« Des palmiers sous la neige » de Luz Gabas (Charleston) * entre tradition et modernité

 

Clarence étudie les langues, et notamment le dialecte de son petit bout d’Espagne niché dans les montagnes. Elle a ainsi l’habitude de plonger dans l’Histoire et les histoires individuelles des familles pour mieux étudier les mots qui forment la pensée de populations réparties sur tout le globe. Pourtant, le jour où elle tombe sur les bribes d’une lettre évoquant une femme issue du lointain passé de son père et de son oncle, c’est dans sa propre histoire familiale qu’elle va devoir accepter de creuser pour éclaircir des épisodes de leurs vies passées. Et parce que les deux hommes avaient dans leur jeunesse passé de longues années en Guinée espagnole – d’où semble être originaire cette mystérieuse femme -, Clarence décide de s’y rendre pour enquêter sur place. C’est pour elle le début d’une quête qui bouleversera à jamais son équilibre familial, mais aussi de l’une des plus heureuses périodes de sa vie.

Luz Gabas, qui a écrit ce premier roman en s’inspirant de son histoire familiale, parvient dès les premières descriptions de l’Espagne montagneuse des années 1950 et de la Guinée espagnole de la même époque à faire de ces deux pays des personnages à part entière, riches de leurs histoires, de leurs traditions, de leurs cultures ; tout autant que les jeunes Jacobo et Kilian, ils sont déterminants dans le déroulement de l’intrigue, et fascinent les lecteurs, l’entrainent tour à tour dans des contrées grises, froides mais chaleureuses puis dans le décor exotique de la plantation de cacao où les jeunes gens travaillent aux côtés de leur père. Chacun de ses hommes, à sa façon, est imprégné de ces deux terres qui les déterminent et tirent d’elles le meilleur comme le pire – tissant ainsi les bonheurs et les drames de leurs vies.

Il est relativement rare chez Charleston que les personnages principaux soient de hommes, mais hormis cela, Des palmiers sous la neige réinvestit tous les codes qui ont fait le succès de cette maison d’édition : deux histoires parallèles qui allient passé et présent et se répondent, des histoires d’amour passionnées mais désespérées, des personnages fiers, déterminés à tracer leur route et à affronter courageusement les épreuves, … Voici donc une belle fresque historique que je vous recommande, tant elle vous dépaysera et vous fera papillonner le ventre.

A noter que ce roman est également disponible en adaptation cinématographique sur Netflix… et que celle-ci ne démérite pas.

« Le diamant de St Pétersbourg » de Kate Furnivall (Charleston) * à l’heure où tombe la Russie

Valentina voit son innocence mourir à l’hiver 1910, lorsqu’un attentat visant son père, ministre du Tsar, cloue sa petite sœur dans un fauteuil roulant. Et parce qu’elle-même avait momentanément fuit le domaine familial pour une balade à cheval en toute liberté, elle porte le poids de sa culpabilité en plus de l’accusation à peine voilée de ses parents d’avoir manqué à ses devoirs d’aînée. Résolue à se rattraper, elle tente alors tant bien que mal d’accepter et de se montrer à la hauteur des attentes de ses parents : études de musique, beau mariage, soins de sa sœur… Pourtant, la belle Valentina en veut plus et parvient à se ménager des petits espaces de liberté au cours desquels elle apprend le métier d’infirmière et rencontre un étranger qui fait battre son cœur. Mais la Russie, à laquelle sa famille et elle sont tellement attachées, commence à trembler sous la violence des cris du peuple affamé de pain et de justice. Malgré son caractère et sa loyauté, Valentina va se trouver entraînée dans des troubles qui la dépasseront de loin et ne rendront pas simple la promesse faite un jour à sa sœur de la protéger pour toujours.

Kate Furnivall, dont nous avions déjà lu La concubine russe, nous entraîne une nouvelle fois à travers la Russie du début du 20ème siècle, frémissante des troubles qui la mettront à genou en 1917. A travers le regard de l’aristocrate qu’est Valentina, nous assistons aux premiers troubles bolcheviques, aux soulèvements des ouvriers, aux premiers attentats visant avec plus ou moins de succès les membres du gouvernement du Tsar, mais aussi aux premiers travaux visant à assainir Saint-Pétersbourg en proie aux épidémies et à des hivers exceptionnellement froids. Valentina, comme toutes les héroïnes Charleston, et une jeune femme forte, résolue à écrire sa propre histoire malgré des forces contraires. Elle se lance dans des études d’infirmière alors même que travailler est à l’époque pour une aristocrate est une aberration, et fera de ce statut à part une véritable opportunité pour garder le contrôle de son existence. Et de son cœur.

Une fresque brillamment écrite, intelligemment menée et enrichie par des personnages attachants qui incarnent toutes les contradictions de la Russie qui tombe et de l’Union soviétique qui lui succédera. C’est dépaysant, captivant, que l’on connaisse ou nom la Russie et son histoire.

« Le silence du phare » de Jean E. Pendziwol (Charleston) * un beau roman féminin et sauvage

Elizabeth est pensionnaire d’une maison de retraite où la vieillesse la prive peu à peu de la vue, tout en ravivant ses vieux souvenirs ; Morgan est une toute jeune femme qui erre de foyer en foyer depuis le décès de son grand-père, seule famille qu’elle avait. Rien ne destinait ces deux femmes à se croiser et à se faire confiance, mais la vie parfois noue et dénoue les destins de bien étrange façon. Ce sont ces histoires de femmes ballotées par la vie mais qui toujours restent maîtresses de leur destin que nous conte Jean E. Pendziwol, dans le magnifique écrin d’une île canadienne dominée par un phare au rôle essentiel.

Alors qu’Elizabeth, au crépuscule de sa vie, apprend le décès de son frère et récupère les vieux journaux de son père depuis longtemps décédé et gardien de phare, elle croise « par hasard » le chemin de la jeune Morgan, orpheline et sans famille, condamnée à réparer les dégâts causés par ses graffitis. Les deux femmes, d’abord rassemblées par l’amour des arts, vont alors passer un accord : Morgan lira les mots du père de la vieille femme consignés dans différents journaux et qui retracent son enfance et celle de ses frères et de sa sœur jumelle, Emily. Rapidement, une complicité se crée au fil de ses lectures, sous les yeux plus ou moins ravis du personnel de la maison de retraite, qui les conduira à s’entraider bien au-delà de ce qu’elles avaient envisagé et à découvrir ensemble des secrets enfouis depuis des décennies.

Jean E. Pendziwol réussit le tour de force de nous faire aimer ce phare et cette île balayés par les vents, impitoyables, et à l’origine des plus grands bonheurs et des plus durs malheurs traversés par la famille d’Elizabeth. Grâce à des descriptions maîtrisées, on visualise cette contrée sauvage qui donne naissance et tue sans aucun état d’âme, et engendre des hommes et des femmes pragmatiques, passionnés et authentiques. Mais ce roman est aussi une étude profonde des relations familiales, et notamment de la gémellité, et de la place de chacun dans le tissu familial – place fantasmée ou occupée. Emily et Elizabeth, les jumelles au cœur de l’histoire, incarnent les deux parties d’un tout, d’un univers qu’elles se sont créé et qui les protègent tout autant qu’il les emprisonne… Jusqu’au jour où tout vole en éclat autour d’elles.

Le silence du phare est un magnifique roman féminin comme les éditions Charleston savent si bien nous les offrir, un texte fort et addictif, qui ne manquera pas de vous rappeler à quel point nous, les femmes, sommes pleines de ressources et incroyablement fortes.

« La Malédiction de la zone de confort » de Marianne Levy (Pygmalion) * coup de cœur absolu

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eamParce que c’est vendredi et que le vendredi il est indispensable de se faire plaisir, voici

LE conseil du jour : LISEZ La Malédiction de la zone de confort

de Marianne Levy, probablement l’une des meilleures comédies romantiques que j’aie lues les derniers temps (et vous savez que nous en lisons quelques-unes par mois !!!)

Marianne Levy, si elle s’était déjà autoéditée, signe ici son premier roman paru en librairie. Membre du collectif TeamRomCom – 6 auteures qui défendent la comédie romantique de tout leur talent et l’écrivent avec brio -, elle signe ici une déclaration d’amour à ce genre que nous affectionnons tant et qui souvent est dénigré (uniquement par celles et ceux qui, dans la vie, n’accordent pas suffisamment de crédit et d’importance à l’amour et aux relations humaines).

Critique de séries télévisées, elle nous entraine dans son univers en narrant l’histoire au début douce-amère de Rose, qui cherche à décrocher son entrée dans le monde impitoyable de la TV. Pourtant, le jour où l’opportunité se présente, elle enchaine les catastrophes et découvre sidérée les règles d’un monde sans pitié dans lequel elle semble ne pas pouvoir survivre (enfin, son personnage). Pour couronner le tout, elle est désespérément célibataire et incontestablement amoureuse d’un troubadour du Moyen-Âge dont le recueil de poésie (seul remède contre son romantisme d’une autre époque) qu’elle avait l’habitude d’emprunter à la bibliothèque a disparu depuis des semaines. Un concours de circonstances dont elle risque bien de ne pas sortir indemne.

De son côté, Ben est scénariste en mal d’inspiration noyé dans ses idées noires, irréversiblement allergique à l’amour et au romantisme, et que ses amis de toujours ont bien du mal à comprendre. C’est cependant pour aider l’un d’entre eux, Vlad – producteur de son état – qu’il accepte de remodeler le scénario d’une série qui veut faire date. Sans le savoir, il se lance alors dans une aventure risquée au cours de laquelle il lui faudra bien se rendre à l’évidence : il n’y a pas vraiment de hasard, seulement … des concours de circonstances.

Vous l’aurez compris, ils vont se rencontrer – mais ce n’est pas l’important. Ce qui compte vraiment, c’est qu’ils vont s’apprivoiser et apprendre à se comprendre… et là vous allez vous régaler !

C’est fin, c’est drôle, c’est extrêmement intelligent et terriblement authentique (je vous parie que vous allez vous retrouver dans une ou deux (voire beaucoup plus) de répliques – « (…) mes hauts sont plutôt moyens et mes bas sont bien en dessous du niveau de la mer. J’ai beau chercher, je ne trouve aucune bonne raison de le cacher » – qui vont devenir cultes !). C’est léger sans être bête, c’est romantique sans être mièvre, c’est touchant sans tomber dans le pathos. Marianne Levy maîtrise les mots et les émotions avec le même talent, et on en redemande.

PS : quelle couv! Mais quelle couv!!!

PSS : elle signe avec la TeamRomCom un recueil à paraître en novembre aux éditions Charleston, Y aura-t-il trop de neige à Noël?… A suivre!

« Là où tu iras j’irai » de Marie Vareille (Mazarine) * Prosecco!

La vie d’Isabelle est merveilleuse : elle vit le parfait amour avec Quentin (super canon et meilleur petit ami du monde), a des amis en or – Amina, amoureuse d’un homme mariée et quelque peu imprévisible, et Alexandre, père célibataire de 3 enfants turbulents qu’il adore -, et vient de se faire offrir par le premier un chien : Woody-Allen (sorte de chihuaha à houppette décolorée, qui ressemble vaguement à un chien et franchement à un Gremlins). Petite ombre au tableau : depuis des débuts prometteurs dans le cinéma alors qu’elle était ado (ne lui demandez pas de quand date ce film !), sa « carrière » végète. Enfin, carrière… Grosse ombre au tableau – que dis-je, cataclysme : Quentin la demande en mariage. Quelle idée ! Cela ne fait que… 5 ans que ces deux là filent le parfait amour et se complètent au quotidien (l’un débouche le tube de dentifrice, l’autre le rebouche ; l’un est responsable, l’autre… un peu moins). Isabelle ne peut accepter, et parce qu’elle refuse de s’engager, mais aussi de continuer à faire souffrir Quentin (dont les projets ne sont finalement pas les siens), elle préfère mettre un terme à leur relation. Un sacrifice qui en plus de la priver de l’homme de sa vie la conduit à la rue, avec 24 euros sur son compte bancaire. C’est alors que son chemin croise celui d’Adriana, fille d’un réalisateur bien connu, qui lui propose un drôle et étrange marché, pour un salaire mirobolant. Même si elle a quelques scrupules (surtout à laisser Woody-Allen à Amina), Isabelle n’a pas tellement le choix : elle accepte et file passer 15 jours en Italie avec la famille Kozlowski. Et ce qui arrive, même le plus talentueux des scénaristes n’aurait pu le prévoir.

Avec beaucoup d’humour et de talent, Marie Vareille nous entraine sur les pas d’une héroïne hors norme, probablement d’ailleurs parce qu’elle n’en a pas le profil. Et pourtant, on s’attache à elle dès les premières lignes, se laissant surprendre par son sens de la logique et des priorités, attendrir par ses états d’âme, séduire par sa spontanéité. On rit aussi, parfois d’elle – et de son incroyable maladresse – mais souvent avec elle : Isabelle devient très rapidement une amie que l’on pense connaître depuis toujours et à laquelle on souhaite de tout cœur un dénouement heureux. Et ce n’est pas gagné ! Car la famille dont elle va avoir la charge par cet étrange concours de circonstances est complétement déjantée, et a volé en éclat à la suite d’un drame toujours très présent. De quoi raviver quelques pénibles souvenirs aussi du côté d’Isabelle, et lui insuffler l’énergie nécessaire pour tenter de remettre sur les rails la famille Kozlowski … et sa vie !

Là où tu iras j’irai tient donc toutes ses promesses (on avait adoré Je peux très bien me passer de toi, Charleston) et nous convainc une nouvelle fois qu’il faut très étroitement surveiller les actus de Marie Vareille, sous peine de se priver d’une superbe lecture !