« L’Outsider » par Stephen King (France Loisirs) * frissons garantis

Il y a quelques temps (aussi) que ce livre patientait dans ma PAL… Parce que pour moi, il faut nécessairement au moins 2 conditions pour lire un Stephen King : 1/ ne pas broyer du noir (pour avoir une résistance optimale à la sourde peur que le lire induit toujours chez moi) 2/avoir le temps et la disponibilité d’esprit pour savourer, malgré les frissons, l’écriture magique de cet homme qui, pour le meilleur et pour le pire, fait réaliser des prouesses à mon imagination. Des prouesses cauchemardesques, disons-le, mais des prouesses tout de même.

Comme toujours, je me suis lancée dans ce roman (horrifique, cela va sans dire) sans en avoir lu le résumé, la 4ème ou tout avis qui aurait pu m’influencer. Comme souvent avec Stephen King, je me suis dit que j’avais bien fait, car j’aurais probablement botté en touche encore quelques semaines de peur d’avoir trop peur… Mais une fois que j’ai eu lu les premières pages, ressenti les premiers frissons, senti sourdre mes premiers doutes, impossible de m’arrêter. Sur les pas de Ralph Anderson, confronté à ce que l’homme (mais pas seulement) peut accomplir de pire et vivre de plus incroyable, je me suis laissée entrainer dans des enquêtes mêlant preuves scientifiques et observations empiriques dépassant de très loin tout raisonnement rationnel. Et j’ai diablement aimé ça : Stephen King a cet art de créer l’invraisemblable à partir d’éléments ô combien réels, exploitant toutes les nuances de ce que les hommes peuvent accomplir de meilleur pour leurs semblables, mais aussi ce qu’ils peuvent leur faire de pire… Force est de constater d’ailleurs que si l’on a l’impression qu’il force le trait, les actualités et leurs faits divers répondent parfois étrangement et horriblement à ses textes – nul doute qu’il s’en désole autant que nous. Je ressors de cette lecture désemparée par la dérangeante impression que l’histoire de Ralph, Terry, Holly et les autres pourraient un jour croiser ma route et faire vaciller ma (naïve) foi en l’humanité et me rappeler que l’homme est capable de tout, bien au-delà de ce que mon esprit (naïf ? équilibré ?) peut imaginer.

L’outsider est donc à mettre entre les mains d’un public averti mais est probablement l’un des meilleurs Stephen King que j’ai pub lire récemment (et je les lis à peu près tous !) – un roman horrifique à mettre dans sa bibliothèque pour pouvoir se dire, en repassant devant, que si un jour on en a le courage, on le rouvrira pour se faire plaisir et se faire peur dans les mêmes proportions.

 

Publicités

« Silver Batal & le Dragon d’eau » par K.D Halbrook (Lumen) * brillant

Aucune description de photo disponible.

Silver est apprentie joaillère – pas qu’elle l’ait souhaité, mais dans son univers, les enfants sont destinés à embrasser les carrières de leur père pour perpétuer leur savoir-faire. Pourtant la jeune fille le sait, le sent : son destin est ailleurs. Là, dans cette ville où sa famille et celles de tant d’artisans vivent au milieu du désert, elle rêve de dragons d’eau, de compétitions, d’ailleurs. Et lorsque la meilleure dresseuse de dragons annonce sa venue avec la reine Iméa, Silver décide de forcer le destin, notamment grâce à l’aide inattendue d’une vielle femme qui semble en savoir beaucoup sur les dragons d’eau et les usages de la Cour. Cependant, ce premier pas vers ce destin qu’elle appelle va l’éloigner définitivement des siens et la conduire sur une route parsemée d’embûches et de rencontres extraordinaires – plus rien ne sera plus jamais comme avant pour Silver et elle devra s’appuyer sur ses quelques amis pour lutter contre un nombre sans cesse croissant d’ennemis. C’est le prix à payer, apprendra-t-elle, pour vivre ses rêves

L’histoire de Silver, cette toute jeune fille, est proprement passionnante, non seulement parce que l’autrice lui tisse un destin captivant et parsème sa route de personnages et d’aventures passionnants, mais aussi parce qu’elle saisit avec justesse ce moment de l’adolescence où les rêves d’enfant se confrontent à la vie, cette bascule dans une vie où on décide de se battre pour vivre comme on l’entend ou d’accepter le destin que d’autres ont imaginé pour nous. Avec beaucoup de psychologie, K D Halbrook parle de ces héros de l’enfance qui déçoivent en grandissant, de ces personnes que l’on pense invisibles et qui se révèlent incontournables, de cette découverte de soi dans l’adversité, de ce moment déchirant où l’on accepte de décevoir ses parents pour ne pas abandonner nos rêves. L’intrigue est donc riche des hésitations de la jeune fille qui s’articulent à des moments d’actions et de suspense comme seule la littérature fantastique en réserve : combats épiques, créatures magiques lumineuses ou ténébreuses, univers imaginaire captivant, … Tous les ingrédients sont là – et unis par une écriture et une traduction fluides et remarquables – pour nous enchanter et nous entrainer dans un univers magique tout droit sorti de l’imagination de l’autrice, dont on espère qu’elle nous y reconduira rapidement pour la suite des aventures de Silver.

Mention spéciale pour la couverture, tout simplement merveilleuse (comme souvent chez Lumen)

 

« Au service de sa Majesté la Mort – 1. L’ordre des Revenants » par Julien Hervieux (Castelmore)

Elizabeth est journaliste… en tout cas c’est ce dont elle aime se convaincre. Car en cette fin des années 1880, même à Londres, les femmes qui exercent une activité sont peu nombreuses… Encore moins dans cette profession dans laquelle les rédacteurs en chef sont souvent opposés au recrutement de femmes. Alors Elizabeth écrit et vend ses articles à un homme qui n’a plus de journaliste que la carte, occupé qu’il est à se shooter à l’opium à longueur de temps. Une vie dans l’ombre mais qui lui convenait finalement se dit-elle aujourd’hui. Car à présent, Elizabeth est morte – plus active que jamais, mais morte. Arrachée à son cercueil pour être recrutée par une organisation au service de la Mort en personne (rien que ça), elle traque à présent celles et ceux qui, par toutes sortes de moyens, échappent à leur fin. Un travail dangereux mais passionnant – faute d’être gratifiant. Au moins, face à la Mort, hommes et femmes sont égaux…

Julien Hervieux, rencontré en salon, m’avait convaincue de commencer cette série de littérature jeunesse – j’ai eu le bonne idée de l’écouter et peux donc aujourd’hui à mon tour faire de mon mieux pour vous convaincre de vous lancer. Ce roman en effet mêle remarquablement l’Histoire, le fantastique, le suspense. Résultat : on suit Elizabeth avec passion, découvrant l’univers créé pour nous (et pour les jeunes lecteurs spécifiquement) par Julien Hervieux. Vivants ou morts, ses personnages évoluent dans l’intrigue, se rencontrent, se comprennent, se détestent ; ils mènent aussi des réflexions intemporelles (sur la vie, le bonheur, l’amour, la trahison, la quête de sens, la mort, …) avec intelligence et humour. On s’attache rapidement à eux, on se passionne pour leurs enquêtes et la nouvelle « vie » d’Elizabeth … Et on espère pour elle que cette dernière tiendra les promesses qu’elle semble réserver à la jeune fille.

« Leonora Kean, 1 – Chasseuse d’âmes » de Cassandra O’Donnell (Pygmalion) * fan

 

On vous l’avait dit, on attendait avec impatience de découvrir ce premier épisode des aventures de Leonora, la fille de Rebecca Kean dont nous avions dévoré les différents tomes. Fantômes facétieux, vampires craquants, loups-garous canons, sorcières redoutables, nécromants séduisants, … Nous avions hâte de retrouver ces personnages addictifs, cette fois perçus par le biais de la fille de Rebecca, elle-même largement dangereuse et redoutée. Car si elle est la fille d’une chasseuse de prime démoniaque et de l’un des vampires les plus anciens du monde – et ce n’est là que la première génération de gènes incroyables dont elle est le fruit -, Leonora est également l’Elue de la Mort pour ramener à elle toutes les âmes errantes. Vous en conviendrez, à 16 ans, la jeune fille a une vie hors normes sous bien des aspects. Des particularités que son séjour en Europe, où sa mère l’avait envoyée pour être protégée et formée, ne vont faire que renforcer. Aucun doute, Leonora est bien la fille de sa mère, et cela nous ravit !

Hébergée avec Ariel, sorcier au pouvoirs incommensurables et véritable garde-fou aux pouvoirs qu’elle peut mobiliser, dans le village des Vikaris, la tribus de sorcières dont sa mère est issue et Reine, Leonora se pensait seulement exposée à la haine de ses habitantes à cause de son ascendance – elles sont les principales menaces des vampires, qu’elles chassent sans merci. Pourtant, rapidement, les pouvoirs qu’elle tient de la déesse de la mort lui font percevoir un danger inédit, inconnu mais effrayant et qui menace tout à la fois les vampires et les sorcières. Soutenue par Ariel, qui semble lui porter une affection croissante et l’entoure d’un amour qu’elle n’est pas prête à accepter, Leonora accepte une mission qu’elle seule peut accomplir. A moins que ce ne soit la dernière.

Cassandra O’Donnelle a repris dans ce premier tome (et on espère qu’il y en aura beaucoup d’autres) tous les ingrédients qui ont fait le succès de la série Rebecca Kean, à cela près que le « profil » atypique de Leonora lui permet d’explorer de nouveaux univers fantastiques. Humour et suspense se mêlent parfaitement, et la fresque des personnages – nouveaux et déjà connus – s’étoffe. Incontestablement, nous sommes fans de Leo comme nous le sommes de sa mère… Vivement la suite !

« Dix jours avant la fin du monde » de Manon Fargetton (Gallimard Jeunesse) * et vous, que feriez-vous?

Le monde meurt. Dès qu’elle voit les images qui envahissent les médias et les réseaux sociaux et qui montrent des murs d’explosion qui ravagent le globe méthodiquement, Lili-Ann le sait. Le compte à rebours est lancé : pour la France, pour elle et pour tant d’autres, il reste 10 jours. 10 jours pour trouver une solution, prier, se résigner, aimer, profiter, pleurer, ou pardonner …

Pour sa part, Lili-Ann a un projet : rallier la Bretagne pour retrouver sa famille et attendre avec elle la fin du monde. Mais pour beaucoup d’autres, cette fin du monde renvoie à ce que l’Homme a de meilleurs et de pire : lancés sur la route de l’exode pour se réfugier à l’extrême ouest de l’Europe – qui sera touché en dernier -, hommes, femmes et enfants se laissent aller à leurs vraies natures. Et vous, que feriez-vous s’il vous restait 10 jours à vivre ?

A travers le voyage et la fuite de six hommes et femmes pour la vie, Manon Fargetton nous plonge dans le monde impitoyable de la survie, de la rage de vivre. Qu’il s’agisse de s’aider ou de se tuer, de s’aimer ou de se déchirer, de s’évader ou de chercher des solutions, de s’isoler ou de se fondre dans la masse, l’autrice développe un scénario catastrophe qui fait s’interroger chaque lecteur sur ce qui compte vraiment, sur ce qu’il voudrait sauver ou laisser derrière lui. Une question existentielle qui sert de fil rouge à la lecture, captivante et angoissante. Comme à chaque fois, Manon Fargetton appréhende avec justesse, parfois rudesse, la dualité de la nature humaine et sa complexité au travers de six personnages différents, familiers, attachants. On se passionne pour leurs aventures aussi, car Dix jours avant la fin du monde est avant tout un remarquable roman (initiatique ?) de science-fiction qu’il faut lire avec plaisir et partager nécessairement.

Pour finir : je ne pense pas me tromper en vous disant qu’à chaque nouveauté de Manon Fargetton, n’hésitez pas et précipitez-vous… Il semblerait qu’elle soit condamnée à nous passionner de livre en livre. Un autre conseil : si vous en avez l’occasion, allez à sa rencontre en salon ou en librairie : elle est en plus fort sympathique.