« Et que nos âmes reviennent » de Sabrina Philippe (Flammarion) – déstabilisant roman

Autant le dire d’emblée, j’ai eu du mal à entrer dans ce roman, me demandant où il pourrait me mener, m’interrogeant sur les enchainements des chapitres, a priori décousus. Pourtant, une fois une cinquantaine de pages lues, il m’est devenu difficile de m’en extirper, qu’il s’agisse de la lecture elle-même ou des réflexions engendrées par ce roman. Un roman qui, s’il ne m’a pas touchée autant peut-être que d’autres lecteurs, m’a troublée, m’a interrogée, m’a mise face à certaines de mes peurs, mais aussi certains de mes plus grands espoirs.

Car ce roman de Sabrina Philippe parle des amours qui jalonnent nos vies – la mienne, les vôtres, mais aussi nos vies d’avant. Des amours qui nous font grandir, des amours qui nous font souffrir, mais aussi de l’évidence de l’amour… qui n’en est pas toujours une. Nous y suivons en effet le parcours d’une femme bien dans sa tête, bien dans son corps, qui va tomber irrémédiablement amoureuse d’un homme qui, peu à peu, l’amènera à sombrer d’elle-même ; psychologue, elle connait pourtant le schéma des amours toxiques, mais cet homme qu’elle admire – aime ? – lui offre toutes les apparences qu’elle avait toujours crues tenir de l’amour : la beauté d’un couple harmonieux et envié, le bonheur des sorties à deux dans de magnifiques endroits, cette installation à deux qui fait tant rêver, des voyages dans le cadre d’une carrière brillante aux quatre coins du monde, …. Pourtant, l’intime n’y est pas. Pire, de petites piques lancées en guise de conclusion à leurs conversations en gestes attribués à la colère, elle perd sa confiance en elle, son éclat, s’isole, se retire du monde, refuse de se regarder en face. Le mécanisme, elle le connait bien ; mais il s’agit d’elle et de quelque chose qu’elle ne maitrise pas. Dont elle souhaite comprendre les origines sans se douter que cela remettra en cause ses croyances, ses projets, sa vision d’elle-même et de sa place dans le monde.

J’ai été… subjuguée par ce texte – je ne saurais dire si je l’ai aimé ou pas, mais je sais que je m’en souviendrai et que les questions qu’il a soulevé en moi me poursuivront longtemps.

 

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« Les Colombes du Roi Soleil – Les Comédiennes de Monsieur Racine » par Anne-Marie Desplat-Duc (Flammarion) * une jolie lecture à partager

C’est l’effervescence à la Maison Royale de Saint-Louis, cet établissement créé par Madame de Maintenon et dans lequel évoluent jusqu’à leur vingtième anniversaire des jeunes filles de la noblesse de la France entière : Monsieur Racine, le célèbre dramaturge qui ravit la Cour de ses merveilleuses pièces, a décidé que la dernière d’entre elles serait jouée par ces jeunes filles si bien éduquées. Pour Isabeau, Charlotte, Hortense et Louise, ce spectacle revêt différents attraits : pour l’une, l’émancipation des règles si strictes de la pension, pour l’autre la rencontre avec un jeune homme qui fera battre son cœur, … Pour toutes, de nouvelles opportunités de se forger un avenir dans les meilleures conditions et le bonheur de côtoyer le Roi et la Cour.

Anne-Marie Desplat-Duc pose dans ce premier tome de la très jolie série Les Colombes du Roi Soleil les bases d’une collection historique rigoureuse et passionnante, et s’attache tout à la fois à décrire aux jeunes lecteurs (lectrices) les us et coutumes d’une époque et d’un cadre qui ne manquent jamais de faire rêver : étiquettes, religion, hiérarchie sociale, privilèges, importance de la naissance et de l’éducation, alliances matrimoniales et amour courtois, … Nos petites pensionnaires, toutes différentes mais ô combien attachantes, nous guident dans ce labyrinthe de convenances avec la fraicheur de leur âge et leur conscience aigüe du privilège d’être instruites, à une époque où le rôle des femmes se cantonne habituellement au foyer. On se passionne pour leurs histoires d’amitié et de cœur, on se réjouit avec elles de leurs rencontres avec la Cour et de leur foi en l’avenir, on découvre avec elles l’importance de comprendre les codes des sociétés dans lesquelles on évolue ou encore celle d’avoir conscience de soi et de ses différences dans un microcosme qui gravite autour du Roi, de ses passions et de ses familiers. Et comme souvent à la  Cour, les mystères ne sont jamais bien loin… de quoi sainement occuper les esprits de ces demoiselles !

Voici donc une entrée en matière réjouissante, qui ne peut que donner envie de retrouver les pensionnaires de Saint Cyr dans leurs prochaines aventures royales.

« La Malédiction de la zone de confort » de Marianne Levy (Pygmalion) * coup de cœur absolu

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eamParce que c’est vendredi et que le vendredi il est indispensable de se faire plaisir, voici

LE conseil du jour : LISEZ La Malédiction de la zone de confort

de Marianne Levy, probablement l’une des meilleures comédies romantiques que j’aie lues les derniers temps (et vous savez que nous en lisons quelques-unes par mois !!!)

Marianne Levy, si elle s’était déjà autoéditée, signe ici son premier roman paru en librairie. Membre du collectif TeamRomCom – 6 auteures qui défendent la comédie romantique de tout leur talent et l’écrivent avec brio -, elle signe ici une déclaration d’amour à ce genre que nous affectionnons tant et qui souvent est dénigré (uniquement par celles et ceux qui, dans la vie, n’accordent pas suffisamment de crédit et d’importance à l’amour et aux relations humaines).

Critique de séries télévisées, elle nous entraine dans son univers en narrant l’histoire au début douce-amère de Rose, qui cherche à décrocher son entrée dans le monde impitoyable de la TV. Pourtant, le jour où l’opportunité se présente, elle enchaine les catastrophes et découvre sidérée les règles d’un monde sans pitié dans lequel elle semble ne pas pouvoir survivre (enfin, son personnage). Pour couronner le tout, elle est désespérément célibataire et incontestablement amoureuse d’un troubadour du Moyen-Âge dont le recueil de poésie (seul remède contre son romantisme d’une autre époque) qu’elle avait l’habitude d’emprunter à la bibliothèque a disparu depuis des semaines. Un concours de circonstances dont elle risque bien de ne pas sortir indemne.

De son côté, Ben est scénariste en mal d’inspiration noyé dans ses idées noires, irréversiblement allergique à l’amour et au romantisme, et que ses amis de toujours ont bien du mal à comprendre. C’est cependant pour aider l’un d’entre eux, Vlad – producteur de son état – qu’il accepte de remodeler le scénario d’une série qui veut faire date. Sans le savoir, il se lance alors dans une aventure risquée au cours de laquelle il lui faudra bien se rendre à l’évidence : il n’y a pas vraiment de hasard, seulement … des concours de circonstances.

Vous l’aurez compris, ils vont se rencontrer – mais ce n’est pas l’important. Ce qui compte vraiment, c’est qu’ils vont s’apprivoiser et apprendre à se comprendre… et là vous allez vous régaler !

C’est fin, c’est drôle, c’est extrêmement intelligent et terriblement authentique (je vous parie que vous allez vous retrouver dans une ou deux (voire beaucoup plus) de répliques – « (…) mes hauts sont plutôt moyens et mes bas sont bien en dessous du niveau de la mer. J’ai beau chercher, je ne trouve aucune bonne raison de le cacher » – qui vont devenir cultes !). C’est léger sans être bête, c’est romantique sans être mièvre, c’est touchant sans tomber dans le pathos. Marianne Levy maîtrise les mots et les émotions avec le même talent, et on en redemande.

PS : quelle couv! Mais quelle couv!!!

PSS : elle signe avec la TeamRomCom un recueil à paraître en novembre aux éditions Charleston, Y aura-t-il trop de neige à Noël?… A suivre!

Plus folles que ça tu meurs, Denise Bombardier, Flammarion

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Cinq femmes. Cinq amies. Elles approchent de la soixantaine, et si leur vie en général fut plutôt une réussite, l’amour, lui ne s’est pas véritablement installé. Elles dévoilent tout, sans tabous et sans complexes, de leurs vies et de leurs sexualités. Car non, à 60 ans, la vie sexuelle et l’amour ne s’arrêtent pas.

Agnès revit un coup de foudre, se sentant à nouveau jeune grâce au beau et galant Charles qui va lui faire revivre la fougue de ses 20 ans. Jeanine qui enchaine les croisières et les aventures d’une nuit, Claudine qui vit chaque coup de cœur comme si elle avait encore 20 ans. Pauline avec son franc-parler, et Marie qui s’abandonne au point de se perdre.

A travers le point de vue d’Agnès, qui nous raconte son coup de cœur, sa vie de famille, sa relation complexe avec sa fille, nous découvrons que la sexualité ne s’arrête pas à 6 ans. Elle peut au contraire s’exacerber et prendre des dimensions que l’on n’aurait jamais pu soupçonner. Lire la suite

« La malédiction de Gabrielle 2, A l’ombre du diable » – Andrea Japp (Flammarion) * un deuxième tome réussi

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1348. La peste noire sème la peur et la mort dans le royaume de France et dans toute l’Europe. Les Français meurent par centaines de milliers, abandonnant aux bêtes et aux pillards des quartiers, voire des villes entières. Des familles disparaissent, des enfants deviennent orphelins, des hommes veufs, des femmes chefs de familles. Aucun doute, la société française dans son ensemble se trouve bouleversée.

C’est dans ce contexte que nous retrouvons Gabrielle, héroïne de cette saga historique que nous avions laissé tout juste rescapée de la Peste, et en deuil de son premier enfant, mort avant même de naître. Mais plutôt que de se morfondre, la jeune femme décide de faire de ce coup du sort une force, et de tirer parti de la confusion ambiante. Faisant fi des valeurs que sa bonne éducation lui a inculquées depuis sa naissance, Gabrielle va apprendre à travestir la vérité, à manipuler les sentiments, les apparences et les hommes, et surtout, prendre en mains son destins. Lancée sur les routes avec sa fidèle Adeline, elle sillonne une France exsangue et traumatisée et joue de son statut de femme présumée enceinte. La jeune femme se révèle alors pleine de ressources : qu’il s’agisse de trouver nourriture, vêtement ou protection, Gabrielle relève tous les défis. Et si finalement cette Peste et ses conséquences s’avéraient pour elle être le tournant décisif de sa vie ?

Avec toute la rigueur historique que nous lui connaissons, Andrea Japp déroule un deuxième opus bien plus convaincant que le premier tome qui nous avait laissé un amer goût de déception. L’intrigue est plus dense et plus intéressante, les obstacles auxquels les deux femmes font face et les ressources qu’elles déploient pour les dépasser enrichissent un roman historique à la hauteur de ce qu’a l’habitude de nous offrir Andrea Japp. On aime toujours autant la façondont l’auteur mêle fiction et Histoire, nous donnant à voir tout à la fois les mœurs d’une époque, mais aussi les impitoyables jeux de pouvoir à la Cour, les superstitions qui motivaient les hommes, la géopolitique d’une Europe décimée et en proie à d’éternelles guerres, les avancées si lentes de la science, … On se passionne aussi et en parallèle pour un destin de femme forte, déterminée à atteindre ses objectifs et à braver des interdits que seuls ses jupons lui imposent. C’est – enfin ! – dans l’adversité de ce deuxième tome que le personnage de Gabrielle prend du corps et déploie ses ailes et son potentiel. De quoi nous laisser espérer un troisième tome extrêmement intéressant !