« Zeus, les J.O et le tricheur » par Viviane Koenig (Le Rocher) * le sport et ses valeurs

 

Théo et Mélia ont été recueillis à la mort de leurs parents par leur oncle, sculpteur renommé qu’ils aident (bon gré mal gré) à son atelier. Mais alors que les Jeux Olympiques se préparent, l’effervescence les gagne, au même titre que la cité : cette fois encore, les meilleurs athlètes de la Grèce Antique vont se mesurer et tenter de gagner les lauriers si convoités, le tout sous l’œil tutélaire du grand Zeus. Encore jeunes, les deux enfants comprennent cependant bien l’intérêt des jeunes hommes sportifs : en plus de gagner de l’argent, être vainqueur leur permettrait de bénéficier toute leur vie du prestige d’avoir été le meilleur devant Zeus et les hommes… Mais Theo et Mélia, sans le faire exprès, surprennent un jour une conversation compromettante pour l’un des athlètes engagés : pour gagner, il irait jusqu’à tricher et menacer de mort l’un de ses rivaux. Prenant leur courage à deux mains, et parce qu’il leur faut des preuves pour confondre le méchant homme, les deux enfants se lancent dans une dangereuse enquête… placés tout de même sous la protection de Zeus, qui semble vouloir faire d’eux ses justiciers.

Viviane Koenig, dont c’est ici ma première lecture, est spécialisée dans l’écriture de romans historiques à destination des enfants. Elle nous entraine ici dans les coulisses d’une lointaine éditions des Jeux Olympiques pour nous en expliquer la genèse, nous en rappeler les règles, et ancrer cet événement dans l’histoire de l’époque. On y (re)apprend la valeur de l’engagement, du courage, de l’entrainement de l’effort, mais aussi de la saine compétition et des bonnes pratiques sportives. On y re(découvre) aussi que les jeunes femmes ne peuvent concourir, que les vainqueurs gagnent (surtout) la reconnaissance et l’admiration de leurs pairs, et que la Grèce entière se déplaçait à Olympie pour admirer ses athlètes – qui défendaient tout autant leur sport que leur cité, pour le prestige de tous.

Un joli roman historique donc à l’intrigue bien menée, parfait pour en apprendre plus sur l’histoire des Jeux Olympiques, leur déroulement, leurs codes et leurs valeurs – applicables bien au-delà des stades. Et une autrice que nous prendrons plaisir à lire une prochaine fois avec nos Mini-lectrices !

« Max et les poissons » de Sophie Adriansen (Nathan) * pour tous les enfants péchés en juillet 1942

Max aura 8 ans dans quelques jours et vient de recevoir à l’école un joli poisson tacheté pour le récompenser de ses bonnes notes – Auguste. Il est très fier, tellement qu’il en oublie presque cette étoile jaune sur ses vêtements et les Allemands qui défilent tous ensemble et font trembler les murs avec leurs grosses bottes. Et puis il se rend bien compte que sa sœur Hélène et que ses parents lui préparent des surprises. Il en a peu depuis quelques mois alors se promet de bien en profiter. Mais voilà, en ce 16 juillet, d’autres surprises moins drôles sont prévues par d’autres adultes, et avec tant d’autres, Max est raflé, parqué dans un grand stade avec quelques-uns de ses copains et voisins. Les adultes ont peur, alors lui aussi, un peu. Ils sont emmenés ensuite dans un autre camps où ,au moins, il y a un extérieur ;il s’appelle Drancy. Max pense que tout ira mieux ensuite, mais ce n’est qu’une nouvelle étape. La vie de Max va décidément bien changer, et cette journée d’anniversaire oublié n’est que le début d’une nouvelle drôle d’aventure parsemée de poissons.

J’entendais parler de ce livre depuis des mois, me le réservant pour un moment où j’aurais le temps de le lire tranquillement. Grand bien m’a pris. Merveilleusement bien écrit – comme sait si bien le faire Sophie Adriansen -, facilement accessible aux jeunes lecteurs à partir de 9 ans, poignant, il m’a mis les larmes aux yeux et m’a fait sourire à travers ces larmes. Parce que bien que vue à travers les yeux d’un jeune garçon qui ne comprend pas tout ce qui lui arrive, cette histoire est bien celle de tant d’autres enfants, déportés, raflés, séparés de leurs familles, parfois tués durant la Seconde Guerre Mondiale parce qu’ils étaient nés Juifs. Sans jamais être anxiogène, le texte aborde tous les aspects de la vie de ces familles juives durant cette période. Sophie Adriansen nous donne ainsi des clés et des éléments de langage pour entamer le travail de mémoire avec nos enfants, leur parler de ce pan de notre histoire sans leur faire peur et en leur montrant dès à présent que toutes les victimes nous ressemblaient terriblement.

Sans surprise, ce joli roman a largement trouvé ses lecteurs, et a remporté de nombreux prix. Sophie Adriansen continue également d’intervenir auprès des classes de jeunes pour leur parler de Max, de ses amis, de ses parents, de ses voisins et de tous les autres – une belle façon de transmettre un message douloureux mais indispensable.