« Un coin d’azur pour deux » par Emma Sternberg (L’Archipel) * en route pour Capri!

En mai, peu à peu, le printemps avance et cède la place à l’été … enfin, normalement ! Parce que vous reconnaitrez que si vous parler de météo n’est pas original, nous sommes d’accord sur l’essentiel : quand pourrons-nous vraiment profiter de vrais rayons de soleil, chauds et réconfortants ? Et parce que je ne suis pas une grenouille-météo et autres jolies présentatrices divinatrices, je préfère, pour vous éviter la sinistrose, vous parler livres et romans ensoleillés ! Parmi eux, ce texte made in Germany reçu récemment et qui, immédiatement, fait du bien au moral : quelle belle couverture colorée et acidulée… on s’y croirait 😊 Et c’est donc d’autant plus volontiers qu’on se laisse embarquée pour Capri, l’Italie, et tutti quanti !

Emma Sternberg, allemande de son état, nous entraine en effet à la suite d’Isa, nouvellement célibataire et titulaire d’un poste qui la désespère, en bord de mer, du côté de Capri. Si la jeune femme ne pense pas que cette fuite résoudra tous ses problèmes, elle estime que répondre à cette énigmatique annonce promettant un été à Capri en échange de « travaux de documentation et de lecture » est une alternative saine à la déprime qui la guette. D’autant que rapidement, les tâches pour lesquelles elle est recrutée ne sont qu’un prétexte pour plonger dans les souvenirs d’une autrice à succès et découvrir les magnifiques paysages locaux. Pour autant, le soleil, les amitiés et pourquoi pas l’amour parviendront-ils à insuffler à Isa l’énergie et l’optimisme dont elle aura besoin pour se réinventer ?

Un coin d’azur pour deux, s’il ne révolutionne pas le genre, coche toutes les cases du roman feel good couplé au roman idéal pour l’été. Emma Sternberg maitrise les codes et sait faire vibrer les cœurs en mettant en scène deux histoires d’amour parallèles mais ô combien différentes, le tout dans des paysages de rêve. Et si en plus d’une belle lecture nous avions là trouvé la destination idéale pour cet été ?

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« Cassandra et ses sœurs » d’Anna Jacobs (L’Archipel) * déjà vu mais efficace

Après Le destin de Cassandra – que je n’ai pas lu, ce qui n’entrave pas cette lecture -, Anna Jacobs remet en scène les sœurs Blake, quatre jeunes femmes originaires d’Angleterre et obligées de quitter leur village pour se soustraire à la haine de leur tante. Elles ont ainsi dû, contre leur gré, gagner la sauvage Australie. Et si pour Cassandra, l’ainée, et pour les jumelles Maia et Xanthe cet exil semble finalement être le début d’une nouvelle vie à leur goût, Pandora reste quant à elle inconsolable : elle ne se fait pas au climat ni aux conditions de vie, et regrette sa chère campagne anglaise chaque jour un peu plus. C’est alors que survient inopinément Zachary Carr, envoyé par le notaire de leur oncle décédé pour leur faire part d’une nouvelle qui changera la vie des quatre sœurs pour toujours, à bien des égards.

Cassandra et ses sœurs est un roman d’évasion et féminin bien écrit, dans la pure lignée de ces textes qui nous plongent dans l’outback australien à l’époque de sa conquête par les Européens, nous dépeignant sa sauvagerie et sa beauté. Anna Jacobs fait se côtoyer des personnages attendus mais attachants, au destin sans surprise mais que l’on prend plaisir à suivre d’Australie en Angleterre. Ici au cœur de l’intrigue, Pandora est une jeune femme moderne pour son époque, libre, amoureuse et courageuse. Loin de se laisser abattre par les récentes épreuves traversées par toutes les quatre, elle en fait son moteur pour se bâtir une nouvelle vie, plus en accord avec ses aspirations et son cœur. Face à des adversaires déterminés et à l’adversité, Pandora se découvrira des amis, du courage et un amant. Peu original, certes, mais efficace.

« Où le cœur repose » de Tamara McKinley (L’Archipel) * un roman doudou à découvrir et à offrir!

Si vous nous suivez régulièrement, vous le savez : nous aimons nous « réfugier » dans les romans de Tamara McKinley, vrais « doudous » de lecture qui se dégustent en toute légèreté. Avec Où le cœur repose, nous retrouvons donc une auteure que nous apprécions et la Pension du bord de mer de Reilly que nous avons déjà eu le plaisir de suivre dans de précédents romans. Le tout fonctionne à nouveau très bien et si on n’est pas tellement surpris, on se régale toujours autant. Pourquoi se priver ?!

Comme pour les précédents titres de Tamara McKinley publiés sous pseudos (Ellie Dean), nous voici donc propulsés dans l’Angleterre de la Seconde Guerre Mondiale, entre Londres et Cliffehaven, sur la côte sud-est. Julie, infirmière et sage-femme, quitte la première suite au bombardement qui a tué tous les siens, pour s’installer dans cette ville côtière où elle espère trouver le soutien de sa sœur ainée, perdue de vue depuis des années. Elle y emmène aussi son neveu William, le fils de sa sœur cadette décédée et dont le père est porté disparu. En quelques jours, la vie de Julie a basculé mais la jeune femme est déterminée à continuer à exercer deux métiers qu’elle aime et à assumer la responsabilité de ce petit garçon – d’autant que le diagnostic tombe quelques mois plus tard : William souffre d’une maladie qui demande des soins et une attention importante. Mais si elle pensait fuir les plus importants dangers de la guerre, elle va découvrir le pilonnage intensif des côtes par les Allemands et les conditions de vie de « l’arrière », où les femmes travaillent à l’usine d’armement en espérant leurs enfants évacués à l’abri. L’occasion pour elle de se rendre compte que pour tous, ce deuxième conflit mondial a un impact direct sur le quotidien.

Tamara McKinley met en scène une nouvelle fois une femme malmenée par la vie et la Guerre mais qui décide de ne pas baisser les bras et de prendre en mains son destin, à une époque où c’est tout à la fois nouveau et nécessaire. Passionnée, Julie ne lâche rien et a la chance d’être prise sous l’aile de la famille Reuilly, qui revient de roman en roman et dont nous suivons le parcours durant la Guerre. Cette fois, elle sera comme tant d’autres largement touchée par le conflit, les plongeant dans l’affliction et la douleur. Là aussi, Julie mettra tout son cœur à adoucir les tourments de celles et ceux qui lui avaient tendu la main dès son arrivée.

« Des plumes sous ma couette » d’Amandine Cornette de St Cyr (L’Archipel)* une plongée savoureuse dans les coulisses de l’édition!

Bienvenue dans l’univers impitoyable et impayable de l’édition ! Anne, écrivain en mal de succès et résolue à tout (ou presque) pour l’atteindre, nous entraine à sa suite dans les méandres d’un univers de paillettes et de poudre (aux yeux). Si vous souhaitez continuer à penser que l’édition est un milieu à part, intellectuel et préservé, passez votre chemin ; si vous avez envie de rire des plus grands noms de la littérature, du journalisme et de l’édition actuelle (dont les personnages sont des reflets intéressants !), précipitez-vous ; si vous connaissez déjà l’édition, … et bien savourez !

Parce qu’Anne ne recule devant rien pour faire connaître ses deux premiers romans (passés complétement inaperçus en librairie et dans la presse), et va donc savamment collectionner les rencontres, les amants et les expériences en espérant trouver LA solution pour décoller. Drogue, couchages, copinages, incrust’ à des soirées, fréquentation des établissements les plus prestigieux, … La jeune trentenaire est déterminée et la suivre est savoureux – à sa suite, nous comprenons que la qualité d’un texte ne suffit pas pour rafler la mise, que connaître les bonnes personnes est là comme ailleurs une condition sine qua none pour percer, qu’être un homme reste l’argument principal pour obtenir un prix, et qu’écrivaine ou pas, une paire de belles jambes est un atout / un handicap certain. Du vieil académicien à l’écrivain maudit en passant par le scénariste amoureux des chats (tout écrivain qui se respecte se doit d’avoir un chat, non ?), elle va tout essayer, ne parvenant la plupart du temps qu’à t en apprendre plus sur la nature humaine ses nuances, souvent plus sombres.

Une plongée savoureuse et drôle dans les coulisses de l’édition – toute ressemblance avec des personnages et des faits ayant vraiment existé… n’est pas fortuite !

 

« La Vallée du Lotus rose » de Kate McAlistair (L’Archipel) * une lecture sans surprise mais qui tient ses promesses

Nous sommes en 1918. Alors que la Guerre fait rage sur le vieux continent, c’est un tout autre péril qui menace Jezebel, orpheline élevée dans un internat pour jeunes filles d’Angleterre : son parrain, dont elle est la pupille depuis la mort de ses parents, a décidé de lui faire traverser le monde à sa rencontre, pour un de ces mariages arrangés dont l’aristocratie britannique a encore le secret au début du 20ème siècle. Arrachée à son environnement, Jezebel embarque pour une aventure qui débute sur un luxueux paquebot et la conduira en Inde alors même que cette colonie anglaise rêve de se libérer du joug colonialiste. Des palais du maharadja aux confins des plantations d’opium, du luxe des réceptions à l’européenne à la violence des attentats contre l’occupant britannique, Jezebel va découvrir tout à la fois la violence des hommes et l’amour, l’amitié indéfectible et la peur viscérale.

Kate McAlistair nous offre une intrigue attendue et cousue de fil blanc, mais sauvée par un écrin magnifique : ses descriptions de l’Inde du début du 20ème siècle font rêver, lumineuses, colorées, et servent de décor à une description haute en couleurs mais sans concession d’une colonie sur le point de se soulever et d’une société européenne qui s’arcboute sur ses possessions orientales alors même que la Grande Guerre la laisse exsangue et transformée. Tout comme l’aristocratie à laquelle elle appartient, Jezebel est soumise aux diktats sociaux – mariage arrangé, racisme, statut, rang à tenir, … – mais résolue à s’en affranchir – par une éducation avant-gardiste, une liberté sentimentale chèrement acquise. Sans surprise, on se prend tour à tour à l’envie et à la plaindre, à l’admirer ou à vouloir la secouer, …. Mais parfois, pas besoin d’être surpris pour passer un bon moment !

Le contrat est rempli : le roman (fleuve) se lit bien, nous fait voyager, rêver au prince charmant, à l’amour romantique, frissonner, …. Bref, si vous aimez ce genre littéraire, laissez-vous emporter !