« Le Piège de verre » d’Eric Fouassier (Lattès) * Un auteur à suivre

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Souvenez-vous : nous avions adoré Bayard et le crime d’Amboise  d’Eric Fouassier (Le Masque), qui cet été nous avait redonné foi en les romans historiques. Quel ne fut pas notre enthousiasme en recevant également Le Piège de verre, cette fois aux éditions Lattès, et qui met également en scène la courageuse et déterminée Héloïse Sangar, rare femme apothicaire dans la France du début du 16ème siècle. Plusieurs années après ses aventures qui lui avaient permis de rencontrer le chevalier Bayard, ami et bien plus dans le secret de son cœur, elle est de nouveau sollicitée par Anne de Bretagne pour l’aider à résoudre une affaire qui semble menacer la Cour et le Roi. Trois alchimistes à travers le royaume ont été découverts morts dans d’affreuses conditions – des meurtres rapidement qualifiés de diaboliques. Précédée par une réputation de femme intelligente, érudite et déterminée, Héloïse est donc amenée à mener l’enquête avec le fidèle Comballec sur les pas de comploteurs affiliés au Diable et résolus au pire. Persuadée que Bayard l’a oubliée, la jeune femme se jette à cœur perdu dans cette quête qui l’amène à frôler la mort de bien près. Mais que serait sa vie sans son chevalier, parti combattre à l’autre bout de l’Europe.

Une nouvelle fois, nous nous laissons entrainer dans les pas de cette jeune héroïne si belle et si forte, féministe avant l’heure et décidée à mener la vie qu’elle dont elle rêve. Face au danger, elle se dresse courageusement et met sa science et ses connaissances au service de la Reine. D’Orléans à Blois, Comballec – qui a bien du mal à rester insensible au charme de la belle – et Héloïse pourchassent de redoutables ennemis de la monarchie et de Dieu, tentant de contrecarrer leurs démoniaques desseins. Et lorsqu’au fil de ses voyages elle apprend les honorables raisons qui ont conduit le chevalier de son cœur à s’éloigner d’elle, elle entreprend également de le retrouver et de le ramener auprès d’elle. Mais Héloïse parviendra-t-elle à survivre assez longtemps pour savoir si Bayard partage ses sentiments ?

De rebondissements en enlèvement, de mystérieuses énigmes en jeux de pistes savamment enrichis d’obstacles, Eric Fouassier nous livre un roman à suspense parfaitement mené, historiquement remarquable, et passionnant. Et parce que les dernières pages laissent à penser qu’une suite sera donnée à ce texte, nous ne manquerons pas de nous précipiter lorsqu’elle sera disponible.

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Système, Agnès Michaux, Editions Belfond

Marisa et Paul Dumézil sont des adultes désormais. Des adultes meurtris par la mort de leur mère Eva. Marisa avait 14 ans, Paul 7 ans lorsqu’elle a été assassinée d’un coup de hache par le voisin. Pour Paul, les souvenirs ont disparus. Pour Marisa, ils sont un moyen de survivre.

Trente ans plus tard, l’assassin est sur le point de sortir de prison. Paul prépare sa vengeance, Marisa plonge dans une légère folie. Lire la suite

« Follow me back » de A.V Geiger (Collection R) * dérangeant, fascinant, effrayant

Inutile de le cacher : j’ai en premier lieu accepté ce roman prêté par Mathieu (n’est-ce pas que je vous en parle pas mal les derniers temps : c’est un vil tentateur !) parce que j’étais curieuse. Non seulement je l’ai vu chroniqué de nombreuses fois, mais il a eu une façon de me le présenter plutôt… énigmatique. Cependant, j’ai bien pris soin de le débuter sans avoir lu la 4ème de couverture ou les différents papiers… Et je pense que ce fut une bonne chose.

Car Follow me back est un roman dont le scénario ne présente a priori pas tellement d’originalité : une jeune fille – Tessa – agoraphobe commence à suivre sur le célèbre réseau social à l’oiseau une star de la chanson – Eric. Si elle le trouve effectivement beau, le suivre est aussi l’une des facettes de sa thérapie : puisqu’elle ne peut plus sortir de chez elle et que même passer le seuil de la maison où elle vit avec sa mère est impossible, cette « vie » sur les réseaux constitue son ouverture sur le monde et sa seule possibilité d’interaction et d’échange avec l’extérieur. Sur Twitter, Tessa s’invente une vie où ses problèmes sont soigneusement relégués dans un coin de son esprit et cachés et où elle admire Eric Thorn, ce jeune prodige de la chanson. Des milliers de personnes « la suivent », la sollicitent pour commenter avec elle les actualités de la star, « aiment » ses twitts, … Son rêve : qu’Eric un jour fasse lui aussi partie de ses followers. Bien cachée derrière son écran, Tessa en est sûre : avec le temps et les bienveillants conseils de sa thérapeute et d’une inconnue cachée derrière un énigmatique pseudo, elle va guérir et reprendre une vie normale. Mais arrive-t-il vraiment que la vie que l’on s’invente et la vit que l’on subit se recoupent et se superposent ? A s’afficher sur Twitter, est-il vraiment possible de rester anonyme ? Et surtout : les mensonges proférés sous pseudo sont-ils moins graves que si nous les prononcions face à ceux à qui nous les tenons ?

Au-delà de l’intrigue et des personnages – qui, pour le coup, ne sont pas très originaux -, c’est bel et bien la réflexion sur les réseaux sociaux qui fait tout l’attrait de ce roman et tend à le transformer en thriller psychologique. Sous des scènes et des conversations apparemment banal (souhaiter être suivi par toujours plus de personnes, réfléchir en mots clés et hashtags, mettre en scène sa vie, communiquer en 140 caractères, transformer ce que l’on est pour se forger un profil attractif, …), on perçoit rapidement quelque chose de beaucoup plus insidieux. Des zones d’ombres qui, si elles ne s’affichent pas sous forme de @, de hashtags, conduisent à un inattendu dénouement. Car parlons de la fin : dérangeante, effrayante, elle nous appelle à reprendre la lecture dès le début pour trouver des indices qui pourraient expliquer cette incroyable scène finale ! Et elle nous laisse profondément mal à l’aise, à la fois impatient de connaître la suite et redoutant de nous êtes laissés prendre au piège et de devoir accepter que sous les apparences les plus anodines se cachent des prédateurs redoutables

Follow me back parvient donc, tout en reprenant les codes attendus en YA, à les retourner complètement pour nous offrir un thriller fascinant et dérangeant – l’occasion aussi de nous interroger (ou d’interroger nos ados) sur l’utilisation des réseaux sociaux. Car là comme ailleurs, les conséquences de nos posts, tchats, MP et autres confidences sont réelles.

« Connemara Black » de Gérard Coquet (Jigal Polar)

Confrontée à une vague de meurtres inexpliqués, la Garda de Galway (la police irlandaise) se retrouve au centre de ce qui semble être une nouvelle guerre entre loyalistes et républicains. Dans le but de démêler le vrai du faux, le commissaire Grady envoie l’un de ses lieutenants, Ciara McMurphy, enquêter au coeur du Connemara, dans la baie de Clifden, que cette dernière a fui quelques années auparavant. Un retour aux sources qui s’accompagnera de sang et de larmes.

Difficile de résumer plus dans le détail l’intrigue de ce polar atypique tant celle-ci est dense et bien ficelée. Gérard Coquet a un talent indéniable de conteur. Dans les pas de son héroïne, le lecteur plonge dans cette Irlande des mythes et légendes et n’en ressort pas plus indemne que ses personnages.

Connemara Black est de ces polars noirs, crus, où rien n’est laissé au hasard et où chaque mot compte. La plupart des protagonistes sont d’ailleurs des taiseux qui préfèrent le langage du corps et les bonnes empoignades aux longs discours. Zack McCoy, le chef du clan et vate (devin), ancien de l’IRA, en est le plus bel exemple, coriace, rude, mais terriblement attachant. Autour de lui, toute une communauté, essentiellement masculine d’ailleurs, qui a enfoui ses secrets et ses remords au fond des tourbières et des lacs de la région. Face à eux, la volcanique Ciara dont tous ou presque sont secrètement amoureux, une « Connemara Black », du surnom donné aux filles de la région.

Ce titre intriguant est une vraie trouvaille puisque ses différentes significations résument toutes les strates de l’histoire : la mouche artificielle préférée de Zack McCoy pour pêcher le saumon, le nom d’un ancien groupe armé de l’IRA qui pourrait être à l’origine des meurtres, et la désignation de l’héroïne. Tout est là, dès la couverture et la page de garde, pour enflammer notre imagination. La plume de Gérard Coquet fait le reste et nous transporte sur cette lande aride, balayée par les vents, où l’on ne distingue pas toujours le réel du rêve ou du cauchemar.

A lire sans modération, une pinte de Guiness à portée de main, une mélodie irlandaise dans les oreilles.

 

Maitresse Jedi

Les rumeurs du Mississipi, Louise Caron, Editions Aux Forges de Vulcain

Sara Kaplan est journaliste au New York Times. Un jour, elle reçoit un courrier de Niko Barnes, un vétéran de la guerre d’Irak, qui avoue avoir tué une adolescente il y a quelques années. Le courrier est publié, déclenchant une folie médiatique incontrôlable. La justice ne veut pas vraiment prendre cette lettre au sérieux ; cela reviendrait à admettre qu’une faute a été commise et qu’un innocent est enfermé depuis cinq ans.

Sara, que cette affaire touche personnellement, va tout mettre en œuvre pour découvrir qui était Niko Barnes, ce que disent ces proches, les différents médecins qui l’ont suivi afin de tenter de comprendre, de cerner l’homme. Niko Barnes dit-il vraiment la vérité ? Si oui, l’impact qu’a eu la guerre sur son esprit peut-il être entendu ? Ayant vu son père revenir du Vietnam brisé, Sara ressent beaucoup d’empathie pour Niko Barnes, sans pourtant ne jamais l’avoir rencontré.

Plus elle pousse ses investigations, plus le passé lui revient à la figure. Sans compter de dangereuses personnes qui voudraient la faire taire. Mais Sara est prête à tout pour faire éclater le scandale… Lire la suite