« Brexit Romance » de Clémentine Beauvais (Sarbacane) – Theatrum Mundi

Comme beaucoup, nous attendions avec impatience ce nouveau roman de Clémentine Beauvais, dont nous avions tant aimé la plume dans Les petites reines et Songe à la douceur. Quel bonheur donc de pouvoir dès la parution en librairie le découvrir et le savourer, tel un croustillant mais calorique scone britannique… car s’il est indubitable qu’on se régale à cette lecture, il n’en reste pas moins qu’elle reste d’un cynisme et d’un sérieux renouvelés à chaque page. Clémentine Beauvais a des avis, et elle les partage ; Clémentine Beauvais à des messages à faire passer, et elle le fait bien ; Clémentine Beauvais a du talent, et elle le démontre une nouvelle fois.

Car Brexit Romance, comme son titre le laisse entendre, a pour point de départ et base de réflexion ce fameux brexit qui, en 2017, nous laissa (pour certains) abasourdis au réveil : la Grande Bretagne ne voulait plus être européenne ; cette Europe qui nous semblait acquise ne l’était en fait plus du tout ; notre conception d’un espace européen ouvert, la libre circulation des personnes elle-même, était menacée ; et quid de « l’effet boule de neige » et du soudain regain de vigueur des mouvements indépendantistes à travers tout le continent ? Ce séisme et ses répliques et dégâts, ce sont les bases de l’intrigue de l’auteure : avec humour, elle met en scène un trafic de passeports européens pour Britanniques en mal d’Europe, une instrumentalisation des valeurs du mariage au profit de l’ouverture des frontières par-delà la Manche. A la tête de cette initiative, Justine, Européenne convaincue qui crée une agence matrimoniale pour faire contracter un maximum d’engagements entre Belges, Français, Espagnols et autres continentaux avec des citoyens britanniques – à bas les frontières ! Cependant, et si l’agence Brexit Romance promet des contrats vides de tous sentiments, Justine va vite se rendre compte que les passions ne se plient que rarement aux règles, que les compatibilités sur le papier ne renvoient pas toujours (souvent) à des relations harmonieuses dans la vraie vie, et que jouer avec les personnalités et les sentiments des uns et des autres, toute de bonne foi qu’elle soit, n’est pas sans risque.

Une nouvelle fois, Clémentine Beauvais joue avec les mots et un style incomparable pour faire se côtoyer des univers aux antipodes, des langages si différents, des personnages que tout oppose ou tout rassemble a priori. Mais la vie s’embarasse-t-elle d’a priori ? Tout comme le Brexit fit voler des évidences et des certitudes en éclats, cette comédie romantique acide et intelligente utilise les codes pour mieux les renverser : la jeune ingénue à la recherche du prince charmant et qui croise la route d’un crapaud, le beau jeune homme qui laisse les quiproquos l’éloigner de sa belle, le personnage chef d’orchestre qui devient marionnette, … La mise en scène est délibérément théâtrale, nous faisant tout à la fois personnages et souffleurs, spectateurs et metteurs en scène. On rit, on sourit, on se désole et on se rappelle que sous certains aspects caricaturaux, c’est bien de notre Europe que nous parle Clémentine Beauvais, cette Europe que nous pouvons aimer ou pas, souhaiter ou pas, mais dans laquelle nous vivons indubitablement et à laquelle nous devons tant. Et pour laquelle, personnellement, je suis prête ) m’engager. Alors, brexit romancer ou pas ? La question – aussi symbolique soit-elle – mérite véritablement d’être posée.

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« Max et les poissons » de Sophie Adriansen (Nathan) * pour tous les enfants péchés en juillet 1942

Max aura 8 ans dans quelques jours et vient de recevoir à l’école un joli poisson tacheté pour le récompenser de ses bonnes notes – Auguste. Il est très fier, tellement qu’il en oublie presque cette étoile jaune sur ses vêtements et les Allemands qui défilent tous ensemble et font trembler les murs avec leurs grosses bottes. Et puis il se rend bien compte que sa sœur Hélène et que ses parents lui préparent des surprises. Il en a peu depuis quelques mois alors se promet de bien en profiter. Mais voilà, en ce 16 juillet, d’autres surprises moins drôles sont prévues par d’autres adultes, et avec tant d’autres, Max est raflé, parqué dans un grand stade avec quelques-uns de ses copains et voisins. Les adultes ont peur, alors lui aussi, un peu. Ils sont emmenés ensuite dans un autre camps où ,au moins, il y a un extérieur ;il s’appelle Drancy. Max pense que tout ira mieux ensuite, mais ce n’est qu’une nouvelle étape. La vie de Max va décidément bien changer, et cette journée d’anniversaire oublié n’est que le début d’une nouvelle drôle d’aventure parsemée de poissons.

J’entendais parler de ce livre depuis des mois, me le réservant pour un moment où j’aurais le temps de le lire tranquillement. Grand bien m’a pris. Merveilleusement bien écrit – comme sait si bien le faire Sophie Adriansen -, facilement accessible aux jeunes lecteurs à partir de 9 ans, poignant, il m’a mis les larmes aux yeux et m’a fait sourire à travers ces larmes. Parce que bien que vue à travers les yeux d’un jeune garçon qui ne comprend pas tout ce qui lui arrive, cette histoire est bien celle de tant d’autres enfants, déportés, raflés, séparés de leurs familles, parfois tués durant la Seconde Guerre Mondiale parce qu’ils étaient nés Juifs. Sans jamais être anxiogène, le texte aborde tous les aspects de la vie de ces familles juives durant cette période. Sophie Adriansen nous donne ainsi des clés et des éléments de langage pour entamer le travail de mémoire avec nos enfants, leur parler de ce pan de notre histoire sans leur faire peur et en leur montrant dès à présent que toutes les victimes nous ressemblaient terriblement.

Sans surprise, ce joli roman a largement trouvé ses lecteurs, et a remporté de nombreux prix. Sophie Adriansen continue également d’intervenir auprès des classes de jeunes pour leur parler de Max, de ses amis, de ses parents, de ses voisins et de tous les autres – une belle façon de transmettre un message douloureux mais indispensable.

 

Collection « Petite & Grande » (éditions Kimane) : de jolis albums pour découvrir des parcours de femmes inspirants

On le sait, on le lit et on le revendique de plus en plus haut et fort : l’Histoire a été façonnée par des grands hommes, mais aussi par des femmes incroyables. Alors que notre société met de plus en plus à l’honneur la féminité, le féminin, il est utile de regarder par dessus notre épaule pour observer et parfois découvrir les chemins de celles qui marquèrent leur époque et leurs contemporains. Qu’il s’agisse de sciences, de mode, de lettres, d’arts, … cette collection dédiée aux jeunes lecteurs (et lectrices, mais pas seulement) propose de mettre de belles illustrations et des textes clairs et accessibles au service des femmes qui en firent les plus belles heures. De Coco Chanel à Marie Curie (ici), à Frida Khalo, en passant par Agatha Christie ou Rosa Park, cette belle collection nous offre à voir les petites filles passionnées, espiègles, parfois dissipées, qu’elles furent et cette enfance qui les mit sur les rails des parcours hors normes qu’on leur connait ensuite.

Sur les pas de ces jeunes filles parfois malmenées par la vie et souvent incomprises, nous découvrons passions et vocations, surmontons avec elles les difficultés et nous réjouissons des succès. Les illustrations sont tendres sans être naïves, modernes et colorées, donnant une atmosphère très particulière à la lecture et amplifiant l’effet collection. Non seulement on passe un beau moment de lecture, mais on se délecte aussi de découvrir les images des pages suivantes, et on est ravis de savoir que ces deux titres seront rejoints par d’autres.

Des albums intelligents donc, bien pensés, à offrir absolument aux petits garçons et aux petites filles curieux, qui rêvent d’aller au bout de leurs rêves.

Comptine mortelle, Anthony Horowitz, Editions Hachette *lecture croisée*

Comptine mortelle est sorti simultanément aux Editions du Masque pour adultes, et aux Editions Hachette romans, à destination d’un public plus jeune. Et c’est dans ce cadre que les éditions du Masque nous ont proposé d’effectuer une lecture croisée avec un enfant / ado de notre entourage.

Voici l’avis d’Aleyna, 11 ans et demi, et déjà une grande lectrice.

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Le monde de Lucrèce, tome 1, AnneGoscinny & Catel, Editions Gallimard Jeunesse

Cette année, Lucrèce entre au collège. Nouvelle école, nouvelle organisation, mais sa famille, elle, ne change pas ! Une maman avocate débordée qui manque de temps pour sa famille, un beau-père un peu dans la lune obsédé par les devoirs de maths, un petit frère qui ne jure que par les jeux vidéo, un père artiste peintre et sculpteur un peu trop cool au goût de son ex-femme et une grand-mère bling-bling très envahissante qui se fait appeler Scarlett ! Lire la suite