« Les Silences » d’Amélie Antoine (Le livre de poche) * de l’ombre à la lumière

Edouard est l’humoriste préféré des Français. Depuis des années et à force de sacrifice, il s’est construit une magnifique carrière et a pris une revanche sur ses jeunes années, lui l’ancien petit bègue condamné au silence par un père autoritaire. Il parcourt la France et se produit dans les meilleures salles, les critiques encensent ses spectacles, ses fans le suivent partout et connaissent ses répliques par cœur. Mais en cette veille de 1er avril, Edouard le sait mieux que jamais : tout cela n’est que poudre aux yeux, scenarii fantasmés. La réalité, il en est conscient, est bien plus cruelle : l’amour de sa vie partie parce qu’il n’a pas su lui montrer à quel point il tenait à elle, cette culpabilité qui ronge sa relation à son frère et l’a coupé de sa famille, ce fils qu’il ne comprend pas – et qui le lui rend bien. Et si Edouard Bresson, adulé, admiré, envié, n’avait finalement pas dans sa vie l’essentiel ? A quoi (et pour quoi) s’accrocher face à cet amer constat ?

Avec beaucoup de pudeur, Amélie Antoine, que je lis avec Les Silences pour la première fois, décrit les insondables gouffres que la lumière ne fait que masquer : solitude, culpabilité, isolement, rancœur, perte. Les relations familiales, souvent cruelles, toujours fondamentales dans le développement de l’enfant, sont ici décrites dans toute leur rudesse, mais aussi dans toute leur beauté : l’attachement réel de deux frères, l’incompréhension d’un adulte, les espoirs que l’on place dans l’autre sans prendre en compte ce qu’il est, ces situations que l’on déforme et noirci parce qu’elles ne sont pas à l’image de que l’on attendait… Si le personnage d’Edouard occupe, tout comme l’artiste qu’il est, le devant de la scène de ce roman, chaque personne qui gravite autour de lui – et notamment son fils – est essentiel, tout autant dans la vie d’Edouard que dans la lecture. La fresque est magnifique, la lecture émouvante, l’incitation à la réflexion discrète mais réelle.

De son écriture ciselée, Amélie Antoine nous livre un roman d’une force incroyable, sans leçon mais qui met en lumière l’Essentiel, celui que chacun de nous recherche et qui donne à notre vie un sens. Au-delà des apparences – que perçoivent les autres mais que l’on s’impose aussi parfois -, nous partons à la rencontre du vrai Edouard Bresson via une chasse au trésor d’une incroyable poésie – et nous interrogeons sur cette personne que nous aimerions / aurions aimé être. Salutaire et magnifique.

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Je vous écris comme je vous aime, Elisabeth Brami, Editions Charleston

« Ma Dame, laissez-moi vous aimer. Juste avec des mots. Rien que des mots. Plus fort grâce aux mots. Vous êtes mon île, mon salut, ma survie, mon repos. Que ces lignes vous brûlent, vous percent, vous pénètrent dans l’extrême beauté d’une passion dont les corps s’épousent malgré l’absence. » Lire la suite

Tant bien que mal, Arnaud Dudek, Alma Editions

Tant bien que mal, c’est l’histoire d’un petit garçon de 7 ans, qu’un homme avec une boucle d’oreille et une Ford Mondéo blanche arrête un soir sur le chemin de sa maison. L’homme lui demande de l’aider à retrouver son chat qu’il a perdu, l’enfant accepte. Mais c’est au cœur de la forêt qu’il se retrouve. De cette soirée dans les bois, son cerveau ne conservera que la voix de l’homme et l’odeur de cigarette, ses souvenirs restant totalement noirs face au choc. Lire la suite

La lanceuse de couteaux, Eve Borelli, Editions Charleston

Siloé est une jeune fille orpheline de mère, qui vit dans le cirque dirigé par son père. Entourée de personnes adorables et de son meilleur ami Bowie, elle a tout pour être heureuse. Mais elle ne supporte plus la place qu’elle tient dans ce cirque. Elle veut de l’aventure, du dangereux, de l’excitant. Elle s’entraine en cachette et veut être lanceuse de couteaux, ce qui lui refuse son père et créent de nombreuses tensions entre eux. Lire la suite

« My Absolute Darling » – Gabriel Tallent (Gallmeister) * vive la belle littérature

Julia, surnommé Turtle ou croquette, 14 ans, vit seule avec son père depuis le décès de sa mère. Loin de la vie ordinaire des autres ados de son age, élevée en mode « survival » par un père omnibulé par une hypothétique fin du monde, Turtle est aimée, adorée,mais surtout  maltraitée et abusée par ce dernier.

Je suis sans voix….sans mots, plûtot, ça va faire 20 fois que je commence à taper une phrase, que j’efface, puis belote, rebelote, resupprime…j’ai le feu sous les doigts, et le clavier qui chauffe, ça bouillonne dans ma tête, mais je n’ai toujours pas de mots…

Je crois que ce roman est juste beau, poignant, âpre…Tout simplement.

Gabriel Tallent a mis 8 ans pour écrire cette histoire, chaque mot est pesé, précis, placé là où il faut, chaque phrase a son importance, c’est luxueux, un travail d’orfèvre… 0n ressent la moiteur, les frissons, l’odeur de la bière et de la poudre. On tremble devant la douleur des corps et des coeurs transpercés, l’ambiguité des émotions et des relations, la perversion. Pas de beaux sentiments, comme si rien n’était écrit pour séduire le lecteur, ce qui procure un sentiment de pureté et de sincérité rare.

Devant la surproduction de ce début d’année, il est important de faire vivre les grands livres! Chez Gallmeister, on défend ce roman corps et ames, et, je mets ma main au feu que mes collègues libraires, blogueurs et autres afficionados du livre en feront tout autant!!! Vive la belle littérature!