Une bonne intention, Solène Bakowski, Bragelonne

D’entrée, je vous fais un aveu, je joue la carte de la sincérité. Si l’on ne m’avait pas conseillé « Une bonne intention » (merci Yvan!), je ne me serais sûrement pas laissé tenter (d’où l’utilité de vous balader dans les salons du livre, de trainer avec des mordus de littérature, de rencontrer les auteurs, j’en passe et des meilleurs!). 

Par curiosité, dès le lendemain j’ai mis mon nez dedans, et je ne l’ai ressorti que quelques jours suivants! Happé par l’écriture, puis par l’histoire! L’histoire d’ailleurs, la voici, en quelques mots : Mati a neuf ans. Elle a perdu sa maman. Son père s’enlise dans le deuil et sa grand-mère s’efforce, à sa manière, de recoller les morceaux. Un soir, la petite ne rentre pas de l’école.

Peu habitué à ce style de littérature noire, où l’intrigue n’est pas au centre de l’histoire, où l’on ne va pas de surprise en surprise, j’ai été tout de même bluffé par l’envie déconcertante de tourner les pages, de savoir, de connaitre l’issue de ce drame familial.

Le soin apporté à la psychologie et aux caractères des personnages est impressionnant : Rémy, l’autiste, Mathilde, la petite fille (même si je me dis, qu’à son âge, je n’étais pas si éveillé, mais en même temps, je n’ai pas vécu ce qu’elle a vécu, et en plus, je suis un mec, c’est toujours un peu en retard les mecs,  hum hum…), la grand mère  à qui l’on donnerait au début du texte le bon Dieu sans confession… Enfin, tous ces personnages ont un point commun, tout ce qu’ils ont fait, partait d’une bonne intention… et c’est l’enfer, petit à petit, insidieusement, qu’ils ont pavé!

Je n’en dis pas plus, lisez ce livre, c’est en poche et l’été arrive, ça tombe bien, c’est très maitrisé et superbement écrit (on sent l’amour de l’auteur pour les mots et la littérature). 

Charly!

« Confessions d’un automate mangeur d’opium » de Fabrice Colin&Mathieu Gaborit (Bragelonne) * steampunk, quand tu nous tiens!

Etonnés de nous voir présenter un titre steampunk ? Probablement pas autant que nous de vous en parler ! Il arrive parfois, comme ça, qu’un livre attire en rayon notre attention alors même qu’il n’est a priori pas « notre genre ». La magie des librairies ! C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Confessions d’un automate mangeur d’Opium : je flânais en librairie quand, soudain, ce livre à la couverture magnifique et à la fabrication originale (je fais une fixation sur les coins de pages arrondis !) à attirer mon attention… tout comme le nom de Fabrice Colin, que j’avais déjà lu il y a … de nombreuses années. Bref, je me suis laissée tenter et l’ai adopté. Puis rapidement lu. Et autant vous le dire tout de suite, je l’ai dévoré.

Curieuse de nature, je me suis rapidement laissée absorbée par cet univers si particulier du steampunk : les codes du 19ème siècle et son ambiance vintage délicieusement surannée intelligemment mêlés à un modernisme désuet incarné par des automates et autres machines échappées des esprits imbibés d’opium de savants fous. Cela donne une atmosphère familière et surprenante à la fois, largement addictive. Ajoutons à cela une intrigue riche en rebondissements, servies par des personnages principaux et secondaires hauts en couleurs et aux réparties savoureuses, et vous obtenez un parfait moment de lecture !

Mais Fabrice Colin et Mathieu Gaborit ne se sont pas arrêtés là : par le biais d’une enquête visant à retrouver le responsable de la mort de la comédienne Margaret Saunders (et qui finit par les mener à côtoyer les élites politiques de leur époque, rien de moins), et que celle-ci mène de concert avec son frère Théo, aliéniste, c’est bien sur l’intelligence artificielle, sur « la science sans conscience » (non, ce n’est pas de moi 😊 ), sur toutes ces dérives engendrées par les meilleures intentions du monde. Sans moralisme, ils explorent les frontières entre le Bien et le Mal, le raisonnable et le déraisonné. On s’interroge, tout comme Margo et Théo, et on se surprend à regarder par-dessus son épaule, à considérer certaines « avancées » comme des risques (ou des incertitudes pour le moins) … Pour résumer, ce formidable duo d’auteurs nous fait réfléchir en nous divertissant, toujours en nous prenant très au sérieux mais sans jamais l’être trop. L’alchimie est parfaite. La lecture passionnante… et je me prends à envisager de relire du steampunk plus régulièrement !