« Quand tu descendras du ciel » de Gabriel Katz (Le Masque) * de L’Opéra à Venise

Benjamin trouve décidément que Noël revient trop rapidement. Cette année encore, il n’a pas tellement de projet et parce qu’il faut bien vivre, a accepté une mission à l’Opéra de Paris où il va toute la soirée faire ouvrir les sacs des spectateurs endimanchés. Pas passionnant, mais au moins ça paie bien. Un peu blasé notre ami, jusqu’à ce qu’il se transforme en chevalier servant pour arracher une jolie danseuse des griffes d’un admirateur un peu collant. De fil en aiguilles, Ophélie – joli prénom ! – va lui expliquer que depuis quelques temps, elle est victime d’un mystérieux fan qui lui adresse des SMS qui ne laissent aucun doute : il la suit partout, la photographie en tous lieux et est bien décidé à lui prouver qu’il est l’homme qu’il lui faut. N’écoutant que son courage (et son cœur d’artichaut), Benjamin décide de se faire garde du cœur… Bon, ok, il espère aussi qu’elle finira par craquer pour lui autant qu’il en pince pour elle. Vaste programme,  d’autant plus complexe que d’inexactitude en vrais mensonges, le voilà propulsé au rang d’ancien agent spécial reconverti dans la sécurité privée – et donc parfait rempart contre le corbeau et les autres menaces qu’il ne va pas tarder à identifier… Mais dans quoi s’est-il encore fourré ?

Gabriel Katz propose dans ce nouveau roman une plongée dans le monde impitoyable des danseurs et de l’Opéra : coups bas, pressions, harcèlement, compétition, … Si vous ne le saviez pas encore, c’est l’occasion de découvrir à quel point ce microcosme qui fait tant rêver peut devenir un véritable cauchemar. Sur les pas d’Ophélie et Benjamin, l’auteur nous entraine dans une intrigue qui nous fera voyager de Paris à Venise et côtoyer tout à la fois les paillettes de l’Opéra et les pires mafiosi vénitiens. Vous ne comprenez pas la transition ? Hônnetement, je me suis un peu perdue aussi (et n’accusez pas seulement mon sens de l’orientation lacunaire) ; si j’ai aimé l’intrigue qui s’étoffe et qui va crescendo, je l’ai au final trouvée décousue et quelque peu incohérente. Les transitions sont peu convaincantes, et il m’a parfois semblé tomber dans la caricature (du mafieux italien, du séducteur plein aux as qui roule les R, …). Attention, je ne vous dis pas que je n’ai pas aimé – seulement si vous aimez les intrigues qui tiennent la route, celle-ci va peut-être vous surprendre. Pour ma part (et peut-être toujours à cause de ce fameux sens de l’orientation inexistant), j’ai aimé me laissé balader et j’ai accepté de bonne grâce ces changements inopinés de direction.

Quand tu descendras du ciel ne me laissera donc certes pas un souvenir impérissable, mais j’ai passé un très bon moment et me suis laissée entrainée avec plaisir. Après tout, n’est-ce pas propre d’un bon roman ?

« Le Piège de verre » d’Eric Fouassier (Lattès) * Un auteur à suivre

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Souvenez-vous : nous avions adoré Bayard et le crime d’Amboise  d’Eric Fouassier (Le Masque), qui cet été nous avait redonné foi en les romans historiques. Quel ne fut pas notre enthousiasme en recevant également Le Piège de verre, cette fois aux éditions Lattès, et qui met également en scène la courageuse et déterminée Héloïse Sangar, rare femme apothicaire dans la France du début du 16ème siècle. Plusieurs années après ses aventures qui lui avaient permis de rencontrer le chevalier Bayard, ami et bien plus dans le secret de son cœur, elle est de nouveau sollicitée par Anne de Bretagne pour l’aider à résoudre une affaire qui semble menacer la Cour et le Roi. Trois alchimistes à travers le royaume ont été découverts morts dans d’affreuses conditions – des meurtres rapidement qualifiés de diaboliques. Précédée par une réputation de femme intelligente, érudite et déterminée, Héloïse est donc amenée à mener l’enquête avec le fidèle Comballec sur les pas de comploteurs affiliés au Diable et résolus au pire. Persuadée que Bayard l’a oubliée, la jeune femme se jette à cœur perdu dans cette quête qui l’amène à frôler la mort de bien près. Mais que serait sa vie sans son chevalier, parti combattre à l’autre bout de l’Europe.

Une nouvelle fois, nous nous laissons entrainer dans les pas de cette jeune héroïne si belle et si forte, féministe avant l’heure et décidée à mener la vie qu’elle dont elle rêve. Face au danger, elle se dresse courageusement et met sa science et ses connaissances au service de la Reine. D’Orléans à Blois, Comballec – qui a bien du mal à rester insensible au charme de la belle – et Héloïse pourchassent de redoutables ennemis de la monarchie et de Dieu, tentant de contrecarrer leurs démoniaques desseins. Et lorsqu’au fil de ses voyages elle apprend les honorables raisons qui ont conduit le chevalier de son cœur à s’éloigner d’elle, elle entreprend également de le retrouver et de le ramener auprès d’elle. Mais Héloïse parviendra-t-elle à survivre assez longtemps pour savoir si Bayard partage ses sentiments ?

De rebondissements en enlèvement, de mystérieuses énigmes en jeux de pistes savamment enrichis d’obstacles, Eric Fouassier nous livre un roman à suspense parfaitement mené, historiquement remarquable, et passionnant. Et parce que les dernières pages laissent à penser qu’une suite sera donnée à ce texte, nous ne manquerons pas de nous précipiter lorsqu’elle sera disponible.

« Bayard et le crime d’Amboise » d’Eric Fouassier (Le Masque) * amour et conspiration

1498. Amboise est en deuil : le roi Charles VIII est mort suite à un malheureux accident domestique. C’est tout au moins la version officielle répandue par ses proches. Une version rapidement contestée par un jeune seigneur récemment arrivé et à la Cour et qui s’était jusque-là uniquement distingué sur les champs de bataille – un certain Bayard. En lus de l’agilité à l’épée, le jeune homme est également doué d’un esprit vif qu’il compte bien mettre à profit pour faire toute la lumière sur cet étrange décès. Cependant, le Seigneur Bayard, aussi expérimenté soit-il au combat ou sur un terrain de jeu de paume, c’est en novice qu’il se pose en politique et … en amour. Et il va vite découvrir que ces deux inconnues compliquent considérablement une équation déjà bien compliquée. Bayard se devra donc de jouer finement et de voir clairement dans le jeu de ses adversaires, mais aussi de sa belle, s’il veut honorer la promesse faite à la Reine et démêler une affaire des plus obscures.

Il y a quelques semaines, j’ai eu le plaisir de participer à l’opération L’Eté des Readers, qui une nouvelle fois m’a permis d’être mise en relation avec un binôme et d’offrir et me faire offrir un livre surprise. Puisque je ne vous apprends rien en vous disant que choisir un livre pour un(e) inconnu(e), ma binôme et moi nous sommes suggéré une liste de romans parmi lesquels j’avais mis… 2 romans d’Eric Fouassier ! Et découvrir Bayard et le crime d’Amboise  ne peut que m’inciter à lire rapidement le grand format paru chez Lattès récemment et me réconcilier avec les romans historiques, que j’avais assez largement laissés de côté suite à des déceptions consécutives. Mais quel plaisir de retrouver mes « automatismes » de lectrice de roman d’époque, de croiser à nouveau des personnages historiques au détour d’une fiction, de déambuler dans des décors richement décrits, d’articuler les petites histoires à la grande Histoire. Autour de la « vraie » mort suspecte d’un souverain français, Eric Fouassier est parvenu à exploiter les zones d’ombres d’un fait authentique et les troubles politiques avérés d’une époque pour dérouler une intrigue passionnante, qui régulièrement se raccroche au réel. Le jeune chevalier Bayard devient un enquêteur hors pair mais aussi un ami – puis un bon ami – attachant dont on se plait à observer les agissements et suivre les déductions, et parfaitement mis en scène par un auteur à la plume inventive et captivante. Le tout fonctionne parfaitement, et Bayard et le crime d’Amboise est sans conteste un roman à conseiller à tous les amateurs d’Histoire, et d’histoires intelligentes.

« Il n’y a pas de passé simple » de François-Henri Soulié (Le masque) * Prix du premier roman du Festival de Beaune

"Il n'y a pas de passé simple" de François-Henri Soulié - Editions du Masque

Récompensé par le prix du premier roman du Festival de Beaune, Il n’y a pas de passé simple s’ancre parfaitement et immédiatement dans une lignée de très bons romans policiers avec son héros apprenti journaliste et motard confirmé, solitaire et rêveur. François-Henri Soulié et Skander entrent donc par la grande porte dans le monde très convoité du polar, et nous entrainent à leur suite dans leurs délires et à la rencontre de gentils fantômes, d’un poisson jaune que l’on soupçonne philosophe, d’un groupuscule nazi adepte de la violence et de l’intimidation et d’un pan de l’histoire de ce paisible coin du Sud-Ouest ô combien glauque. Une lecture hilarante et originale donc, largement marquée par une certaine noirceur humaine finalement trop ordinaire, qui mérite largement d’être partagée et recommandée.

Skander est journaliste, enfin non, stagiaire journaliste au Courrier du Sud-Ouest. Il y a un petit cagibi dans lequel il a la fierté d’écrire son premier article publié : une présentation de l’abbaye cistercienne de la ville dont les habitants sont très fiers et qui est auréolée d’une légende à propos d’un trésor caché. Rien de très original me direz-vous ? Sauf que dès le lendemain, Skander est bien obligé de constater qu’il a soulevé quelque chose : l’un des hommes qu’il a interrogé pour obtenir des informations sur l’histoire du lieu est retrouvé mort, son appartement est mis à sac, on lui conseille de taire ce qu’il a appris, … Une dynamique infernale agrémentée qui plus est des visions récurrentes d’une fantôme bien roulée dont il tombe amoureux. Dingue. Et ce n’est que le début d’une succession d’événements dangereux, incroyables et fascinants pour le journaliste qu’est Skander qui le méneront à se rendre compte que l’Histoire avec un grand H a dans cette petite commune tranquille laissée de nombreuses traces sanglantes et inavouables.

François-Henri Soulié tisse page après page un polar riche et dense, dans lequel plusieurs intrigues se croisent, se complètent, se font écho. On est tour à tour secoué de rire et d’horreur, fasciné par l’Histoire et horrifié par ses acteurs, impressionné par l’intelligence et la bonté humaines et la noirceur des actions de m’Homme. Aucun temps mort, on parcourt ce texte à toute vitesse, entrainé par les personnages et des intrigues de très grande qualité. Entre passé et présent, entre vengeance et justice, entre réalité et rêve, nous suivons Skander sur sa bécane à la poursuite de la vérité, dont finalement il se serait bien passé. Etre ainsi confronté à la nature humaine le pousse à considérer Blb son poisson jaune comme l’un des garants de sa santé mentale, et on n’est pas loin de faire de même !

Et comme on nous annonce en 4è que ce titre est un premier tome, on vous le dit : on suivra les aventures de notre ami Skander et de notre mascotte Blb avec un immense plaisir!

 

Trois fourmis en file indienne, Olivier Gay, Le Masque

Grande satisfaction de retrouver notre clubber narcissique et maladroit dans ce 4e tome hilarant !

Après le ton un peu plus sombre du précédent, Fitz semble avoir un peu muri…. ( ! ) En apparence. Son hacker qu’il a surnommé Bob, envers qui il a une dette lui demande de se rendre sur une île appartenant à un milliardaire. Des plages de sable fin, de l’eau à perte de vue, il n’en faut pas plus pour appâter Fitz.

Mais la mission qu’il doit accomplir vient ternir l’image de ces vacances improvisées ; comment s’introduire dans le bureau de ce milliardaire, déposer un keylogger sur son ordinateur, et s’en sortir vivant ? Avec pour seule couverture la vente aux enchères d’œuvres d’art rares, et son ex Jessica, commissaire de police, qui l’accompagne.

Des soldats, des fusils d’assaut, une jungle remplie de bêtes dangereuses… L’accueil réservé à Fitz n’est pas des plus simples pour accomplir sa mission. Les vacances peuvent très vite virer à la catastrophe…

Un roman aux allures de James Bond, avec énormément d’action, de suspense et de rebondissements. Et dans le rôle de James Bond… Fitz ! Cela donne donc une aventure folle, drôle et perturbée par la poisse légendaire de notre héros. De l’humour à gogo, quelques petites blagues salaces (Olivier tu t’es lâché !), moins sombre que le précédent comme l’annonce la couverture avec cette image paradisiaque.

Le prologue pourtant, n’annonçait rien de tel. Un passage émouvant que je tiens à souligner car on y découvre une autre facette de l’écriture d’Olivier Gay. Il nous avait tellement habitués à nous faire rire, mais l’on découvre avec ce prologue qu’il peut tout aussi bien émouvoir et toucher le lecteur.

Et que dire de ce titre ? Olivier se démarque par l’originalité de ces titres, tout en gardant l’esprit du livre. Mais alors pour celui-ci, il frappe fort ! Je ne peux m’étendre plus pour ne rien dévoiler, je ne peux que vous dire que c’est magistral !

Pas d’essoufflement, pas de redondance car le personnage de Fitz évolue sans cesse et toujours ce suspense incroyable à la fin. Une question demeure et prend de plus en plus d’importance à l’issue de de chaque livre ; qui est vraiment le hacker ?

Réponse (peut-être) au prochain épisode…

kitty