« Souffles coupés » par Nataly Bréda (French Pulp) * un premier roman puissant

Nina est éloquente et féministe, fière de son corps, de ses valeurs et libre dans ses choix comme dans son couple ; David est une star mondiale du cinéma, auquel aucune femme ne résiste et dont les comptes en banque sont pleins. Tous deux se pensent libres, beaux, invincibles – mais tous les deux sont atteints de maladies incurables qui font de chaque jour un hypothétique dernier. Ils se croisent lors d’une émission tv et rapidement cèdent à une attirance physique réciproque, sublimée par leur conscience d’être des rescapés qui se comprennent. Pourtant, de nuits torrides en escapades clandestines, de petits déjeuners et de secrets partagés en présentations officielles, ils doivent se rendre à l’évidence : comme tant d’autres, ils vivent une « vraie » histoire et sont un « vrai » couple – n’en déplaisent à certains et contrairement à ce qu’ils s’étaient promis dans le secret de leur cœur.

Cependant, la vie reste la seule arbitre, dans leur cas comme dans tant d’autres, et la passion partagée n’est qu’illusion : lorsque le voile se déchirera, ils devront se confronter à leurs peurs les plus viscérales et accepter, cette fois, de ne pas être vainqueurs.

Dans ce premier roman, Nataly Bréda ambitionne de développer trois sujets graves, complexes, passionnants, terriblement quotidiens : la maladie, l’amour et la fin de vie. A travers le cheminement amoureux et personnel de ces deux personnages que tout oppose mais rassemblés par l’essentiel, elle interroge sur l’exclusivité de l’amour et sur la vision sociale du couple que la plupart d’entre nous accepte sans s’interroger ; sur les réalités des maladies incurables et le statut des malades ; sur le service que nous ne pouvons pas, en France, offrir à ceux que nous aimons : finir sa vie dans la dignité. Tous ces éléments sont liés par la passion dévorante, l’amour fou que s’offrent ces deux-là, et une sexualité torride aux allures d’étendards – la mort ne passera pas par eux, à moins qu’ils ne le décident.

Le style est parfois cru, toujours vrai, et la description des sentiments qui animent et révoltent les personnages d’une authenticité parfois dérangeante – la pitié, les a priori sur le handicap, les diagnostics aseptisés, les proches désemparés, la sexualité des personnes handicapés, le coût de la maladie et de ses conséquences sur la vie de chacun, … Féminisme, culte des apparences, conventions sociales, tout est abordé sans filtre, nous amenant à nous interroger un peu, à nous passionner immensément pour les histoires croisées de ces deux êtres pétris de sensualité.

Souffles coupés est donc un premier roman puissant, extrêmement bien écrit et profond qui démontre le talent d’une autrice que nous nous ferons un plaisir de lire à nouveau si l’envie lui prenait de persévérer à écrire 😊

Mention spéciale à la très belle couverture de ce roman, qui le rend inratable en librairie!

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« Avant toi » de Jojo Moyes (Milady) * une comédie romantique pour sortir de sa zone de confort

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Louisa – ou Lou –  est une jeune femme à la vie bien rangée. Issue d’une famille heureuse mais très modeste, sa vie bascule le jour où elle apprend que l’établissement dans lequel elle travaille comme serveuse dans une petite ville touristique anglaise ferme. Si elle ne veut pas quitter la ville et ses parents, elle se rend pourtant compte que trouver un nouveau travail à proximité peut se révéler très compliqué – et ce n’est pas l’agence pour l’emploi qui va pouvoir lui apporter des solutions.

Pourtant un jour, elle accepte de passer un entretien pour un poste très particulier ; si elle ne comprend pas exactement ce qu’on attend d’elle, elle accepte – pour un salaire très intéressant – de devenir l’aide-soignante et l’accompagnatrice de Will, trentenaire tétraplégique après un accident, et entièrement dépendant. Lou se dit d’ailleurs que c’est pour cela qu’il est devenu si détestable et odieux – mais elle n’a pas le choix, le salaire est plus que nécessaire à sa famille, d’autant que son père va rapidement se retrouver au chômage. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Lou tente alors d’apporter un peu de réconfort, de compagnie et de chaleur humaine à ce jeune homme à la santé chancelante, à l’humeur changeante et au sourire ravageur. Un poste qui va définitivement chambouler toutes ses certitudes et toute sa vie… A moins que ce ne soit elle qui parvienne à rendre celle de Will plus supportable.

Jojo Moyes nous offre avec Avant toi une belle et originale comédie romantique à l’humanité poignante ; entre rire, larmes et révolte, nous suivons l’évolution des relations entre Will et Lou, mais aussi et peut-être surtout la façon dont leur rencontre va pas à pas les transformer, faire d’eux des personnes différentes – meilleures ? – et plus ouvertes sur le monde. Ils s’apprivoisent jour après jour, chacun confiant à l’autre ses peurs, ses drames, ses espoirs… Très différents, ils finiront par s’aimer, même si le fauteuil de Will mais aussi son projet incompréhensible et définitif  semblent devoir condamner cette histoire avant même qu’elle ne commence.

Mais au-delà de la comédie romantique (très bien menée), Avant toi est un texte sur la fin de vie et l’euthanasie, cette décision si personnelle qui pourtant soulève à chaque fois des discussions passionnées. Accepter cette volonté d’un proche est-il un acte d’amour ou l’acceptation de son impuissance, voire d’une certaine lâcheté ? Les débats sont houleux, les avis différents, les arguments subjectifs. L’histoire de Will et Lou devient l’occasion de se poser des questions gênantes, embarrassantes mais aussi fondamentales et identitaires : cette comédie romantique ne gagne a être lue que si vous êtes prêts à la prendre au sérieux, et à lui permettre de vous interroger.