« Ernest et moi » par Amélie Antoine et Jack Koch (Michel Lafon) – un joli conte sur l’amitié

 

Lucien vient de déménager avec son papa et sa maman. S’il a maintenant une jolie maison et une belle chambre, il a laissé ses copains et ses voisins derrière lui et est très triste.

 

Mais un jour, il trouve un bel œuf dans le jardin et décide de le ramener dans sa chambre ; un œuf qui s’avère être celui d’un petit dragon turquoise un peu timide mais tout gentil que Lucien prénomme Ernest. C’est le début d’une jolie amitié qui va les conduire à se construire de beaux souvenirs à deux et à faire des bêtises ensemble jusqu’à la rentrée. Mais Ernest trouvera-t-il sa place à l’école ? Comment Lucien fera-t-il si Ernest ne peut pas l’accompagner ?

Amélie Antoine, dont je prends beaucoup de plaisir à lire les romans pour les « grands », signe ici un conte tout doux qui parle d’amitié et de ces éloignements que les adultes peuvent sous-estimer mais qui déchirent le cœur des enfants.Parce que la vie parfois sépare les petits amis, cet album magnifiquement illustré par Jack Koch permet de trouver les bons mots pour rassurer et pousser l’enfant à rester ouvert aux autres, plutôt qu’à se renfermer sur lui-même. Parce que l’amitié, les vrais amis et les amis imaginaires sont une affaire très sérieuse, voici le livre idéal pour ravir le cœur et les yeux de tous, et partager un moment privilégié en parlant d’un sujet important.

NB : messieurs-dames les enseignants, voici un ouvrage à proposer à vos élèves et à proposer en lecture en classe !

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« Inventer les couleurs » de Gilles Paris (Illustrations d’Aline Zalko – Giboulées) * une pépite à savourer

Il y a tellement longtemps que j’ai lu pour la première fois cet album que vous auriez pu penser que je l’avais oublié. Si je ne m’en sens pas très fière et que ce délai est aussi largement lié à « ma vraie vie », je crois qu’il me fallait aussi pouvoir le relire, le re-regarder, le re-ressentir pour pouvoir vous livrer à son propos mon vrai sentiment. Parce que ce livre m’a émerveillée en tant qu’observatrice, m’a bouleversée en tant que lectrice, m’a faite pleurer en tant que maman.

Vous le constatez, les niveaux de lecture sont nombreux, et ô combien complémentaires. Par le biais des textes magnifiques de Gilles Paris et des illustrations époustouflantes d’Aline Zalko, l’histoire de petit Hyppolite, dont les journées teintées de couleur se heurtent à la vie terne de son papa qui travaille à l’usine et à la réalité de la cour de son école, nous bouleverse – s’il s’échine à voir les couleurs ce qui l’entoure, il faudrait tellement peu de choses pour que le gris de notre réalité (ce gris que nous avons laissé s’installer en devenant adultes) l’engloutisse, et son univers merveilleux avec lui.

Pour ma part, je me suis laissée submerger dans un premier temps par les illustrations d’Aline Zalko, que je ne connaissais pas mais dont le travail ici est remarquable, pour ensuite m’imprégner des mots de Gilles Paris, tendres, authentiques, poétiques et parfois cruels. J’ai enfin, lors d’une troisième lecture, mêlé ces deux expériences pour « ressentir » l’histoire d’Hyppolite auquel je me suis irrémédiablement attachée – tentant de faire mienne sa vision colorée des gens et du monde. Puis enfin, j’ai « montré » et lu cette histoire à ma Mini-Lectrice qui m’a immédiatement l’album refermé demandé ses crayons pour dessiner sa sœur et ses copains – tous en couleurs.

Alors voilà, je voudrais vous conseiller de profiter de vos vacances pour reconquérir /vous réapproprier la vision colorée du monde d’Hyppolite, et partager la lecture de ce bel et touchant album avec les petits et les grands qui vous entourent. Car c’est bien connu : la belle littérature jeunesse est celle qui dépasse largement le public des jeunes lecteurs

« Au service de sa Majesté la Mort – 1. L’ordre des Revenants » par Julien Hervieux (Castelmore)

Elizabeth est journaliste… en tout cas c’est ce dont elle aime se convaincre. Car en cette fin des années 1880, même à Londres, les femmes qui exercent une activité sont peu nombreuses… Encore moins dans cette profession dans laquelle les rédacteurs en chef sont souvent opposés au recrutement de femmes. Alors Elizabeth écrit et vend ses articles à un homme qui n’a plus de journaliste que la carte, occupé qu’il est à se shooter à l’opium à longueur de temps. Une vie dans l’ombre mais qui lui convenait finalement se dit-elle aujourd’hui. Car à présent, Elizabeth est morte – plus active que jamais, mais morte. Arrachée à son cercueil pour être recrutée par une organisation au service de la Mort en personne (rien que ça), elle traque à présent celles et ceux qui, par toutes sortes de moyens, échappent à leur fin. Un travail dangereux mais passionnant – faute d’être gratifiant. Au moins, face à la Mort, hommes et femmes sont égaux…

Julien Hervieux, rencontré en salon, m’avait convaincue de commencer cette série de littérature jeunesse – j’ai eu le bonne idée de l’écouter et peux donc aujourd’hui à mon tour faire de mon mieux pour vous convaincre de vous lancer. Ce roman en effet mêle remarquablement l’Histoire, le fantastique, le suspense. Résultat : on suit Elizabeth avec passion, découvrant l’univers créé pour nous (et pour les jeunes lecteurs spécifiquement) par Julien Hervieux. Vivants ou morts, ses personnages évoluent dans l’intrigue, se rencontrent, se comprennent, se détestent ; ils mènent aussi des réflexions intemporelles (sur la vie, le bonheur, l’amour, la trahison, la quête de sens, la mort, …) avec intelligence et humour. On s’attache rapidement à eux, on se passionne pour leurs enquêtes et la nouvelle « vie » d’Elizabeth … Et on espère pour elle que cette dernière tiendra les promesses qu’elle semble réserver à la jeune fille.