« Et tu entendras le bruit de l’eau » de Sophie Jomain (&H) * un roman vivifiant

Marion est journaliste People, et elle est plutôt très bonne dans sa partie. Sa vie d’ailleurs tourne presque intégralement autour de son métier… le reste ne faisant que passer sans jamais s’installer. Elle y met tout son professionnalisme, faute d’y mettre son cœur et son âme… avouez qu’interviwer une star n’est pas non plus l’exercice le plus passionnant et enrichissant. Mais le jour où elle se fait doubler par un concurrent pour un article et perd son calme face à sa hiérarchie, elle se dit qu’elle a peut-être besoin de ces congés dont elle a été (et s’est) privée les dernières années. Elle se souvient alors qu’elle avait aimé la photographie, à l’époque où elle avait encore du temps pour y songer. Qu’à cela ne tienne, la voici partie avec son sac à dos et son appareil sur la Baie de Somme, une magnifique région sauvage et suffisamment loin de Paris pour, elle l’espère, se reposer. Ce dont elle ne se doutait pas, c’est qu’en plus du calme, elle y trouverait beaucoup – et suffisamment pour accepter de remettre en question la vie bien remplie mais si insipide qu’elle s’était bâtie jusque là.

Si ce nouveau roman de Sophie Jomain est radicalement différent du précédent, très léger et clairement destiné à divertir, Et tu entendras le bruit de l’eau est quant à lui plus profond, plus engagé. Sans pour autant s’attarder trop longtemps dessus, elle glisse dans le parcours de Marion et des personnages qui gravitent autour d’elle des messages importants : immigration, défense de la nature, recherche de sens, … Marion est une jeune femme moderne qui porte des valeurs, qui trouvent toute leur place dans l’intrigue. Un grain de sable et c’est toute la mécanique de sa vie qui se retrouve grippée… Mais peut-être était-ce nécessaire?

De ses balades et de ses rencontres, de son introspection et de ses engagements, Sophie Jomain tisse un roman agréable à lire, bien mené, joliment ancré dans la Baie de Somme – idéal pour le joli mois de mai et ses « ponts » !

 

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« Si tu me le demandais » d’Emily Blaine (HarperCollins) * découverte

Voilà, j’avoue. Je n’avais jamais lu Emily Blaine (hormis une nouvelle dans un recueil)… Et parce que la plupart d’entre vous m’en parle souvent, et que je suis une incorrigible curieuse, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je remédie à ça ! D’autant que j’ai aussi eu l’occasion de la croiser dans des salons, de la voir interagir avec ses fans avec gentillesse et attention, et d’échanger moi-même avec elle. Aussi, lorsqu’on m’a proposé Si tu me le demandais, j’y ai vu un signe et je me suis lancée.

J’ai donc découvert cette auteure (autrice ?) via les destins croisés et malmenés de Cooper et Julianne, qui l’un et/pour l’autre, tentent de reprendre pieds et de croire en une vie qui a jusque là semblé prendre plaisir à leur jouer de vilains tours. Lorsqu’ils se croisent pour la première fois par hasard et chacun pour fuir une réalité qui les ennuie, Cooper le sent : cette jolie femme à l’humour intelligent et au regard pétillant (de tristesse parfois) est celle qui lui permettra de se remettre de la mort de son épouse quelques années auparavant. Mais une fois qu’on a eu le cœur ainsi brisé, est-il vraiment possible de continuer à aimer ? De recommencer une histoire d’amour sans avoir clôt la page précédente, aussi douloureuse que soit la démarche? Dépasser un deuil revient-il seulement à l’occulter ? Et comment bâtir une relation sur des bases déjà posées avec une autre ?

Là encore (et je crois que mes lectures du moment ont toutes ce point commun…), Si tu me le demandais est une lecture qui sous couvert de feel good et de fin heureuse déstabilise largement. Emily Blaine parle avec sensibilité et prévenance du deuil, de ses conséquences, de la solitude à laquelle il peut condamner si nous nous obstinons à ne pas le partager. Car quand la mort frappe, il est rare qu’on soit seul(e) à devoir l’affronter – et si elle peut faire voler en éclat une vie, une famille ou un couple, elle peut aussi dessiner de nouvelles perspectives et recalculer le cheminement d’une vie vers une destination nouvelle et un bonheur inespéré.

Emily Blaine a une écriture très fluide, agréable à lire, et ce roman se lit d’une traite, nous faisant tour à tour sourire et monter les larmes aux yeux. Sans être léger (et pour cause), Si tu me le demandais n’est pas non plus un roman anxiogène, à l’ambiance lourde. On se prend page après page à se demander ce que nous ferions, nous, à encourager Cooper et Julianne, à les plaindre mais surtout à leur souhaiter le meilleur dans une vie qui ne sera pour eux plus jamais la même. Et on se surprend à espérer être aussi fort(e) si un jour la vie nous plaçait dans de telles situations.

Bref, la prochaine fois que je croiserai Emily Blaine en salon, il est bien possible que je me glisse dans une file d’attente pour acheter et échanger à propos d’un autre de ses romans !