« Dix jours avant la fin du monde » de Manon Fargetton (Gallimard Jeunesse) * et vous, que feriez-vous?

Le monde meurt. Dès qu’elle voit les images qui envahissent les médias et les réseaux sociaux et qui montrent des murs d’explosion qui ravagent le globe méthodiquement, Lili-Ann le sait. Le compte à rebours est lancé : pour la France, pour elle et pour tant d’autres, il reste 10 jours. 10 jours pour trouver une solution, prier, se résigner, aimer, profiter, pleurer, ou pardonner …

Pour sa part, Lili-Ann a un projet : rallier la Bretagne pour retrouver sa famille et attendre avec elle la fin du monde. Mais pour beaucoup d’autres, cette fin du monde renvoie à ce que l’Homme a de meilleurs et de pire : lancés sur la route de l’exode pour se réfugier à l’extrême ouest de l’Europe – qui sera touché en dernier -, hommes, femmes et enfants se laissent aller à leurs vraies natures. Et vous, que feriez-vous s’il vous restait 10 jours à vivre ?

A travers le voyage et la fuite de six hommes et femmes pour la vie, Manon Fargetton nous plonge dans le monde impitoyable de la survie, de la rage de vivre. Qu’il s’agisse de s’aider ou de se tuer, de s’aimer ou de se déchirer, de s’évader ou de chercher des solutions, de s’isoler ou de se fondre dans la masse, l’autrice développe un scénario catastrophe qui fait s’interroger chaque lecteur sur ce qui compte vraiment, sur ce qu’il voudrait sauver ou laisser derrière lui. Une question existentielle qui sert de fil rouge à la lecture, captivante et angoissante. Comme à chaque fois, Manon Fargetton appréhende avec justesse, parfois rudesse, la dualité de la nature humaine et sa complexité au travers de six personnages différents, familiers, attachants. On se passionne pour leurs aventures aussi, car Dix jours avant la fin du monde est avant tout un remarquable roman (initiatique ?) de science-fiction qu’il faut lire avec plaisir et partager nécessairement.

Pour finir : je ne pense pas me tromper en vous disant qu’à chaque nouveauté de Manon Fargetton, n’hésitez pas et précipitez-vous… Il semblerait qu’elle soit condamnée à nous passionner de livre en livre. Un autre conseil : si vous en avez l’occasion, allez à sa rencontre en salon ou en librairie : elle est en plus fort sympathique.

 

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Le projet Starpoint T2, Le réveil des Adjinns, Marie Lorna Vaconsin, Editions La belle Colère

C’est un plaisir de retrouver Pythagore et Louise dans ce second tome du projet Starpoint que j’attendais avec impatience. Souvenez-vous ; Pythagore et Louise, ces deux adolescents qui menaient une vie de lycéens ordinaires jusqu’à l’arrivée de Foresta, venue d’un monde parallèle que l’on peut rejoindre en franchissant l’angle mort des miroirs. Lire la suite

« Dracula, Les origines » de Dacre Stocker et J.D Barker (Michel Lafon) * délicieusement terrifiant

Lorsque Bram Stocker présente Dracula à son éditeur pour la première fois, il est catégorique : ces faits sont réels, les vampires (ou quel que soit le nom qu’on leur donne à travers le monde) existent, il le sait. Mais son discours ne trouve pas grâce aux yeux du professionnel, qui s’il apprécie l’histoire, tient à ce qu’elle soit présentée comme une fiction – la suite, nous la connaissons : le roman devient un classique, faisant trembler ses contemporains et des générations de lecteurs depuis.

Dacre Stocker et J.D Barker nous entrainent donc sur les pas du petit Bram, enfant malade et condamné à subir au lit les absurdités d’une médecine incapable de l’aider. S’il observe par la fenêtre vivre le monde et par les yeux de sa nanny la vie de sa famille – il a de nombreux frères et sœurs -, il se morfond. Mais une nuit, alors que la fin semble proche, se produit un miracle : au terme d’un songe dans lequel Ellen, sa nanny qui s’occupe de la fratrie et de lui en particulier depuis qu’il est bébé, endosse un étrange et effrayant rôle, il se réveille « guérit », libéré des douleurs qui le harcelaient nuit et jour depuis sa naissance et capable de se tenir debout. D’abord ravi, il confie à sa sœur Mathilda son incompréhension et ses souvenirs de cette nuit étrange, au cours de laquelle il a compris qu’Ellen ne pouvait être une bonne comme les autres. Il est alors inconscient des conséquences des questions qu’il pose, mais surtout des réponses qu’il va obtenir. C’est le début d’une quête qui va le poursuivre toute sa vie d’enfant et de jeune adulte, jusqu’à ce qu’à nouveau ce mystère devienne central dans son existence et le conduise à rencontrer le comte Dracula, cette créature machiavélique qui deviendra le vampire le plus connu de la littérature.

Indéniablement, Bram a changé cette nuit-là… Mais est-ce en bien ou en mal ? est-ce l’œuvre de Dieu ou du Diable ? Tout peut-il être expliqué aussi simplement qu’en ces termes dichotomiques ?

C’est cette frontière floue entre la fiction et la réalité que Dacre Stocker (arrière petit neveu de Bram) et J.D Barker, auteur de littérature fantastique, explorent avec ce roman horrifique qui nous plonge tout à la fois dans la genèse d’une œuvre majeure et dans l’histoire d’un auteur mythique, littéralement habité par son récit. La collaboration entre les deux auteurs fonctionne incroyablement bien, nous offrant un texte enlevé, incroyablement bien écrit et absolument passionnant. Et si l’on prend plaisir à se laisser embarquer dans cette histoire gothique, écrite tout comme Bram Stocker aurait pu le faire, on frissonne à l’idée qu’une partie de ce que nous découvrons et lisons puisse être réel, ou partiellement réel. Quand fiction et réalité sont si intimement lié, impossible d’affirmer où l’imagination supplante le réel… et vis versa.

« Le passage médiéval » de Sabine Rochet (Nouvelles Plumes) => un roman historique et fantastique qui ravira les amateurs

Voici quelques temps que ce roman Nouvelles Plumes avait rejoint ma PAL, mais pour ne rien vous cacher, ses près de 900 pages en faisaient un pavé compliqué à transporter. J’ai donc attendu de pouvoir lire bien au chaud chez moi pour l’ouvrir, où il m’a permis de passer quelques très belles heures de lecture. Si je connaissais la maison d’édition, qui généralement ne me déçoit pas, je ne connaissais pas l’auteure et n’avais pas entendu parler de ce texte spécifiquement – qui pourtant ne peut manquer de ravir les amateurs de romans historiques et fantastiques, et de narration passé-présent maitrisée.

Eléonore, Mélanie et Alexandra en effet ne s’attendaient pas, lorsqu’elles entrèrent dans une boutique d’inspiration médiévale pour dégoter des costumes d’époque, à se trouver transportées en 1033, dans le comté de Genève. La raison : un sortilège prononcé en latin à voix haute devant un miroir aux étranges propriétés. Mais au-delà de l’incongruité de ce voyage dans le temps, ce sont surtout les affaires diaboliques dans lesquelles elles se trouvent impliquées qui les mettront en danger. A une époque où les femmes, leurs corps et leurs avis importent peu, les trois amies seront confrontées au pire, mais découvriront aussi les trésors d’une époque qui vit fleurir des modèles de courtoisie et de chevalerie. Sabine Rochet montre rapidement une maitrise des codes du genre, mais aussi de la géographie locale et de l’histoire du 11e siècle très appréciables, qui enrichissent indubitablement l’intrigue et rendent la lecture instructive en plus d’être plaisante – à noter que les lecteurs qui connaissent la région approuveront cet avis ou le contrediront avec plus d’arguments… Je n’y suis pour ma part jamais allée mais ce texte donne des idées!

Sabine Rochet nous livre aussi là un roman fantastique où se côtoient les hommes, Dieu et le Diable, la magie blanche et la magie noire, le guerre et la poésie, l’amour et la mort, et où chaque alliance renvoit à des intérêts difficilement identifiables de seigneurs dont on ne sait rien, ou si peu. Nous plongeons avec ravissement dans un Moyen-Âge magique qui nous transporte,  et sur les pas de 3 femmes qui cherchent à comprendre une époque sombre et à sauver ceux qu’elles apprennent à aimer dans cette époque et dans celle qu’elles ont quittée. On se plait à apprécier le regard impressionné des hommes sur ces femmes cultivées débarquées d’on ne sait où, on redoute les actions du Démon et de ses sbires, on a les yeux qui brillent lorsqu’elles trouvent l’amour, on comprend leur détresse face à des dangers qui les dépassent largement, on espère avec elle un retour dans le présent… puis on s’interroge sur le bien-fondé d’un retour. Le tout alimente une intrigue bien pensée, bien écrite, peut-être un peu longue mais qu’on prend beaucoup de plaisir à lire et à poursuivre sur près de 900 pages…. Ce n’est pas rien !

Seul bémol : la couverture et le titre sont très peu attractifs, et ne rendent pas honneur au texte. Un petit effort d’imagination et/ou d’originalité aurait été bienvenu….