T’es sûr qu’on est mardi ?, Voutch, le cherche midi

« Ce n’est pas parce qu’on est tout petit, qu’on n’a pas de bouche (et souvent pas d’yeux non plus) qu’on n’a pas, comme tout un chacun, ses petits problèmes. » Voutch délaisse ses personnages au long nez pour le monde merveilleux des petites bêtes, des végétaux et des objets du quotidien. Car on n’écoute pas assez la voix des sans voix (ni bouche) : les épis de blé, les épingles à linge, les fourmis, les mollusques, les menhirs et les vers de vase ! Lire la suite

« Amuse-bouche » de Stéphane Carlier (le cherche midi) * délectable

Souvenez-vous, nous avions ADORÉ Grand amour et Les perles noires de Jacquie O de Stéphane Carlier, deux romans qui nous avaient émues et fait sourire. Vous imaginez donc bien que nous étions plus qu’impatientes de découvrir son nouveau roman, à la couverture si attrayante !

Cette fois, nous glissons avec ravissement dans les vies de Julien Forman, conseiller des Affaires étrangères en attente d’affectation, de Philippe Rigaud, diplomate qui voit approcher la retraite après une carrière en demi-teinte, de son épouse Marie-Ange, longtemps en retrait de sa propre existence, … Si tous les trois avait déjà eu l’occasion de se rencontrer – voire de discuter – une maladresse – que dis-je, une véritable boulette ! – va les précipiter dans un enchainement de circonstances pour le moins étonnantes, largement inconfortables, et totalement folles. Rien ne les avait préparés à ce déferlement de quiproquos, de malentendus, de révélations parfaitement orchestrés par un Stéphane Carlier au sommet de son art !

Vous l’aurez compris, Amuse-bouche (quel titre savoureux !!) est un chef d’œuvre, l’un de ces romans qui nous entraine de la première à la dernière page dans un univers à la fois familier et complétement décalé, mêlant la réalité et la fiction avec talent. On savoure les situations mises en scène chapitre après chapitre, se désolant parfois de la maladresse de Julien, se réjouissant souvent de l’émancipation de Marie-Ange, se délectant de la rencontre d’une galerie de personnages secondaires attachants, agaçants et si profondément… normaux. On glousse même parfois de voir mis en scène les travers des administrations françaises et internationales mais aussi des milieux privilégiés dans lesquels évoluent les personnages principaux. Ne vous y trompez cependant pas : comme dans ses précédents romans si cocasses et si drôles, Stéphane Carlier ne se limite pas à nous divertir. Entre les lignes, il y a des messages à lire : tolérance, absurdité des systèmes, dénonciations de stéréotypes et de l’intolérance ordinaire, …. Parce que rire de nos défauts est probablement la meilleure façon de les détecter et de les dépasser.

Amuse-bouche – mon Dieu quel titre inspiré quand on y pense ! -, ce sont donc 300 pages de plaisir que nous ne pouvons que vous conseiller de lire, d’offrir et de relire, et une nouvelle preuve (mais nous n’en avions pas besoin) que Stéphane Carlier est devenu pour nous un auteur incontournable.

« Le cri du corps mourant » Marcel Audiard (le cherche midi éditeur) * par Maîtresse Jedi!

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Comme tous les mardis, Puce, 14 ans, va chercher son petit frère François à la sortie de l’école. Ne le voyant pas arriver, elle s’en inquiète auprès de la maitresse et apprend qu’il est parti plusieurs heures auparavant avec son père. Le hic, François et Puce ne l’ont pas vu depuis que leur mère l’a mis à la porte six mois plus tôt. Sentant le coup fourré, Puce embarque ses quatre meilleurs amis dans une aventure rocambolesque sur les traces de truands un peu branques.

 

L’accroche en 4e de couv, « Le Club des Cinq en Bibliothèque noire », annonce la couleur. Et il y a en effet de vraies similitudes entre la série d’Enid Blyton et ce premier roman de Marcel Audiard, petit-fils de Michel. Là aussi la comparaison vient naturellement à la lecture : les personnages, des flics et des voyous, leur gouaille, le propos social (le bémol du livre pour moi car il alourdit inutilement le récit), le 18e arrondissement populaire et bigarré, jusqu’au titre qui rappelle celui d’un film d’Audiard Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques sorti en 1970 (année de naissance de Marcel !). Mais je trouverai dommage de ne réduire ce texte et son auteur qu’à l’illustre ascendance de celui-ci et à son accroche.

 

L’hommage et la parenté sont assumés. Une fois cela dit, nous pouvons nous laisser emporter par l’histoire de ces enfants qui ne s’en laisse pas compter. Car le vrai plus ce sont les personnages. J’ai particulièrement aimé François qui, du haut de ses 10 ans, tient tête à ses ravisseurs et leur damne le pion à de nombreuses reprises (les meilleurs moments de ma lecture). N’oublions pas Puce et sa bande (Louis, Mourad, Blanche et Castille), la mère, Odile, très grande dame dans les épreuves, Raoul, le père de François, un alcoolique patenté qui livre son fils à des truands peu conventionnels (ils cachent leur business d’extorsion derrière la respectabilité d’une ancienne clinique psychiatrique). Des personnages dont les trajectoires se télescopent dans un final explosif quoique un peu long et qui se clôt sur une révélation annonciatrice d’une suite (l’on m’a murmuré qu’il s’agirait d’une trilogie).

 

A suivre donc…

 

Maîtresse Jedi

 

« La confusion du monde » de Christian Carisey (le cherche midi) * Première chronique de notre « Nouvelle »!

 

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Janvier 1492, le monde est à l’aube d’une ère nouvelle. Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon achèvent la Reconquista avec la chute du dernier royaume musulman de la péninsule Ibérique, Grenade. Parmi les fidèles qui assistent à la messe célébrée dans la grande mosquée de la ville, Christophe Colomb, heureux lui aussi. Cette victoire met fin à une longue attente de six ans pour obtenir des souverains espagnols le financement de son expédition vers les Indes occidentales.

L’Histoire ne retient souvent qu’une date, oubliant l’avant et l’après des événements marquants. Ainsi, l’année 1492 est irrémédiablement liée à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Le pari réussi de Christian Carisey est de nous dévoiler ce qui s’est passé avant le départ de la Santa Maria, de la Niña et de la Pinta.

De 1486 à 1492, nous suivons les destins entremêlés des Rois catholiques sur le point d’achever leur longue guerre contre les Maures, du Grand Inquisiteur Tomas de Torquemada en pleine préparation de son décret d’expulsion des juifs (il sera appliqué également en 1492), du confesseur de la reine, Hernando de Talavera, du dernier émir de Grenade, Boadbil, et de Colomb bien sûr qui, tel une Pénélope, attend le bon vouloir de ses majestés (Pourquoi diable a-t-il attendu ? En effet, Colomb a un temps songé à demander l’aide du roi de France puisqu’Isabelle et Ferdinand ne se décidaient pas. Dommage…).
La mise en scène de cette longue attente du navigateur est à mes yeux la grande force de ce roman. On s’attendrit, on compatit, on s’énerve contre ses opposants lors des débats de la commission chargée d’étudier le projet (le voyage leur semblait trop périlleux,           la mer Océane étant immense et bordée de grands feux), on espère qu’il va enfin pouvoir prendre la mer… Pourtant, nous connaissons déjà la fin !

J’avoue, j’aime les romans historiques. Quand ils sont bien faits, comme ici, ils nous transportent en des lieux et des temps lointains. Et quand nous les refermons, en plus d’une très agréable lecture, nous avons le sentiment d’avoir appris plein de choses.

Maîtresse Jedi

« Une seconde chance » de Dani Atkins (Le cherche midi) * coup de coeur absolu, et larmes garanties

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Décidément, les éditions du cherche midi réalisent cette année une performance : la plupart des livres reçus et lus se placent directement parmi mes coups de cœur (Les derniers jours de Rabbit Hayes) ou dans mes meilleures lectures de l’année (Les perles noires de Jackie O.). Et Une seconde chance de déroge pas à cette « règle », puisque sans aucun doute je le classe parmi mes coups de cœur. Cependant, et tout comme Anna McPartlin, Dani Atkins parvient à nous faire pleurer comme rire, espérer comme abandonner tout espoir… J’ai fini ce superbe roman en larmes mais avec le cœur plein de joie, emplie d’un sentiment de bonheur incroyable mais anéantie par la rudesse de la vie. Un texte ambivalent donc, et dont l’ambivalence est d’autant plus fortement ressentie que sa construction est en deux parties.

Point de départ : Rachel et ses amis de lycée fêtent la fin de leurs vacances au restaurant. Ils vont tous très bientôt se séparer pour rejoindre des universités disséminées dans le pays. Une certaine nostalgie flotte donc, mais tous sont persuadés qu’ils se reverront bientôt, Rachel la première. Mais tout bascule alors qu’une voiture poursuivie par la police fonce dans la salle de restaurant et fauche Rachel ; ses amis ont eu le temps de fuir mais elle est restée bloquée par le mobilier renversé. Une vision la poursuit depuis : son ami Jimmy volant à son secours. Deux « après » sont alors déroulés par l’auteure, avec beaucoup de justesse et de sensibilité : cinq ans après, Rachel survit dans un petit appartement, hantée par le passé et sans foi en l’avenir. Son fragile équilibre mental menace alors de voler en éclat : sa meilleure amie se marie dans la ville qui l’a vue grandir et dans  laquelle s’est déroulé l’accident. Elle n’y est jamais retournée et appréhende ce retour forcé dans le passé et les retrouvailles, alors même qu’elle avait coupé les ponts avec tout le monde. Elle ne peut s’empêcher de les envier, de souhaiter que les choses se fussent passées autrement. Une réalité sombre, triste, mais un quotidien qu’elle a elle-même façonné avec ses nouvelles armes. Deuxième possibilité : cinq ans après, la vie de Rachel est conforme à celle qu’elle avait toujours souhaitée. Elle est fiancée à son amour de jeunesse, occupe un poste de rêve, est entourée d’amis et vit à Londres. Elle a a priori tout ce qu’elle pouvait espérer. Mais cette réalité-là est-elle celle qui la rendra la plus heureuse ?

Pour son premier roman, Dani Atkins signe un chef d’œuvre d’humanité qui m’a complètement bouleversée ; alors que l’on pourrait penser en regardant la couverture que c’est un roman léger (ce que sa date de parution peut également laisser présager en le classant parmi les lectures d’été), je ne vous conseille pas de le lire si vous souhaitez vous détendre. Si j’ai passé un moment magique, que j’ai adoré sa plume et admiré le talent avec lequel l’auteure a tissé ce roman, il n’en reste pas moins que j’ai beaucoup (beaucoup, beaucoup) pleuré, et que les réflexions sur la vie que ce texte entraine ne se prêtent pas du tout à la légèreté. Attention, j’ai adoré être ainsi entrainée dans ces deux univers parallèles se faisant écho tout en s’opposant radicalement. J’ai aimé que le soupçon s’invite dans la lecture – même si pour ma part, j’ai rapidement « choisi », « ressenti » la version que je pensais être « la vraie ». Ce qui a donc rapidement conduit aux premières larmes… Le personnage de Rachel est attachant, authentique, fort de ses faiblesses, et sera indubitablement l’un de ceux qui m’auront le plus touchée cette année.

Merci Solène pour cette belle lecture qui m’a, une nouvelle fois, faite pleurer – il va falloir que je me méfie de tes prochains envois. Merci aux éditeurs du cherche midi pour ces moments de lecture si forts, ces textes si authentiques. Et merci au graphiste pour cette couverture magnifique. Je suis une lectrice comblée !