« La princesse blanche » de Philippa Gregory (Archipoche) * un bon roman féminin historique

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Elisabeth a eu le tort d’un jour tomber amoureuse d’un roi tombé au combat. Qu’il ait été vaincu par traitrise ne change rien : Elisabeth a perdu l’homme qu’elle aimait mais est également devenue un enjeu, une conquête pour le nouveau roi. Fille de la très respectée famille d’York, elle doit en effet aider le nouveau roi, Henri Tudor, à gagner en légitimité, lui qui longtemps vécu en exil et est considéré comme un usurpateur. Alors qu’elle avait été aimée et adorée durant des années, la voici simple marchandise méprisée par son mari et la mère de celui-ci, violentée comme une simple femme de chambre, contrainte de subir humiliations et vexations. Pourtant, Elisabeth a un caractère de reine, et entourée des femmes de sa famille, elles aussi largement menacées par le nouveau régime, elle va entreprendre de tenir son rang coute que coute. Elle engendre donc les fils nécessaires au roi et à la famille Tudor, lui donne des filles, lui apprend comment gouverner et tente de l’aider à se faire apprécier de ses proches et de ses sujets, alors même qu’il semble que ce soit mission impossible. Si jamais on ne lui daignera d’exercer les vraies fonctions de reine, Elisabeth n’en reste pas moins dépeinte ici comme une femme de roi à la hauteur de son rôle malgré l’adversité.

La princesse blanche, dernier tome de la saga historique de Philippa Gregory dédiée à la Guerre des Deux Roses, est un très bon roman féminin historique. On y voit se dérouler tout un pan de l’histoire britannique de façon très convaincante, et ce malgré le point de vue largement féminin. Les descriptions sont passionnantes et nous permettent de parcourir à la suite d’Henri, Elisabeth et leur Cour les salles des plus beaux palais de l’époque, de les arpenter dans la chaleur de l’été ou de les affronter dans le froid glacial de l’hiver anglais. Les rôles féminins, s’ils ont pu historiquement être perçus comme secondaires, sont ici décrits comme principaux (ce dont je ne doute pas : l’Histoire a été écrite par les vainqueurs, mais aussi par les hommes…) et incontournables dans les jeux de pouvoirs, d’alliances, les complots, les stratégies, la pérennité d’une dynastie (ou son déclin), … . Philippa Gregory s’attache aussi, dans la Grande Histoire, à narrer l’histoire d’amour/de haine entre Elisabeth et son mari, alors même que celui-ci est le commanditaire de l’assassin de son grand amour. On se surprend à vouloir savoir comment cet improbable couple peut évoluer, à souhaiter puis redouter qu’ils ne s’attachent l’un à l’autre, à craindre la paranoïa croissante d’Henri et pour la santé et l’équilibre de leurs enfants. On s’attache à ces femmes d’une famille tombée en disgrâce mais adorée par le peuple anglais et redoutée par les Tudor qui souhaitent les faire disparaitre, condamnées à être fortes pour sauver ceux qu’elles aiment.

Ce roman combine parfaitement les codes du roman féminin et du roman historique, nous offrant un très bon moment de lecture, instructif et divertissant. Philippa Gregory écrit très bien et nous charme avec ses personnages féminins forts et authentiques, attachants entre tous. Un beau voyage dans le passé donc, et une belle réussite !

« Les quatre filles du révérend Latimer » de Colleen McCullough (Archipoche) * de formidables destins de femmes

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Australie, 1925. Dans un petit village rural, les deux paires de jumelles du révérend Latimer sont appréciées de tous, mais subissent le caractère intransigeant de leur mère et belle-mère. Les quatre jeunes filles sont en effet demi-sœurs, même si seulement quelques mois les séparent, et elles sont solidaires comme seules de sœurs peuvent l’être. Soudées face à celle qui leur mène une vie si compliquée et motivées par la vocation de leur ainée, Edda, Grace, Heather et Kitty, elles décident un jour de quitter le foyer familial pour entamer une formation d’infirmières. Si Edda souhaitait faire des études pour devenir médecin, elle doit se résoudre à cette formation qui lui permet tout au moins d’approcher son rêve ; Kitty et Heather, les plus jeunes, embrassent avec bonheur cette carrière qu’elles n’envisageaient pas, trouvant chacune dans l’exercice de cette profession les éléments nécessaires à leur bonheur. Seule Grace ne parvient pas à s’adapter à cette nouvelle vie, mais qu’importe : son caractère passionné est comblé par la rencontre d’un homme qui fera battre son cœur. Toutes très différentes, elles sont pourtant chacune les parties d’un tout que tous admirent secrètement, et font la fierté de leur père. Ambitieuses, appliquées, rationnelles et éduquées, les jumelles sont des pionnières qui vont, à l’image de l’Australie et de sa société de l’entre deux guerres, dépasser leurs limites, affronter la crise de 1929 et ses drames, combattre les épidémies qui déciment la population. Mais surtout, elles vont ouvrir la voie à une nouvelle génération de femmes indépendantes, libres, qui se veulent les égales des hommes et entreprennent de le devenir.

A l’image des sublimes sagas qu’elle a écrites avant celle-ci, Colleen McCullough signe une nouvelle fois un chef d œuvre magistral, mené avec talent. On y reconnait sa maitrise de la langue, son aisance avec les mots, pour un roman d’une très grande qualité littéraire. Rebondissement après rebondissement, on s’attache à ces quatre femmes qui oscillent entre force et fragilité, se dressant face aux obstacles et offrant à leurs semblables l’image même de la beauté et de l’intelligence.

Les quatre filles du révérend Latimer se hisse donc tout naturellement au rang de chef d’œuvre – et trouve une belle place dans ma bibliothèque !

« Meurtre à Oxford – Une Enquête du Dr Silkstone » de Tessa Harris (L’Archipel) * poisons et manipulations

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Début des années 1780. Le docteur Silkstone est un jeune anatomiste, passionné par son métier et promis à une belle carrière par ses professeurs. Pour parfaire ses connaissances, il est arrivé de Philadelphie et s’est installé à Londres, bénéficiant ainsi de l’enseignement des meilleurs et usant des corps des Londoniens. Sa renommée est telle que lorsque le comte de Crick meurt dans d’étranges et spectaculaires circonstances dans l’Oxfordshire, sa sœur, Lady Lydia, fait appel à ses services. Ne pouvant pas refuser à une si jeune et jolie lady son aide, Thomas Silkstone met alors les pieds dans une affaire criminelle de grande ampleur dans laquelle toute la noirceur des hommes semble devoir se déployer.

Si vous tapez sur internet « Thomas Silkstone », vous découvrirez en anglais de nombreux ouvrages signés Tessa Harris le mettant en scène. Il semblerait donc que nous ayons affaire à un personnage récurrent et au premier tome d’une série le mettant en scène. Autant vous le dire tout de suite, cela nous ravit ! Car cet anatomiste, qui écrit les premières pages de la médecine légale, est un bien sympathique gentleman, à la curiosité piquante et à l’intelligence avant-gardiste. Cadavre après cadavre, il apprend le fonctionnement de l’organisme et à déceler de nouvelles pathologies, enseignant ses découvertes à des étudiants mais aussi à ses pairs – toujours avec un grand respect pour ces enveloppes charnelles dont l’âme s’est enfuie. Pour autant, il ne s’attendait pas à ce que cette affaire criminelle, qui le mène à découvrir la prestigieuse ville d’Oxford et la beauté de ses campagnes, l’amène aussi à observer les pires travers de la nature humaine : ses dissections et études anatomiques ne lui avaient jamais appris les souffrances amères de la jalousie, la morsure de l’amour, l’ambivalence des liens familiaux ou l’odeur putride du ressentiment.

Alors qu’il ne s’y attendait pas, le voici donc plongé dans les affres d’affaires de familles minées par la haine et l’envie et dans laquelle le pire de ce que l’homme peut infliger à ses semblables prend vie. D’indices factuels en recherches anatomiques, Thomas va cependant tout mettre en œuvre pour trouver l’assassin du frère de Lady Lydia : expériences scientifiques, interrogatoires, observations, prélèvements d’organes, autopsies sur des cadavres putréfiés, allers-retours réguliers entre son laboratoire et la propriété de la famille Crick, expérimentations innovantes, … . Il est en effet fermement décidé à sortir celle que son coeur à choisi de son incertitude et de lui offrir les moyens de reprendre le cours de sa vie. Mais son savoir-faire et sa bonne volonté suffiront-elles ?

Tessa Harris dose très bien les indications scientifiques et anatomiques (qui sans conteste font l’originalité de ce roman, illustrant les immenses connaissances en la matière de l’auteure), les intégrant intelligemment dans son intrigue. L’enquête est très bien menée et le suspense efficace, permettant à l’auteure de nous surprendre jusqu’à la dernière page. Les rebondissements se succèdent, faisant apparaître les personnages tour à tour sous leur meilleur jour, puis le pire, disséquant leur personnalité. Car toute la richesse de ce thriller est là : on en apprend autant sur la nature humaine que sur la couleur et l’utilité des viscères !

Voici donc un premier opus très convaincant – à noter que depuis son succès aux Etats-Unis, il permet à Tessa Harris de vivre de sa plume, rien que ça ! – qui nous a séduites. On perçoit déjà le talent d’une auteure qui signe là son premier livre, et on ne peut que soupçonner que la suite des aventures de Thomas Silkstone nous ravira au moins autant.

NB : Mention spéciale pour la très belle couverture mais grosse interrogation : pourquoi « Meurtre » et non « Meurtres à Oxford »….?

« Le manoir des Lannélec » de Maurice de Kervénoaël (L’Archipel) * un roman honorable mais qui ne fera pas date

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Olivier et Guillaume étaient adolescents à la fin des années 1958. Originaires de Bretagne, ils se sont rencontrés à Paris, sur les bancs d’une prestigieuse école et ont tout de suite sympathisé malgré des origines sociales et des croyances religieuses différentes. Des études aux vacances, ils partagèrent tout durant des années, se venant en aide lorsque nécessaire et réinventant le monde. Ils s’engagèrent même lors des « événements » d’Algérie, certes pas pour les mêmes raisons mais se forgeant encore une expérience commune. Plus que leurs destins de jeunes hommes dans une société en pleine mutation, c’est l’histoire d’une époque que nous narre Maurice de Kervénoël : une époque d’émancipation pour les femmes, de sexualité libérée, de changements politiques, de réformes sociales dans le monde des affaires, de guerre non admise mais aux conséquences réelles dans la vie des Français, une époque aussi où on continue de se remettre de la Seconde Guerre mondiale dont les orphelins et veufs sont encore légion…

Si ce roman du terroir ne constitue pas une lecture passionnante et subit un rythme de narration lent et artificiel, il n’en reste pas moins bien écrit et bien documenté et met en scène des personnages marqués par leur fragilité et leur authenticité.