« Les perles noires de Jackie O. » de Stéphane Carlier (le cherche midi)*intelligent et hilarant

Afficher l'image d'origine

Décidément, le cherche midi éditeur n’en finit pas de nous offrir des romans qui nous donnent le sourire ! Mais je vous avoue qu’en lisant le nom de Stéphane Carlier sur la couverture, j’étais à peu près sûre de ne pouvoir être déçue. Et bien voilà : je suis conquise ! Les perles noires de Jackie O. est un roman drôle, enlevé, une satire sociale intelligente et une nouvelle fois la preuve du talent de l’auteur. Oui, oui, rien que ça J

Stéphane Carlier y met en scène Gaby, femme de ménage de son état et qui, suite à des choix de vie qu’elle regrette un peu, s’est retrouvé un peu par hasard à s’occuper des intérieurs et des sous-vêtements de riches newyorkais. Mais voilà qu’un jour, elle trouve le moyen de changer de vie : l’un de ses patrons, IrvingZuckerman – celui qu’elle préfère, l’un des plus sympathiques mais aussi des plus riches, celui qui aime les hommes et qui a survécu aux camps de la mort, rien que ça ! – a laissé trainer sur un bout de papier le coffre de son coffre fort. Et dans ce coffre, des centaines de milliers de dollars côtoient des lingots d’or (oui, des vrais, bien jaunes, bien brillants, très lourds… !) et un collier de perles noires ayant appartenu à Jackie Kennedy dans sa deuxième vie. Gaby a certes des valeurs, mais elle a aussi des problèmes d’argent et un souci d’ego à résoudre. Elle va alors mettre en œuvre d’incroyables stratagèmes pour détourner l’attention de ce patron richissime, y compris les plus contestables moralement ! Jugez plutôt : elle demande à David, son neveu musclé à la gueule d’ange et à l’ambition démesurée de… séduire le viel homme, de plus de quarante ans son ainé. Mais s’il tombe évidemment sous le charme de ce beau gosse et tombe dans le piège, Irving va cependant une ultime fois démontrer au monde entier, et à une Gaby désemparée, que c’est lui qui mène la danse ! Car, vous le savez peut-être, détrousser un vieux gay richissime et qui vit dans l’Upper East Side nécessite un entrainement que la vieille femme, aussi motivée soit-elle, n’a pas – et ce ne sont pas ses complices improvisés et embarqués dans cette drôle d’histoire, qui vont l’aider à se dépêtrer d’un imbroglio auquel elle ne s’attendait pas, oh que non !

Vous l’aurez compris, tout dans ce roman est inattendu, loufoque, et pourtant particulièrement émouvant. On compatit au sort de Gaby, immigrée mexicaine qui a vu ses rêves d’avenir s’effondrer aux Etats-Unis et qui, pour survivre, s’est mise au service de ces riches personnes dont elle comptait un jour faire partie. Si elle évolue au quotidien dans de luxueuses demeures, elle ne peut pour sa part que louer un petit logement miteux… Comment alors résister à certaines opportunités, même si pour cela il lui faut revoir (renverser ?) son système de valeur ? Après tout, ce qu’elle souhaite, c’est que ses proches ne vivent pas les mêmes déconvenues – n’est-ce pas tout à son honneur ? D’autant que le vieil Irving n’y verra que du feu… ou pas ! Grâce à la plume si particulière et si attachante de Stéphane Carlier, on plonge dès les premières pages dans un récit où chaque personnage fait preuve d’audace, de courage,  et incontestablement de folie ! On rit, on soupire, on retient son souffle à chaque écueil (et il y en a !), on croise les doigts pour la réussite des plans successifs de Gaby (plan A, plan B, … etc !), bref, on les aime ces personnages !

Vous l’aurez compris, et je vous avais prévenu, j’ai adoré ce roman hilarant, décalé, décapant et si intelligent. Chapeau bas M. Carlier, car encore une fois vous nous avez régalé, en mettant au passage à mal de nombreuses idées reçues et en dénonçant racisme ordinaire, homophobie, ségrégation sociale, … avec humour !

« La conspiration Kolarich » de David Ellis (le cherche midi) * un très bon thriller judiciaire

Afficher l'image d'origine

Jason Kolarich est avocat, et un bon avocat – très bon. Il a l’habitude de représenter des malfrats, prenant comme un défi le fait de les disculper alors même que leur culpabilité est une évidence. Et s’il ne parvient pas à leur éviter la prison, aucun souci : ils la méritent. C’est grâce à cette philosophie professionnelle qu’il parvient à dormir sur ses deux oreilles et à accepter régulièrement de défendre des ordures. Mais le jour où une vieille femme vient le voir et lui demande de s’occuper de la défense de son neveu accusé de meurtre, Jason Kolarich ne réalise pas qu’il va mettre à mal ses certitudes de professionnel et s’engager dans une affaire qui, cette fois, va l’impliquer personnellement.

Car Tom Stoller est un jeune homme qui vit dans la rue depuis qu’il est revenu d’Irak ; vétéran, il souffre du si tristement célèbre syndrome post-traumatique après avoir connu et commis à Mossoul le pire. Atteint également de schizophrénie, il a été retrouvé en possession des effets personnels d’une jeune femme abattue un soir en pleine rue. Si Jason et son équipe veulent dans un premier temps rassembler des éléments pour monter un dossier prouvant la folie, ils se rendent tous rapidement compte que tout n’est pas si simple. En faisant le lien entre cette affaire et une autre impliquant la mafia locale, ils vont mettre le doigt sur une machination incroyable, bien  plus sombre et redoutable que prévu. Impossible alors de laisser croupir en prison un homme qui a tout donné à son pays et incapable de se défendre et coupable idéal. A force de recherches et de découvertes, Kolarich et ses proches vont devenir des cibles alors même que rien ne les y préparait. Voici planté le décor d’un thriller extrêmement efficace, très bien ficelé et au suspense redoutable.

Un thriller original aussi : David Ellis, après Caché, revient avec un texte largement caractérisé par l’utilisation des termes, procédures et autres codes du monde judiciaire. D’amendements en procédures, de plaidoiries en appels, on circule dans un univers codifié et impitoyable faits de jurisprudences et de dossiers impersonnels. Les dialogues sont passionnants et nous donnent à voir la réalité d’un système tentaculaire qui broie les prévenus s’ils n’y prennent pas garde et demandent à tous une vigilance de chaque instant. On évolue également dans une vision très américaine de la justice, largement paternaliste : entre punition et négociations, on prend en compte notamment le statut de vétéran de Tom Stoller, incluant une variable peut connue en France – la gratitude d’un pays à l’égard de l’un de ses enfants qu’il a envoyé en enfer.

On passe encore une fois avec David Ellis un très bon moment, servi par une plume précise et incisive. L’intrigue est passionnante, et elle nous permet de découvrir les affres du système judiciaire américain… instructif et éclairant.

« Le huitième livre de Vésale » de Jordi Llobregat (le cherche midi) * magistral

Nous sommes en 1888. Barcelone se prépare à « son » Exposition Universelle. Résolue à montrer au monde entier la modernité de ses installations et la qualité de vie qu’elle propose, la ville s’est longuement préparée pour apparaitre sous son meilleur jour. C’est dans cette atmosphère très spéciale que Daniel Caralt, jeune professeur à Oxford, retrouve sa ville natale pour y enterrer son père, éminent médecin local. Il l’avait quittée des années plus tôt suite à un drame familial qui l’avait conduit à fuir. Drame dont il pensait s’être remis, mais dont le souvenir et les séquelles l’assaillent dès son arrivée. Et s’il pensait regagner rapidement la nouvelle vie qu’il s’est efforcé de se construire outre-Manche, rien pourtant ne se passe comme prévu : et si son père n’était pas mort accidentellement ? Quelles sont ces recherches qu’il avait entreprises et pour lesquelles il s’était dévoué corps et âme les semaines précédant sa mort ? Et en quoi le manuscrit de Vésale, célèbre médecin du 16ème siècle, justifie-t-il tant de morts alors même qu’il avait été oublié depuis des centaines d’années ? Avec l’aide d’un journaliste à la réputation malmenée et d’un étudiant en médecine qui semble cacher bien des secrets, Daniel va se lancer dans une enquête aux confins du surnaturel, sur les pas d’un homme-démon, ou d’un démon fait homme, et sera contraint de revivre ce traumatisme qu’il avait si résolument tenté de fuir.

Sur plus de 600 pages, Jordi Llobregat, dont Le huitième livre de Vésale est le premier roman, signe un thriller magistral : qu’il s’agisse de l’intrigue ou du style, tous les éléments sont réunis pour faire de ce texte un chef d’œuvre. Au croisement de la médecine et de l’alchimie, dans Barcelone tiraillée entre ses croyances les plus sombres et l’appel de la modernité, tout se confond et est fait pour flouter les frontières entre la réalité et le cauchemar. Daniel est mieux placé que quiconque pour s’en rendre compte, lui qui tente de s’arracher à un passé tourmenté et de faire triompher le rationalisme qu’il prône. L’auteur parvient avec brio à dépeindre cette dualité, mettant en scène des personnages entre ombre et lumière, qui eux aussi semblent avoir beaucoup à cacher. Les faux semblants sont partout, créant page après page un suspense qui ne se dément pas. Chaque énigme mène à un autre mystère, et le tout s’imbrique à la perfection : l’intrigue est foisonnante, d’une richesse incroyable et extrêmement instructive. Barcelone est dépeinte de superbe façon, de ses bas-fonds les plus sordides à ses plus beaux chefs d’œuvres, construits à l’occasion de cette Exposition Universelle (ce que nous ne savions peut-être pas auparavant) ; on y côtoie au fil des chapitres ses aristocrates et ses artisans, ses prostitués et ses médecins, l’auteur nous faisant évoluer avec la même aisance et avec le même luxe de détails historiques des rues de passes aux écoles de médecine.

Dès les premières pages, le lecteur décèle « le double-fond » de l’intrigue : à travers des allusions, des tournures de phrases sibyllines, des indications de langage paraverbal, des dialogues allusifs, il est mobilisé et amené à rechercher par lui-même les indices et éléments manquants. Les fausses pistes sont nombreuses, les revirements réguliers, renouvelant à chaque fois l’intrigue principale et toutes celles dont elle s’enrichit. Impossible de s’arracher à la lecture de ce pavé (car c’en est un !), et on arrive à la fin de ce thriller en regrettant un peu qu’il s’achève déjà. Paradoxal pour un pavé, non ?

Le huitième livre de Vésale est, vous l’aurez compris, une superbe réussite, un thriller haletant et passionnant, mené avec intelligence et un talent incontestable. Un seul mot s’impose : magistral.

« Les derniers jours de Rabbit Hayes » d’Anna McPartlin (le cherche midi) * sublime

Les derniers jours de Rabbit Hayes

Je vous l’ai noté sur Facebook : ce livre m’a fait pleurer. De tristesse bien sûr, puisque comme le titre l’indique il s’agit ici de parcourir les derniers jours de la vie de Mia Hayes, dite Rabbit. De bonheur aussi face à un roman si humain et si sensible, si juste aussi. Parce que comme Rabbit, sa fille Juliet et leur famille, nous sommes tous confrontés à la fin de vie et pourtant la plupart d’entre nous nous sentons tellement seuls et démunis.

Avec beaucoup de tact, Anna McPartlin nous donne donc à voir toute la détresse d’une jeune femme de 40 ans qui sent bien que sa vie prend fin mais refuse de laisser sa fille de 12 ans, Juliet. On ressent toute la détresse de cette adolescente qui a pris l’habitude de materner sa mère malade à l’idée de la perdre, et l’inexorable prise de conscience que la mort frappera prochainement. On entend la révolte d’une mère qui refuse de baisser les bras mais dont toutes les armes s’émoussent peu à peu, le désarroi d’un père qui ne sait appréhender la mort de sa plus jeune fille. On compatit avec son frère et sa sœur qui peinent à imaginer l’avenir sans elle et qui pourtant savent qu’il leur faut envisager ce que sera la vie de leur nière « après ». Enfin, on suit Rabbit dans ses rêveries comateuses dans lesquelles elle retrouve son amour de jeunesse, le beau Johnny, et revit son enfance et son adolescence largement baignées dans la musique. Le tout se mêle harmonieusement, donnant un roman authentique et juste, qui nous fait rire et nous arrache des larmes tour à tour. La proximité de la mort exacerbe chaque réaction, rend chaque étreinte plus intense, chaque rire plus beau.

Plus Rabbit accepte l’échéance, plus le refus de ses proches à envisager qu’elle puisse disparaitre s’intensifie et se fait désespéré ; cette narration en miroir rend la lecture à chaque page plus émouvante et est servie par un choix lexical intelligent et juste, le tout rehaussé d’un humour souvent noir. En résulte l’un des plus beaux romans de ce début d’année, d’un optimiste rare et salutaire.

PS : je ne peux que vous conseiller la lecture de ce livre, ne serait-ce que pour la beauté de l’ultime chapitre… j’en pleurerai presque encore

Balthazar tête de bois

Afficher l'image d'origine

Présentation de l’éditeur:

Balthazar, dès le jour de sa naissance, étonne par son regard, sa curiosité et sa volonté hors du commun… Mais il possède quelque chose en plus. Il a le don magique – et infaillible – de détecter les mensonges.

Surnommé Tête de bois, posant des questions sur tout, déjà à l’école il se demande si ce qu’on lui enseigne est bien la vérité… Dans ce monde qui lui parait cruellement manquer de rêve, il rencontrera tour à tour une diseuse de bonne aventure, un footballeur, le roi du Château des envies, une sage-femme, Harmonica le vagabond, un professeur triste, et bien d’autres qui l’aideront à se construire. Dans sa quête permanente d’une liberté et d’une identité propre, c’est finalement une petite fille qui lui fera découvrir qui il est vraiment, tandis que Balthazar lui montrera un autre chemin que celui tracé par les conventions.

Véritable réflexion sur la notion de réussite, sur la place de chacun dans la société, et surtout sur la liberté, ce conte baigne dans une atmosphère à la fois magique et populaire, située quelque part entre Tim Burton et Georges Brassens, entre Jacques Prévert et Paulo Coelho.

Un conte musical raconté par Sylvie Testud, illustré par Lydie Baron et chanté par Pierre Perret, Cali, Thomas Fersen, Élodie Frégé, Hubert Mounier, Matthew Caws (Nada Surf), Michel Fugain, Marie Gillain, Colotis Zoé, Alex Lutz et Ben Mazué dans un disque de quatorze chansons.

 Afficher l'image d'origine

Voici un résumé particulièrement bien fait et qui donne une idée exacte de la qualité de ce conte musical. Quelle valeur ajoutée ce CD, quelles belles mélodies pleines d’enthousiasme, de bonne humeur et de jolis messages. Page après page et morceau après morceau, petits et grands se prennent de passion pour la vie si atypique de ce petit Balthazar affublé du pouvoir magique de tout comprendre dès sa naissance, et de déceler tous les mensonges. Il côtoie des personnages hauts en couleurs qui chacun lui apportent des éléments de réponses en chansons enjouées ; chaque étape de son voyage est en effet accompagnée d’une jolie chanson qui ravira les tout-petits par leur rythme et leur mélodie et dont les paroles résonneront aux oreilles des plus grands comme des conseils à conserver dans un coin de sa tête. L’occasion aussi pour les parents de s’interroger sur les valeurs qu’ils veulent vraiment transmettre à leurs enfants, et de remettre à leur place certaines choses qui ont tendance à prendre bien trop de place au quotidien.

Résultat de recherche d'images pour "balthazar tete de bois"

C’est donc véritablement un coup de cœur que je vous fais partager derrière cette sixième fenêtre de notre calendrier de l’avent, plein d’optimisme, de bonne humeur et d’espoir en l’avenir. N’est-ce pas justement ce dont nous avons (désespérément) besoin actuellement ?