« Follow me back » de A.V Geiger (Collection R) * dérangeant, fascinant, effrayant

Inutile de le cacher : j’ai en premier lieu accepté ce roman prêté par Mathieu (n’est-ce pas que je vous en parle pas mal les derniers temps : c’est un vil tentateur !) parce que j’étais curieuse. Non seulement je l’ai vu chroniqué de nombreuses fois, mais il a eu une façon de me le présenter plutôt… énigmatique. Cependant, j’ai bien pris soin de le débuter sans avoir lu la 4ème de couverture ou les différents papiers… Et je pense que ce fut une bonne chose.

Car Follow me back est un roman dont le scénario ne présente a priori pas tellement d’originalité : une jeune fille – Tessa – agoraphobe commence à suivre sur le célèbre réseau social à l’oiseau une star de la chanson – Eric. Si elle le trouve effectivement beau, le suivre est aussi l’une des facettes de sa thérapie : puisqu’elle ne peut plus sortir de chez elle et que même passer le seuil de la maison où elle vit avec sa mère est impossible, cette « vie » sur les réseaux constitue son ouverture sur le monde et sa seule possibilité d’interaction et d’échange avec l’extérieur. Sur Twitter, Tessa s’invente une vie où ses problèmes sont soigneusement relégués dans un coin de son esprit et cachés et où elle admire Eric Thorn, ce jeune prodige de la chanson. Des milliers de personnes « la suivent », la sollicitent pour commenter avec elle les actualités de la star, « aiment » ses twitts, … Son rêve : qu’Eric un jour fasse lui aussi partie de ses followers. Bien cachée derrière son écran, Tessa en est sûre : avec le temps et les bienveillants conseils de sa thérapeute et d’une inconnue cachée derrière un énigmatique pseudo, elle va guérir et reprendre une vie normale. Mais arrive-t-il vraiment que la vie que l’on s’invente et la vit que l’on subit se recoupent et se superposent ? A s’afficher sur Twitter, est-il vraiment possible de rester anonyme ? Et surtout : les mensonges proférés sous pseudo sont-ils moins graves que si nous les prononcions face à ceux à qui nous les tenons ?

Au-delà de l’intrigue et des personnages – qui, pour le coup, ne sont pas très originaux -, c’est bel et bien la réflexion sur les réseaux sociaux qui fait tout l’attrait de ce roman et tend à le transformer en thriller psychologique. Sous des scènes et des conversations apparemment banal (souhaiter être suivi par toujours plus de personnes, réfléchir en mots clés et hashtags, mettre en scène sa vie, communiquer en 140 caractères, transformer ce que l’on est pour se forger un profil attractif, …), on perçoit rapidement quelque chose de beaucoup plus insidieux. Des zones d’ombres qui, si elles ne s’affichent pas sous forme de @, de hashtags, conduisent à un inattendu dénouement. Car parlons de la fin : dérangeante, effrayante, elle nous appelle à reprendre la lecture dès le début pour trouver des indices qui pourraient expliquer cette incroyable scène finale ! Et elle nous laisse profondément mal à l’aise, à la fois impatient de connaître la suite et redoutant de nous êtes laissés prendre au piège et de devoir accepter que sous les apparences les plus anodines se cachent des prédateurs redoutables

Follow me back parvient donc, tout en reprenant les codes attendus en YA, à les retourner complètement pour nous offrir un thriller fascinant et dérangeant – l’occasion aussi de nous interroger (ou d’interroger nos ados) sur l’utilisation des réseaux sociaux. Car là comme ailleurs, les conséquences de nos posts, tchats, MP et autres confidences sont réelles.

« Nos faces cachées » d’Amy Harmon (Robert Laffont) * au delà des apparences

Une couverture très féminine, un titre qui ne l’est pas moins. Il semblerait que Nos faces cachées soit une romance pure signée par une jeune auteure marquée du sceau « Young Adult » aux Etats-Unis, où elle connait d’ailleurs un véritable succès.

Pour autant, et si romance il y a bien, il ne faut pas que ce terme que certains dédaignent fasse passer à côté d’une autre, et essentielle, dimension de ce roman qui est un phénomène d’auto-édition américain.

Alors oui, il y est question de Fern, une jeune fille au physique moins attrayant que celui de ses amies, qui se complait à écrire des romans sentimentaux depuis qu’elle est petite fille et à admirer de loin Ambrose, le lutteur star de son lycée ; de ce fameux champion, qui gagne tous ses combats, multiplie les petites amies et a 4 copains à la vie à la mort avec lesquels il aime boire des bières, traineret lutter. Mais il y est peut-être encore plus question de cette adolescence américaine qui, un jour de septembre 2001, entre avec horreur dans l’âge adulte via les pires attentats que le monde occidental ait jamais connus. La veille, Fern, son cousin handicapé Bailey, sa meilleure amis Rita, Ambrose et ses amis Beans, Paul, Grant et Jesse, et tous les jeunes américains étaient insouciants et ne se demandaient que ce qu’ils feraient le we prochain, éventuellement après le lycée pour les plus prévoyants d’entre eux ; à partir de ce fameux 11 septembre, les voilà propulsés dans la vraie vie, et ses périls, dangers, menaces. Fini la croyance que tout leur sourirait quoiqu’il arrive et que leurs destins seraient ceux qu’ils se choisiraient ; à la fin du lycée, Ambrose et ses amis décident de s’engager. Devoir patriotique dont ils savent qu’il est le leur, mais dont les conséquences seront insoutenables. Les vies des jeunes hommes engagés en Irak vont être soufflées, emportées par les chaos de cette guerre terribles ; les vies des membres de leurs entourages, de leur communauté sont étroitement liées aux leurs, comme partout aux Etats-Unis. Le patriotisme élevé en règle de vie, quelles qu’en soient les conséquences, s’invite à Hannah Lake, emportant là aussi certitudes et rêves et imposant ses réalités les plus crues.

Sur fond d’histoires d’amour et d’amitié qui rappellent effectivement les codes les plus traditionnels de la romance, les réflexions sur le patriotisme, la mort, la valeur de la vie, la violence, la beauté, … sont bien plus marquantes et sont extrêmement bien menées, avec des exemples simples et parlants pour les jeunes lecteurs. Ils constituent à mon avis tout l’intérêt de ce livre destiné aux jeunes adultes : pas de jugement mais bien des pistes de réflexions, des outils pour se forger des avis sur des thématiques et sujets graves, anxiogènes et auxquels toute personne est un jour confrontée – toujours trop tôt et sans que l’on puisse s’y préparer.

Sweetie