« Le diamant de St Pétersbourg » de Kate Furnivall (Charleston) * à l’heure où tombe la Russie

Valentina voit son innocence mourir à l’hiver 1910, lorsqu’un attentat visant son père, ministre du Tsar, cloue sa petite sœur dans un fauteuil roulant. Et parce qu’elle-même avait momentanément fuit le domaine familial pour une balade à cheval en toute liberté, elle porte le poids de sa culpabilité en plus de l’accusation à peine voilée de ses parents d’avoir manqué à ses devoirs d’aînée. Résolue à se rattraper, elle tente alors tant bien que mal d’accepter et de se montrer à la hauteur des attentes de ses parents : études de musique, beau mariage, soins de sa sœur… Pourtant, la belle Valentina en veut plus et parvient à se ménager des petits espaces de liberté au cours desquels elle apprend le métier d’infirmière et rencontre un étranger qui fait battre son cœur. Mais la Russie, à laquelle sa famille et elle sont tellement attachées, commence à trembler sous la violence des cris du peuple affamé de pain et de justice. Malgré son caractère et sa loyauté, Valentina va se trouver entraînée dans des troubles qui la dépasseront de loin et ne rendront pas simple la promesse faite un jour à sa sœur de la protéger pour toujours.

Kate Furnivall, dont nous avions déjà lu La concubine russe, nous entraîne une nouvelle fois à travers la Russie du début du 20ème siècle, frémissante des troubles qui la mettront à genou en 1917. A travers le regard de l’aristocrate qu’est Valentina, nous assistons aux premiers troubles bolcheviques, aux soulèvements des ouvriers, aux premiers attentats visant avec plus ou moins de succès les membres du gouvernement du Tsar, mais aussi aux premiers travaux visant à assainir Saint-Pétersbourg en proie aux épidémies et à des hivers exceptionnellement froids. Valentina, comme toutes les héroïnes Charleston, et une jeune femme forte, résolue à écrire sa propre histoire malgré des forces contraires. Elle se lance dans des études d’infirmière alors même que travailler est à l’époque pour une aristocrate est une aberration, et fera de ce statut à part une véritable opportunité pour garder le contrôle de son existence. Et de son cœur.

Une fresque brillamment écrite, intelligemment menée et enrichie par des personnages attachants qui incarnent toutes les contradictions de la Russie qui tombe et de l’Union soviétique qui lui succédera. C’est dépaysant, captivant, que l’on connaisse ou nom la Russie et son histoire.

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« Le silence du phare » de Jean E. Pendziwol (Charleston) * un beau roman féminin et sauvage

Elizabeth est pensionnaire d’une maison de retraite où la vieillesse la prive peu à peu de la vue, tout en ravivant ses vieux souvenirs ; Morgan est une toute jeune femme qui erre de foyer en foyer depuis le décès de son grand-père, seule famille qu’elle avait. Rien ne destinait ces deux femmes à se croiser et à se faire confiance, mais la vie parfois noue et dénoue les destins de bien étrange façon. Ce sont ces histoires de femmes ballotées par la vie mais qui toujours restent maîtresses de leur destin que nous conte Jean E. Pendziwol, dans le magnifique écrin d’une île canadienne dominée par un phare au rôle essentiel.

Alors qu’Elizabeth, au crépuscule de sa vie, apprend le décès de son frère et récupère les vieux journaux de son père depuis longtemps décédé et gardien de phare, elle croise « par hasard » le chemin de la jeune Morgan, orpheline et sans famille, condamnée à réparer les dégâts causés par ses graffitis. Les deux femmes, d’abord rassemblées par l’amour des arts, vont alors passer un accord : Morgan lira les mots du père de la vieille femme consignés dans différents journaux et qui retracent son enfance et celle de ses frères et de sa sœur jumelle, Emily. Rapidement, une complicité se crée au fil de ses lectures, sous les yeux plus ou moins ravis du personnel de la maison de retraite, qui les conduira à s’entraider bien au-delà de ce qu’elles avaient envisagé et à découvrir ensemble des secrets enfouis depuis des décennies.

Jean E. Pendziwol réussit le tour de force de nous faire aimer ce phare et cette île balayés par les vents, impitoyables, et à l’origine des plus grands bonheurs et des plus durs malheurs traversés par la famille d’Elizabeth. Grâce à des descriptions maîtrisées, on visualise cette contrée sauvage qui donne naissance et tue sans aucun état d’âme, et engendre des hommes et des femmes pragmatiques, passionnés et authentiques. Mais ce roman est aussi une étude profonde des relations familiales, et notamment de la gémellité, et de la place de chacun dans le tissu familial – place fantasmée ou occupée. Emily et Elizabeth, les jumelles au cœur de l’histoire, incarnent les deux parties d’un tout, d’un univers qu’elles se sont créé et qui les protègent tout autant qu’il les emprisonne… Jusqu’au jour où tout vole en éclat autour d’elles.

Le silence du phare est un magnifique roman féminin comme les éditions Charleston savent si bien nous les offrir, un texte fort et addictif, qui ne manquera pas de vous rappeler à quel point nous, les femmes, sommes pleines de ressources et incroyablement fortes.

« La Malédiction de la zone de confort » de Marianne Levy (Pygmalion) * coup de cœur absolu

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eamParce que c’est vendredi et que le vendredi il est indispensable de se faire plaisir, voici

LE conseil du jour : LISEZ La Malédiction de la zone de confort

de Marianne Levy, probablement l’une des meilleures comédies romantiques que j’aie lues les derniers temps (et vous savez que nous en lisons quelques-unes par mois !!!)

Marianne Levy, si elle s’était déjà autoéditée, signe ici son premier roman paru en librairie. Membre du collectif TeamRomCom – 6 auteures qui défendent la comédie romantique de tout leur talent et l’écrivent avec brio -, elle signe ici une déclaration d’amour à ce genre que nous affectionnons tant et qui souvent est dénigré (uniquement par celles et ceux qui, dans la vie, n’accordent pas suffisamment de crédit et d’importance à l’amour et aux relations humaines).

Critique de séries télévisées, elle nous entraine dans son univers en narrant l’histoire au début douce-amère de Rose, qui cherche à décrocher son entrée dans le monde impitoyable de la TV. Pourtant, le jour où l’opportunité se présente, elle enchaine les catastrophes et découvre sidérée les règles d’un monde sans pitié dans lequel elle semble ne pas pouvoir survivre (enfin, son personnage). Pour couronner le tout, elle est désespérément célibataire et incontestablement amoureuse d’un troubadour du Moyen-Âge dont le recueil de poésie (seul remède contre son romantisme d’une autre époque) qu’elle avait l’habitude d’emprunter à la bibliothèque a disparu depuis des semaines. Un concours de circonstances dont elle risque bien de ne pas sortir indemne.

De son côté, Ben est scénariste en mal d’inspiration noyé dans ses idées noires, irréversiblement allergique à l’amour et au romantisme, et que ses amis de toujours ont bien du mal à comprendre. C’est cependant pour aider l’un d’entre eux, Vlad – producteur de son état – qu’il accepte de remodeler le scénario d’une série qui veut faire date. Sans le savoir, il se lance alors dans une aventure risquée au cours de laquelle il lui faudra bien se rendre à l’évidence : il n’y a pas vraiment de hasard, seulement … des concours de circonstances.

Vous l’aurez compris, ils vont se rencontrer – mais ce n’est pas l’important. Ce qui compte vraiment, c’est qu’ils vont s’apprivoiser et apprendre à se comprendre… et là vous allez vous régaler !

C’est fin, c’est drôle, c’est extrêmement intelligent et terriblement authentique (je vous parie que vous allez vous retrouver dans une ou deux (voire beaucoup plus) de répliques – « (…) mes hauts sont plutôt moyens et mes bas sont bien en dessous du niveau de la mer. J’ai beau chercher, je ne trouve aucune bonne raison de le cacher » – qui vont devenir cultes !). C’est léger sans être bête, c’est romantique sans être mièvre, c’est touchant sans tomber dans le pathos. Marianne Levy maîtrise les mots et les émotions avec le même talent, et on en redemande.

PS : quelle couv! Mais quelle couv!!!

PSS : elle signe avec la TeamRomCom un recueil à paraître en novembre aux éditions Charleston, Y aura-t-il trop de neige à Noël?… A suivre!

« Là où tu iras j’irai » de Marie Vareille (Mazarine) * Prosecco!

La vie d’Isabelle est merveilleuse : elle vit le parfait amour avec Quentin (super canon et meilleur petit ami du monde), a des amis en or – Amina, amoureuse d’un homme mariée et quelque peu imprévisible, et Alexandre, père célibataire de 3 enfants turbulents qu’il adore -, et vient de se faire offrir par le premier un chien : Woody-Allen (sorte de chihuaha à houppette décolorée, qui ressemble vaguement à un chien et franchement à un Gremlins). Petite ombre au tableau : depuis des débuts prometteurs dans le cinéma alors qu’elle était ado (ne lui demandez pas de quand date ce film !), sa « carrière » végète. Enfin, carrière… Grosse ombre au tableau – que dis-je, cataclysme : Quentin la demande en mariage. Quelle idée ! Cela ne fait que… 5 ans que ces deux là filent le parfait amour et se complètent au quotidien (l’un débouche le tube de dentifrice, l’autre le rebouche ; l’un est responsable, l’autre… un peu moins). Isabelle ne peut accepter, et parce qu’elle refuse de s’engager, mais aussi de continuer à faire souffrir Quentin (dont les projets ne sont finalement pas les siens), elle préfère mettre un terme à leur relation. Un sacrifice qui en plus de la priver de l’homme de sa vie la conduit à la rue, avec 24 euros sur son compte bancaire. C’est alors que son chemin croise celui d’Adriana, fille d’un réalisateur bien connu, qui lui propose un drôle et étrange marché, pour un salaire mirobolant. Même si elle a quelques scrupules (surtout à laisser Woody-Allen à Amina), Isabelle n’a pas tellement le choix : elle accepte et file passer 15 jours en Italie avec la famille Kozlowski. Et ce qui arrive, même le plus talentueux des scénaristes n’aurait pu le prévoir.

Avec beaucoup d’humour et de talent, Marie Vareille nous entraine sur les pas d’une héroïne hors norme, probablement d’ailleurs parce qu’elle n’en a pas le profil. Et pourtant, on s’attache à elle dès les premières lignes, se laissant surprendre par son sens de la logique et des priorités, attendrir par ses états d’âme, séduire par sa spontanéité. On rit aussi, parfois d’elle – et de son incroyable maladresse – mais souvent avec elle : Isabelle devient très rapidement une amie que l’on pense connaître depuis toujours et à laquelle on souhaite de tout cœur un dénouement heureux. Et ce n’est pas gagné ! Car la famille dont elle va avoir la charge par cet étrange concours de circonstances est complétement déjantée, et a volé en éclat à la suite d’un drame toujours très présent. De quoi raviver quelques pénibles souvenirs aussi du côté d’Isabelle, et lui insuffler l’énergie nécessaire pour tenter de remettre sur les rails la famille Kozlowski … et sa vie !

Là où tu iras j’irai tient donc toutes ses promesses (on avait adoré Je peux très bien me passer de toi, Charleston) et nous convainc une nouvelle fois qu’il faut très étroitement surveiller les actus de Marie Vareille, sous peine de se priver d’une superbe lecture !

« Fleurs sauvages » de Kimberley Freeman (Pocket) * à emmener d’urgence en vacances!

Emma est danseuse étoile à Londres, et tous s’accordent à dire qu’elle est l’une des meilleures. Alors certes elle s’entraine beaucoup et consacre beaucoup de temps à son métier/sa passion, mais elle a atteint l’objectif secret qu’elle s’était donné petite fille et qu’elle partageait avec sa grand-mère Beattie aujourd’hui disparue. Mais parce que la vie nous réserve parfois des surprises, et pas toujours de belles surprises, Emma perd dans la même journée son fiancé, parti avec une autre, et sa carrière suite à une terrible blessure. Sa vie s’effondre, présent et futur n’ont plus aucune saveur et plus rien ne motive Emma. Pourtant, elle découvre que sa grand-mère, qui joua dans sa vie un rôle bien plus important que sa propre mère, lui a laissé par testament une maison en Australie, maison dont personne ne peut soupçonner la valeur affective. Puisque plus rien ne la retient à Londres, Emma décide de partir, de tout laisser et de s’accorder quelques semaines pour souffler et se poser les questions qu’elle va être obligée de se poser rapidement. Pourtant, ce n’est rapidement plus par défaut que la jeune femme reste en Tasmanie, dans cette maison pleine de souvenirs, de secrets et de cartons. Aidée bien malgré elle par des habitants sympathiques et qui admiraient sa grand-mère, rare femme propriétaire d’une ferme dans la région dans les années 1940 et devenue femme d’affaires lorsqu’elle commença à vendre ses créations réalisées avec la laine de ses moutons.

Mais derrière ce portrait de femme respectée, Emma découvre « la première vie » de Beattie, débarquée d’Ecosse avec son amant et une enfant illégitime, forcée de subvenir elle-même aux besoins de sa fille, loin de la violence de l’homme qu’elle aimait. Loin de sa famille, elle se réinvente une vie, aidée ou entravée par les personnes qu’elle rencontre, forte de sa volonté de devenir indépendante et de rester loin des hommes… jusqu’à ce que la vie lui fasse rencontrer l’un d’eux qui la fasse changer d’avis. Dans les grandes plaines australiennes fouettées par les vents et menacées par le feu, Kimberley Feeeman nous invite à chevaucher aux côtés de Beattie rassemblant les moutons, à se battre avec elle pour conserver la garde de sa fille et lui offrir le meilleur, accepter des compromis pour mieux préparer l’avenir, se révolter face aux traditions de cette Australie rurale qui brille par son racisme et son conservatisme. La vie d’une femme admirable et finalement admirée qui pourtant ne sera jamais aussi fière que de ce qu’elle ne pourra jamais révéler au grand jour.

Attention, coup de Coeur : ce livres et à emmener absolument en vacances cet été! Kimberley Freeman nous offre en effet un roman féminin composé de tous ces ingrédients qui en font un incontournable : une héroïne forte qui va devoir affronter les épreuves que la vie s’obstine soudainement à mettre sur son chemin, une histoire familiale secrète et largement marquée par la passion, de l’exotisme, des personnages forts, attachants, authentiques – d’Emma et Beattie, les personnages principaux dont les histoires se mêlent au-delà des années, à tous ceux qui gravitent autour d’elles -, des amours contrariées, des histoires d’amitié superbes, des secrets qui menacent de bouleverser les vies de tous, … Non vraiment, Fleurs sauvages trouvera sa place sans conteste dans vos valises ou sur les transats dans le jardin !