« Une folie passagère » de Nicolas Robin (Anne Carrière) * une comédie romantique aérienne

Faites-vous partie de celles et ceux qui regardent avec des étoiles plein les yeux les hôtesses de l’air et stewards, admirant leur style, leur charme, enviant leur aisance en vol et leur taille de guêpe ? Si tel est le cas, ce roman va vous charmer ! Mieux, il va vous combler. Si ce n’est pas le cas, nul doute que vous ne regarderez jamais plus les équipages des avions que vous emprunterez …

Car Bérengère est un modèle dans le genre, une hôtesse de l’air au style, au chignon et au flegme à toute épreuve. Depuis des années (ou décennies, mais épargnons son amour propre), elle parcourt le monde comme elle en a toujours rêvé, servant, apaisant, consolant des passagers de toutes nationalités et plus ou moins aimables. Bérengère prend son métier très au sérieux ; mieux, c’est pour elle une vocation dont elle a fait le centre de son existence… en fait non, une vocation qui a dévoré toute sa vie. Car a 40 ans, Bérengère est toujours célibataire et n’a pas d’enfant, alors même qu’elle en a toujours rêvé et qu’elle s’évertue à trouver l’homme parfait. Mis à part ce point sensible, la vie de Bérengère est calibrée et réglée comme du papier à musique… jusqu’à une journée de St Valentin particulièrement désastreuse et qui va changer le cours de sa vie au hasard d’un vol dérouté.

Nicolas Robin signe là une comédie à la limite de la caricature, mais qui a le mérite de nous faire passer un très bon moment et sourire – voir rire – de nombreuses fois. Quelque peu naïve et fleur bleue, Bérengère n’en reste pas moins une femme de principe – à laquelle toutes les hôtesses de l’air ne souhaiteraient pas forcément être assimilées cependant -, attachante de maladresse, touchante. Certains rebondissements sont cousus de fils blancs mais qu’importe, le style de Nicolas Robin suffit à nous happer dès les premières pages – les mots et les tournures s’enchainent et se répètent en rythme, nous mettant le sourire aux lèvres et nous rappelant les principaux traits de caractère de notre amie hôtesse. Tout comme la couverture, le texte est acidulé et moderne, l’intrigue haute en couleurs et aérienne – et c’est ce qu’on gardera en tête en refermant cette comédie !

 

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« Les douze portes dans la maison du sergent Gordon » de George Makana Clark (Anne Carrière) * mémorable

 

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Quelle belle lecture que celle-ci, forte, passionnée, originale et superbement écrite. George Makana Clark nous livre l’histoire écrite à rebours du sergent Gordon, ancien militaire de l’ancienne Rhodésie, et contée par son fantôme. Mort depuis déjà longtemps, le sergent veut faire connaitre son histoire et, en creux, celle de son pays, depuis devenu le Zimbabwe. Alors il revient sur 12 épisodes de sa vie, de ses années d’enfer au fond d’une mine peuplée de cannibales et d’un prêtre fou, de son premier flirt derrière les sacs de sable qui protégeaient la maison de ses parents, de ses années d’études sous la férule d’un homme violent et soumis à l’alcool, de ses années d’apprentissage auprès d’un brûleur de cadavres rencontré par hasard et avec lequel il décida de rester quelques temps, recouvert de cendres humaines. Oh sa vie fut compliquée, pleine d’obstacles, de mort, d’assassinats et d’occasions manquées, mais aussi illuminée par l’amour d’une jeune fille, la camaraderie, ou la beauté d’une averse. Emprunte aussi de la peur de Dieu et des dieux, de la crainte d’être maudit, et des regrets.

La force de l’écriture de George Makana Clark tient en grande partie à l’harmonie avec la violence qui marqua son pays des années durant. Le lecteur ressent toute l’ardeur qu’a eu l’auteur à s’inscrire dans un contexte particulier, à mi-chemin entre légende et réalité, la terreur du surnaturel ne parvenant pas toujours à prendre le dessus sur celle inspirée par les hommes. Le destin du sergent Gordon renvoie étroitement à celui de son pays et de ses habitants, largement dominé par l’Histoire et ses vagues emportant tout sur leur passage : tels des fétus de paille, tous essaient tant bien que mal de maintenir la barre de leur vie alors même que tout fluctue et tout sombre. Pris dans le tourbillon de la guerre, des alliances conclues puis rompues, de la violence, des sentiments exacerbés par la proximité constante de la mort, le sergent Gordon et tous ceux qui jouèrent un rôle dans sa vie ont tout à la fois une influence déterminante et un rôle dérisoire.

Quelle beauté que ce texte, quelle puissance que cette histoire, quelle découverte que cet auteur. Tout est réuni dans ces Douze portes dans la maison du sergent Gordon pour en faire l’une des plus mémorables lectures de cette rentrée littéraire.

sweetie

Le bal des ardentes, Ghislain Gilberti, Anne Carrière

Le bal des ardentes

Nous retrouvons Ange-Marie Barthélémy, notre spécialiste de l’anti-terrorisme, l’un des personnages phares des romans de Ghislain Gilberti.

Envoyé sur une explosion en plein cœur de Marseille, Ange-Marie va avoir à affronter une situation particulière : attentat non revendiqué, dans le milieu de la drogue, et une bombe gravée d’un prénom féminin. Marque qui se retrouve sur d’autres attentats commis partout en Europe, non revendiqués eux aussi…

Mode opératoire particulièrement ingénieux, signature, aucune revendication, le commissaire Barthélémy va avoir à faire au plus terrible des terroristes, présentant de surcroit l’aspect d’un tueur en série. Il va plonger avec son équipe et le soutien précieux d’Interpol – sans oublier l’aide de Cécile Sanchez – au plein cœur du côté sombre de Marseille, des grands patrons de la drogue intouchables et de l’horreur. Une immersion dans les ténèbres dont ils ne sortiront pas indemnes…

Et nous non plus ! C’est encore un roman sombre à souhait que nous offre l’auteur. Si la première partie nous dégoûte de la nature humaine, que dire de la seconde ? Aucun personnage n’est épargné, l’horreur règne en maîtresse incontestée et l’écriture froide et détachée ne nous laisse pas insensible à tout ce chaos.

Un parallèle fort bien réussi avec le tome 2, Le baptême des ténèbres, que j’ai trouvé ingénieux, et appréciable. Même si les deux (voir les trois) peuvent se lire séparément, et que chacun d’entre eux est différent. L’auteur nous gratifie toujours de ses connaissances incroyables, presque effrayantes, en matière d’armes, d’explosifs, d’empires de la drogue. Nous apprenons des choses que nous ne soupçonnions pas, car tout est expliqué clairement et inclus dans l’histoire.

Bien que fictif, ce roman s’inscrit très franchement dans l’actualité, faisant froid dans le dos. A l’heure actuelle, une telle fiction ne peut nous apparaitre que réelle et fortement envisageable. Je suis toujours autant bluffée par l’écriture, la masse de connaissance, la froideur qui se dégage de ces romans, tout en ressentant de l’empathie pour les personnages, auxquels on s’attache.

Visuel, réaliste, Ghislain Gilberti poursuit son chemin d’écrivain, la plume détachée de toute émotion pour nous narrer des histoires effrayantes de réalisme, de violence.

kitty

Le facteur émotif, Denis Thériault, Anne Carrière

Bilodo a 27 ans. Un jeune homme tranquille, solitaire, sans histoires. Bilodo est facteur. Les téléphones et les mails ayant remplacés la correspondance par courrier, Bilodo a de moins en moins l’occasion de distribuer des correspondances par courrier. Lorsqu’il en trouve, il ne peut s’empêcher de les ramener chez lui, les ouvrir à la vapeur et en lire le contenu. Les reposer le lendemain, comme si de rien n’était. Son petit vice est devenu une habitude, un moyen de combler ses longs soirs de solitude. Un feuilleton qu’il suit.

Jusqu’à ce qu’il tombe sur les haïkus qu’une femme du nom de Ségolène envoie à un certain Gaston Grandpré, habitant le village. Plus il la lit, plus son amour pour Ségolène grandit. Puis un jour, un évènement va se produire et lui donner l’opportunité inattendue. Bilodo va devoir se surpasser, oser, sortir de sa timidité pour profiter de coup de pouce du destin…

Quelle idée originale ce roman ! Basé sur une correspondance épistolaire de haïkus, c’est l’occasion d’en apprendre énormément sur ces poèmes japonais, qui peuplent la lecture. Intriguante, touchante, l’histoire ne serait rien sans ce jeune Bilodo. Personnage surprenant, dont le début nous laisse songeur ; ce jeune homme qui, à 27 ans, au lieu de courir après la fille, vit sa vie par procuration à travers les écrits, les correspondances d’inconnus. Soit. Chacun s’occupe comme il veut. Plus l’histoire avance, plus notre opinion sur lui évolue. De la pitié, mais aussi de la peur, car sous ses allures tranquilles, il laisse rapidement la place à un homme aux allures de psychopathe. Mais que n’avons-nous jamais fait pour l’amour ?

On se demande d’ailleurs si on peut réellement parler d’amour ici. Une passion épistolaire ? De la folie ? Après tout, on dit bien aimer passionnément, aimer à la folie, aimer à en mourir… A vous de vous faire votre opinion !

C’est un roman vraiment agréable à lire, touchant et triste, dans lequel le personnage central évolue, change et devient une autre personne. La fin est surprenante et vraiment bien tournée, et on s’attache finalement à ce Bilodo si étrange.

A découvrir !

kitty