une résistance optimale à la sourde peur que le lire induit toujours chez moi) 2/avoir le temps et la disponibilité d’esprit pour savourer, malgré les frissons, l’écriture magique de cet homme qui, pour le meilleur et pour le pire, fait réaliser des prouesses à mon imagination. Des prouesses cauchemardesques, disons-le, mais des prouesses tout de même.

Comme toujours, je me suis lancée dans ce roman (horrifique, cela va sans dire) sans en avoir lu le résumé, la 4ème ou tout avis qui aurait pu m’influencer. Comme souvent avec Stephen King, je me suis dit que j’avais bien fait, car j’aurais probablement botté en touche encore quelques semaines de peur d’avoir trop peur… Mais une fois que j’ai eu lu les premières pages, ressenti les premiers frissons, senti sourdre mes premiers doutes, impossible de m’arrêter. Sur les pas de Ralph Anderson, confronté à ce que l’homme (mais pas seulement) peut accomplir de pire et vivre de plus incroyable, je me suis laissée entrainer dans des enquêtes mêlant preuves scientifiques et observations empiriques dépassant de très loin tout raisonnement rationnel. Et j’ai diablement aimé ça : Stephen King a cet art de créer l’invraisemblable à partir d’éléments ô combien réels, exploitant toutes les nuances de ce que les hommes peuvent accomplir de meilleur pour leurs semblables, mais aussi ce qu’ils peuvent leur faire de pire… Force est de constater d’ailleurs que si l’on a l’impression qu’il force le trait, les actualités et leurs faits divers répondent parfois étrangement et horriblement à ses textes – nul doute qu’il s’en désole autant que nous. Je ressors de cette lecture désemparée par la dérangeante impression que l’histoire de Ralph, Terry, Holly et les autres pourraient un jour croiser ma route et faire vaciller ma (naïve) foi en l’humanité et me rappeler que l’homme est capable de tout, bien au-delà de ce que mon esprit (naïf ? équilibré ?) peut imaginer.

L’outsider est donc à mettre entre les mains d’un public averti mais est probablement l’un des meilleurs Stephen King que j’ai pub lire récemment (et je les lis à peu près tous !) – un roman horrifique à mettre dans sa bibliothèque pour pouvoir se dire, en repassant devant, que si un jour on en a le courage, on le rouvrira pour se faire plaisir et se faire peur dans les mêmes proportions.

 

« Silver Batal & le Dragon d’eau » par K.D Halbrook (Lumen) * brillant

Aucune description de photo disponible.

Silver est apprentie joaillère – pas qu’elle l’ait souhaité, mais dans son univers, les enfants sont destinés à embrasser les carrières de leur père pour perpétuer leur savoir-faire. Pourtant la jeune fille le sait, le sent : son destin est ailleurs. Là, dans cette ville où sa famille et celles de tant d’artisans vivent au milieu du désert, elle rêve de dragons d’eau, de compétitions, d’ailleurs. Et lorsque la meilleure dresseuse de dragons annonce sa venue avec la reine Iméa, Silver décide de forcer le destin, notamment grâce à l’aide inattendue d’une vielle femme qui semble en savoir beaucoup sur les dragons d’eau et les usages de la Cour. Cependant, ce premier pas vers ce destin qu’elle appelle va l’éloigner définitivement des siens et la conduire sur une route parsemée d’embûches et de rencontres extraordinaires – plus rien ne sera plus jamais comme avant pour Silver et elle devra s’appuyer sur ses quelques amis pour lutter contre un nombre sans cesse croissant d’ennemis. C’est le prix à payer, apprendra-t-elle, pour vivre ses rêves

L’histoire de Silver, cette toute jeune fille, est proprement passionnante, non seulement parce que l’autrice lui tisse un destin captivant et parsème sa route de personnages et d’aventures passionnants, mais aussi parce qu’elle saisit avec justesse ce moment de l’adolescence où les rêves d’enfant se confrontent à la vie, cette bascule dans une vie où on décide de se battre pour vivre comme on l’entend ou d’accepter le destin que d’autres ont imaginé pour nous. Avec beaucoup de psychologie, K D Halbrook parle de ces héros de l’enfance qui déçoivent en grandissant, de ces personnes que l’on pense invisibles et qui se révèlent incontournables, de cette découverte de soi dans l’adversité, de ce moment déchirant où l’on accepte de décevoir ses parents pour ne pas abandonner nos rêves. L’intrigue est donc riche des hésitations de la jeune fille qui s’articulent à des moments d’actions et de suspense comme seule la littérature fantastique en réserve : combats épiques, créatures magiques lumineuses ou ténébreuses, univers imaginaire captivant, … Tous les ingrédients sont là – et unis par une écriture et une traduction fluides et remarquables – pour nous enchanter et nous entrainer dans un univers magique tout droit sorti de l’imagination de l’autrice, dont on espère qu’elle nous y reconduira rapidement pour la suite des aventures de Silver.

Mention spéciale pour la couverture, tout simplement merveilleuse (comme souvent chez Lumen)

 

« Au service de sa Majesté la Mort – 1. L’ordre des Revenants » par Julien Hervieux (Castelmore)

Elizabeth est journaliste… en tout cas c’est ce dont elle aime se convaincre. Car en cette fin des années 1880, même à Londres, les femmes qui exercent une activité sont peu nombreuses… Encore moins dans cette profession dans laquelle les rédacteurs en chef sont souvent opposés au recrutement de femmes. Alors Elizabeth écrit et vend ses articles à un homme qui n’a plus de journaliste que la carte, occupé qu’il est à se shooter à l’opium à longueur de temps. Une vie dans l’ombre mais qui lui convenait finalement se dit-elle aujourd’hui. Car à présent, Elizabeth est morte – plus active que jamais, mais morte. Arrachée à son cercueil pour être recrutée par une organisation au service de la Mort en personne (rien que ça), elle traque à présent celles et ceux qui, par toutes sortes de moyens, échappent à leur fin. Un travail dangereux mais passionnant – faute d’être gratifiant. Au moins, face à la Mort, hommes et femmes sont égaux…

Julien Hervieux, rencontré en salon, m’avait convaincue de commencer cette série de littérature jeunesse – j’ai eu le bonne idée de l’écouter et peux donc aujourd’hui à mon tour faire de mon mieux pour vous convaincre de vous lancer. Ce roman en effet mêle remarquablement l’Histoire, le fantastique, le suspense. Résultat : on suit Elizabeth avec passion, découvrant l’univers créé pour nous (et pour les jeunes lecteurs spécifiquement) par Julien Hervieux. Vivants ou morts, ses personnages évoluent dans l’intrigue, se rencontrent, se comprennent, se détestent ; ils mènent aussi des réflexions intemporelles (sur la vie, le bonheur, l’amour, la trahison, la quête de sens, la mort, …) avec intelligence et humour. On s’attache rapidement à eux, on se passionne pour leurs enquêtes et la nouvelle « vie » d’Elizabeth … Et on espère pour elle que cette dernière tiendra les promesses qu’elle semble réserver à la jeune fille.