« Comme l’Obsidienne » de V. I Prates (France Loisirs) + une dystopie française maitrisée

Elle s’est réveillée seule, dans une forêt inconnue, ne se souvenant plus qui elle est. Mais Fallon – puisque c’est ainsi que ceux qui l’ont secourue et aidée l’appellent – est déterminé ; déterminée à se souvenir, déterminée à ne plus être une charge pour ses sauveurs, déterminée à comprendre mystérieux « L. » qui l’exhorte à saisir une chance dont elle ne sait rien, à redémarrer une nouvelle vie. Une chose s’avère cependant rapidement sûre : c’est en affrontant les terribles épreuves imaginées par les Grands d’Héraklion, cette cité si secrète que personne ne semble pouvoir y entrer ou en sortir, qu’elle sait qu’elle se retrouvera. Risquer cette nouvelle vie pour se souvenir de la précédente, quittée avec brutalité… Est-ce un bon pari que Fallon fait là ? A force de caractère, de rêves étranges et soutenue dans ses choix par des alliés insoupçonnés, la belle jeune femme reprend peu à peu le contrôle de sa vie, récupérant souvenirs, passé, histoire et amis… A moins que ceux qu’elle souhaitait tellement fuir ne retrouve sa trace trop rapidement et une nouvelle fois la poussent à tout quitter pour protéger ceux qu’elle aime.

Il y a bien longtemps que j’avais acheté ce premier tome de la première dystopie de V. I Prates (aussi lue et connue depuis sous le nom de Vania Prates, auteure de Fille de bohême aux éditions Charleston) – et une chose est sûre : je tarderai moins à lire la suite ! Je me suis rapidement laissée embarquée dans un roman bien travaillé, riche de personnages tout en nuances et présentant des personnalités fortes, incarnées, complémentaires. Ici, bien que Fallon – ou quel que soit son nom – soit le personnage principal, elle est entourée d’une myriade d’autres personnages au moins aussi importants et qui, comme souvent dans les dystopie, présentent des caractères divers auxquels le lecteur peut rapidement s’identifier. Premier tome, ce roman nous permet aussi sans jamais en devenir ennuyeux de bien nous immerger dans cet univers intelligemment pensé par l’auteure, de découvrir le système de gouvernement a priori sans défaut d’Héraklion, de s’imprégner de l’histoire des personnages pour mieux comprendre leur situation, leurs comportements, leur valeur et leurs faiblesses.

Vous l’aurez compris, je vous engage si vous aimez les bonnes dystopies à découvrir Comme l’Obsidienne, dont je ne manquerai pas de vous parler des prochains tomes que je vais m’empresser d’acheter J

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« Confessions d’un automate mangeur d’opium » de Fabrice Colin&Mathieu Gaborit (Bragelonne) * steampunk, quand tu nous tiens!

Etonnés de nous voir présenter un titre steampunk ? Probablement pas autant que nous de vous en parler ! Il arrive parfois, comme ça, qu’un livre attire en rayon notre attention alors même qu’il n’est a priori pas « notre genre ». La magie des librairies ! C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Confessions d’un automate mangeur d’Opium : je flânais en librairie quand, soudain, ce livre à la couverture magnifique et à la fabrication originale (je fais une fixation sur les coins de pages arrondis !) à attirer mon attention… tout comme le nom de Fabrice Colin, que j’avais déjà lu il y a … de nombreuses années. Bref, je me suis laissée tenter et l’ai adopté. Puis rapidement lu. Et autant vous le dire tout de suite, je l’ai dévoré.

Curieuse de nature, je me suis rapidement laissée absorbée par cet univers si particulier du steampunk : les codes du 19ème siècle et son ambiance vintage délicieusement surannée intelligemment mêlés à un modernisme désuet incarné par des automates et autres machines échappées des esprits imbibés d’opium de savants fous. Cela donne une atmosphère familière et surprenante à la fois, largement addictive. Ajoutons à cela une intrigue riche en rebondissements, servies par des personnages principaux et secondaires hauts en couleurs et aux réparties savoureuses, et vous obtenez un parfait moment de lecture !

Mais Fabrice Colin et Mathieu Gaborit ne se sont pas arrêtés là : par le biais d’une enquête visant à retrouver le responsable de la mort de la comédienne Margaret Saunders (et qui finit par les mener à côtoyer les élites politiques de leur époque, rien de moins), et que celle-ci mène de concert avec son frère Théo, aliéniste, c’est bien sur l’intelligence artificielle, sur « la science sans conscience » (non, ce n’est pas de moi 😊 ), sur toutes ces dérives engendrées par les meilleures intentions du monde. Sans moralisme, ils explorent les frontières entre le Bien et le Mal, le raisonnable et le déraisonné. On s’interroge, tout comme Margo et Théo, et on se surprend à regarder par-dessus son épaule, à considérer certaines « avancées » comme des risques (ou des incertitudes pour le moins) … Pour résumer, ce formidable duo d’auteurs nous fait réfléchir en nous divertissant, toujours en nous prenant très au sérieux mais sans jamais l’être trop. L’alchimie est parfaite. La lecture passionnante… et je me prends à envisager de relire du steampunk plus régulièrement !

« L’Hayden, 1. Le secret d’Eli » de Julie Muller Volb (Nouvelles Plumes) * Prix de l’Imaginaire 2017

Depuis 2015, le Prix de l’Imaginaire est devenu pour moi, amoureuse du genre, un événement incontournable, qui me fait me rendre rapidement dans mon magasin France Loisirs. Après Le dernière brûleur d’étoile (2015), Les ailes d’émeraude (2014) que j’avais beaucoup aimé, j’ai donc entrepris de découvrir Le secret d’Eli, premier tome de L’Hayden, par Julie Muller Volb.

J’ai donc rencontré Mila, nouvellement orpheline en passe de passer son bac, et aux prises avec les affres de l’adolescence – c’est bien connu, à l’âge-là, rien n’est simple ! En plus de son meilleur ami qui semble avoir découvert en elle une fille ( !), de sa nouvelle vie avec une grande sœur jusque-là continuellement absente et revenue s’installer avec elle et des incendies mystérieux qui frappent la tranquille ville où elle a grandi, voilà que débarque dans sa vie Jeremiah, un beau pompier qui semble devoir toujours la tirer de mauvais pas – eux-mêmes de plus en plus nombreux. Et si Mila se sait maladroite et relativement peu chanceuse, elle trouve que les événements suspects sont d’un coup bien plus inquiétants et nombreux autour d’elle. De fil en aiguille, et à force de désagréables rencontres et surprises, la jeune fille découvre que derrière les secrets échangés à mi-voix, les disparitions mystérieuses, les non-dits à répétition se cache l’existence d’un monde parallèle dans lequel Eli, sa sœur, et Jeremiah ont des rôles importants à jouer. Et elle dans tout ça ? Pourtant, si en dépit de ses questions incessantes ils persistent à vouloir la tenir à l’écart des événements qui les préoccupent, Mila va se retrouver propulsée dans leur monde – l’Hayden – et au cœur d’une guerre meurtrière qui la transformera définitivement et dont elle se retrouvera être l’un des enjeux, à son corps défendant.

Très rapidement, je me suis retrouvée happée par l’intrigue de Julie Muller Volb qui, si elle n’a rien de très original, est bien menée, rythmée et ancrée dans un univers qu’elle a visiblement pris du plaisir à créer et nous faire connaitre. Les descriptions de ses paysages sont richement colorées et détaillées, nous emmenant à la suite de Mila d’émerveillement en surprise. L’Hayden, peuplé de multiples créatures magiques, nous charme rapidement, tout comme nous nous attachons aux personnages rencontrés page après page. Cependant, car il y a un « mais » de taille, je n’ai pas été séduite du tout par l’écriture… Je regrette qu’un travail d’accompagnement / éditorial plus important n’ait pas été fourni, qui aurait empêché certaines longueurs, rendu les dialogues plus authentiques et convaincants, la narration plus fluide. J’ai au fil de ma lecture régulièrement été frappée par des répliques artificielles, de la ponctuation mal à propos, des répétitions, ou des enchainements maladroits. A croire que le manuscrit envoyé pour participer à ce beau Prix a été publié en l’état… C’est d’autant plus regrettable que si certains lecteurs ne sont pas aussi séduits par l’intrigue que je l’ai été, il est fort probable qu’ils arrêtent leur lecture en cours… Vraiment dommage.

 

 

 

« Le Dernier apprenti sorcier 1 – Les rivières de Londres », Ben Aaronovitch (J’ai Lu) * sur les conseils d’un libraire bien inspiré!

Peter Grant est un jeune agent de police londonien plein d’avenir. Alors qu’il effectue la surveillance d’une scène de crime à Covent Garden, au petit matin, il fait une rencontre inattendue : un témoin du meurtre qui s’avère être… un fantôme. Et ce n’est là que la première surprise pour Peter qui est bientôt affecté à la brigade secrète de la Police métropolitaine chargée des affaires surnaturelles, sous les ordres de l’inspecteur divisionnaire, Thomas Nightingale. Tous deux se lancent à la poursuite d’un tueur en série machiavélique et insaisissable. En parallèle, le jeune homme commence son initiation à la magie en tant que dernier apprenti sorcier de Londres.

 

Sherlock Potter. Alors que je lui commandais la suite de The Rook, Agent double, de Daniel O’Malley chez Super 8 (l’histoire d’agents secrets chargés de combattre les forces surnaturelles qui menacent la Couronne britannique dont je vous parlerai bientôt), mon libraire m’a aussitôt conseillé de découvrir la série de Ben Aaronovitch, Le Dernier apprenti sorcier. Il a eu bien raison car je me suis régalée avec ce premier tome qui mêle habilement magie et enquête policière dans la pure tradition anglaise.

 

Dès les premières pages, nous sommes plongés dans l’ambiance avec la description par notre témoin fantôme de ce fameux meurtrier qui peut changer de visage en quelques secondes. Et dans les pas de Peter Grant, nous découvrons avec lui ce monde souterrain qui vit à côté du nôtre : fantômes donc mais aussi vampires, esprit vengeur, et même divinités aquatiques ancestrales se partageant le contrôle de la Tamise. Très intelligemment, Ben Aaronivitch, scénariste de son état, dose cette part fantastique en n’oubliant pas la trame policière classique incarnée par l’agent Lesley May, collègue et amie de Peter, qui vient d’être affectée à la police criminelle. Viennent s’ajouter un humour so british, une intrigue extrêmement bien ficelée autour du théâtre populaire anglais, et une description de Londres très visuelle. Vous mélangez le tout et vous obtenez un polar érudit de très bonne facture qui se lit d’une traite. Nul doute que je ne tarderai pas à me procurer les tomes suivants que j’espère aussi bons (cinq tomes sont disponibles chez J’ai Lu, un sixième est paru en Angleterre l’an dernier, sachant qu’il y en aura dix en tout).

« Elia, la Passeuse d’âme » de Marie Vareille (PKJ) * On est fans.

Elia vit dans une société où, pour préserver la paix, la société a été divisée en différentes castes. Chacune d’entre elle assure un rôle spécifique et prédéfini, et toutes obéissent à la même règle suprême : la communauté avant l’individu. Adolescente, Elia n’a jamais pensé à outrepasser cet ordre, même si parfois elle s’interroge sur sa perception de son propre rôle – celui de Passeuse d’âme. Malgré les enseignements reçus, malgré sa volonté de se conformer au mieux aux missions qui lui ont été attribuées, la jeune fille ne peut s’empêcher de se dire que libérer les Kornésiens (sa caste) de la vie dès lors qu’il est considéré qu’ils ont accompli tout ce que la Communauté attendait d’eux est une bien lourde charge. Le jour où elle se retrouve face à un Nosoba – membre de la caste du même nom, ouvrière, méprisée et redoutée – et prend la décision de ne pas obéir, sa vie bascule et ses certitudes volent en éclat. Obligée de fuir, Elia devra alors se confronter à la réalité, déchirer le voile à travers lequel elle percevait la société dans laquelle elle vit et admettre les zones d’ombres qui jalonnent sa vie. Elle découvrira aussi le prix de l’amitié, la force de la loyauté, la volonté de vivre selon ses propres espérances, mais aussi l’existence d’une Prophétie.

Cela faisait bien longtemps déjà que je regardais ce roman fantasy jeunesse acheté il y a quelques temps et qui avait trouvé refuge dans ma PAL…. Où il menaçait d’être enseveli ! J’ai donc récemment écouté mon instinct qui me soufflait que j’allais adorer… Ce qui n’a pas manqué !

Quel bonheur en effet que cette lecture ! Dès les premières pages, j’ai perçu que cette série promettait beaucoup, et rapidement, je me suis rendue compte que Marie Vareille relèverait le défi : Elia, sans aucun doute, se positionne dans les meilleurs romans fantasy jeunesse que j’ai pu lire les dernières années – et j’en ai lus quelques-uns, comme vous le savez ! L’auteure parvient à tisser une passionnante intrigue en reprenant les codes traditionnels du genre (société artificiellement divisée, injustice institutionnalisée, force de caractère, Prophétie, lutte pour la liberté, loyauté, combats, sacrifice, …) et les intégrant à un univers très personnel. On découvre avec stupeur la vie souterraine des ouvriers Nosobas, dont l’environnement devient véritablement un personnage secondaire omniprésent (rudesse de la vie de mineur, dangers des labyrinthes dans lesquels ils vivent, exactions des représentants de l’ordre, …), on est ressent leur fascination pour les étoiles, l’extérieur, leur colère contre ceux qui les exploitent, leur urgence à s’amuser, s’aimer, s’entraider. Les personnages prennent vie sous la plume de Marie Vareille, tous différents, authentiques, attachants et ont des personnalités qui enrichissent l’intrigue. On se passionne pour leurs histoires, leurs faiblesses, leurs liens. On compatit à leurs malheurs et on grimace en découvrant leurs angoisses. On s’interroge sur leur avenir. On a tout simplement hâte de savoir comment ils vont évoluer, et de lire le 2ème tome des aventures d’Elia et ses amis. Vivement la suite !