« Un coin d’azur pour deux » par Emma Sternberg (L’Archipel) * en route pour Capri!

En mai, peu à peu, le printemps avance et cède la place à l’été … enfin, normalement ! Parce que vous reconnaitrez que si vous parler de météo n’est pas original, nous sommes d’accord sur l’essentiel : quand pourrons-nous vraiment profiter de vrais rayons de soleil, chauds et réconfortants ? Et parce que je ne suis pas une grenouille-météo et autres jolies présentatrices divinatrices, je préfère, pour vous éviter la sinistrose, vous parler livres et romans ensoleillés ! Parmi eux, ce texte made in Germany reçu récemment et qui, immédiatement, fait du bien au moral : quelle belle couverture colorée et acidulée… on s’y croirait 😊 Et c’est donc d’autant plus volontiers qu’on se laisse embarquée pour Capri, l’Italie, et tutti quanti !

Emma Sternberg, allemande de son état, nous entraine en effet à la suite d’Isa, nouvellement célibataire et titulaire d’un poste qui la désespère, en bord de mer, du côté de Capri. Si la jeune femme ne pense pas que cette fuite résoudra tous ses problèmes, elle estime que répondre à cette énigmatique annonce promettant un été à Capri en échange de « travaux de documentation et de lecture » est une alternative saine à la déprime qui la guette. D’autant que rapidement, les tâches pour lesquelles elle est recrutée ne sont qu’un prétexte pour plonger dans les souvenirs d’une autrice à succès et découvrir les magnifiques paysages locaux. Pour autant, le soleil, les amitiés et pourquoi pas l’amour parviendront-ils à insuffler à Isa l’énergie et l’optimisme dont elle aura besoin pour se réinventer ?

Un coin d’azur pour deux, s’il ne révolutionne pas le genre, coche toutes les cases du roman feel good couplé au roman idéal pour l’été. Emma Sternberg maitrise les codes et sait faire vibrer les cœurs en mettant en scène deux histoires d’amour parallèles mais ô combien différentes, le tout dans des paysages de rêve. Et si en plus d’une belle lecture nous avions là trouvé la destination idéale pour cet été ?

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« Les petites tempêtes » de Valérie Chevalier (Hurtubise) – Une idéale lecture plaisir

Souvenez-vous, nous avions adoré Tu peux toujours courir (Charleston) – tellement adoré que nous n’avons pas hésité une seconde en apprenant que son nouveau roman sortait à peu près en même temps au Québec (aux éditions Hurtubise)à faire le nécessaire pour l’avoir !!! Et oui, l’océan Atlantique est tellement peu de chose 😊

Et autant vous le dire tout de suite : Raphaëlle et ses aventures en valent très largement la peine !

Raphaëlle, nous la rencontrons par une stressante journée de rentrée scolaire alors qu’elle est adolescente. Réservée – voire renfermée -, elle a pourtant une certitude en voyant Chanterelle entrer dans la salle de classe : cette fille lui plait, et elle sera ainsi la parfaite voisine de bureau puis l’exubérante amie qu’elle gardera précieusement à ses côtés. Car Raphaëlle en est persuadée : la vie est une succession de tempêtes, dont certaines conduisent certes à de jolies rencontres, mais dont la plupart conduisent au naufrage. Se doter d’une bouée est donc une question de survie.

Au fil des chapitres, Valérie Chevalier dépeint avec authenticité et un humour efficace les étapes essentielles de la vie de la jeune fille, bientôt devenue femme : de la première fois au premier amour, des études abandonnées au métier-passion exercé avec talent, Raphaëlle, tel un bateau livré aux caprices de la mer, se laisse bercer ou s’efforce de ne pas sombrer. Parce que la vie est ainsi faite n’est-ce pas : on gagne et on perd, on aime et on pleure, on fait des compromis et on affirme ses valeurs, … on se découvre en un mot, et on se rend compte que si les autres sont essentiels à ce que nous sommes, c’est probablement parce qu’ils sont nos plus beaux révélateurs.

Une nouvelle fois, Valérie Chevalier met en scène une héroïne parfaite… et parfaitement à notre image. Maladroite, rêveuse, talentueuse, effrayée parfois, têtue souvent, fêtarde à ses heures, et obsédée par l’amour (des autres et avec un grand A), Raphaëlle est comme nous – et nous l’adorons rapidement pour ça !

Quel plaisir de se plonger dans ce roman frais, profond et terriblement bien écrit – quel plaisir de lire un nouveau roman de Valérie Chevalier – quel plaisir de vous en parler et de vous le conseiller.

Croisons maintenant les doigts pour que ce roman traverse bientôt l’Atlantique pour arriver le plus largement possible dans nos bibliothèques !

« Amuse-bouche » de Stéphane Carlier (le cherche midi) * délectable

Souvenez-vous, nous avions ADORÉ Grand amour et Les perles noires de Jacquie O de Stéphane Carlier, deux romans qui nous avaient émues et fait sourire. Vous imaginez donc bien que nous étions plus qu’impatientes de découvrir son nouveau roman, à la couverture si attrayante !

Cette fois, nous glissons avec ravissement dans les vies de Julien Forman, conseiller des Affaires étrangères en attente d’affectation, de Philippe Rigaud, diplomate qui voit approcher la retraite après une carrière en demi-teinte, de son épouse Marie-Ange, longtemps en retrait de sa propre existence, … Si tous les trois avait déjà eu l’occasion de se rencontrer – voire de discuter – une maladresse – que dis-je, une véritable boulette ! – va les précipiter dans un enchainement de circonstances pour le moins étonnantes, largement inconfortables, et totalement folles. Rien ne les avait préparés à ce déferlement de quiproquos, de malentendus, de révélations parfaitement orchestrés par un Stéphane Carlier au sommet de son art !

Vous l’aurez compris, Amuse-bouche (quel titre savoureux !!) est un chef d’œuvre, l’un de ces romans qui nous entraine de la première à la dernière page dans un univers à la fois familier et complétement décalé, mêlant la réalité et la fiction avec talent. On savoure les situations mises en scène chapitre après chapitre, se désolant parfois de la maladresse de Julien, se réjouissant souvent de l’émancipation de Marie-Ange, se délectant de la rencontre d’une galerie de personnages secondaires attachants, agaçants et si profondément… normaux. On glousse même parfois de voir mis en scène les travers des administrations françaises et internationales mais aussi des milieux privilégiés dans lesquels évoluent les personnages principaux. Ne vous y trompez cependant pas : comme dans ses précédents romans si cocasses et si drôles, Stéphane Carlier ne se limite pas à nous divertir. Entre les lignes, il y a des messages à lire : tolérance, absurdité des systèmes, dénonciations de stéréotypes et de l’intolérance ordinaire, …. Parce que rire de nos défauts est probablement la meilleure façon de les détecter et de les dépasser.

Amuse-bouche – mon Dieu quel titre inspiré quand on y pense ! -, ce sont donc 300 pages de plaisir que nous ne pouvons que vous conseiller de lire, d’offrir et de relire, et une nouvelle preuve (mais nous n’en avions pas besoin) que Stéphane Carlier est devenu pour nous un auteur incontournable.

« Les mondes de l’Arbre 1, Céleste et la Prophétie » de Sophie Henrionnet (PlayBac) *un premier tome prometteur

Céleste est l’aînée d’une turbulente fratrie de 4. Suite à un récent changement de vie de ses parents, elle emménage avec sa famille dans une grande maison où, enfin, chaque enfant aura sa propre chambre. Une bien mince consolation quand on pense qu’à quelques semaines de sa rentrée en 4ème elle doit envisager un nouveau collège et une nouvelle année scolaire loin de ses anciens amis, de ses habitudes et de son ancienne vie. Pour couronner le tout, voici qu’il semble se passer de drôles de choses dans l’abri de jardin qu’elle a transformé avec son frère Anatole en QG : la porte qui s’y matérialise quand elle rentre dans le cabanon est-elle bien réelle ? Il semblerait que oui, puisqu’Anatole la voit aussi… Et cette incroyable apparition n’est que le début d’une série de révélations qui va les plonger dans une aventure qui s’annonce toute aussi trépidante que dangereuse.

Car derrière cette porte se cachent un fabuleux Arbre et le peuple des Gudruths, petites créatures dépositaires d’incroyables secrets et garantes de l’ordre dans divers mondes ; Anatole, Céleste et leurs amis vont en effet devoir se faire à l’idée : leur monde (et le nôtre) n’est qu’un monde parmi d’autres, et si les liens et passerelles entre les uns et les autres sont invisibles et inconnus de la plupart des créatures qui les peuplent, le prodigieux chamboulement que prépare la démoniaque Méléna risque bien d’avoir des répercussions redoutables dans chacun des mondes de l’Arbre. Céleste, jeune fille sans histoire qui peine à se faire de nouveaux amis au collège, va alors se retrouver investie d’une mission primordiale dont rien de moins que la survie de l’Arbre dépend.

Sophie Henrionnet, que nous avions découverte avec Tout est sous contrôle (Charleston) et Il était deux ou trois fois (Zethel), signe là le premier tome d’une série fantastique qui s’annonce palpitante. Tout y est : magie, compagnons, missions dangereuses, créatures magiques, prophétie millénaire, dragons et même… thé à la sauge ! On se pend rapidement dans les fils de cette intrigue très bien menée qui se déroule page après page, mêlant descriptions (après tout, il s’agit d’un premier tome donc il convient de bien mettre en place le décor et de présenter comme il se doit les personnages) et aventures. Si Céleste semble être une jeune fille déterminée mais raisonnable, on rit beaucoup aux répliques de son petit frère Anatole (et du ridicule de certaines situations dans lesquelles il se met !), et on s’émeut de la complicité de ces deux enfants confrontés à l’insu de leurs parents et du monde à des dangers dont l’existence même leur était inconnue.

Céleste et la Prophétie est donc un roman fantastique qui laisse envisager une série jeunesse qui ravira petits et grands lecteurs. Mention spéciale à la couverture enfin : wahou !!!

J’ai rencontré Sophie Henrionnet lors de mon passage au Printemps du livre de Montaigu où j’ai pu lui faire dédicacer mon roman et constaté à quel point elle est sympathique et souriante ! Merci !

 

« Avant toi » de Jojo Moyes (Milady) * une comédie romantique pour sortir de sa zone de confort

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Louisa – ou Lou –  est une jeune femme à la vie bien rangée. Issue d’une famille heureuse mais très modeste, sa vie bascule le jour où elle apprend que l’établissement dans lequel elle travaille comme serveuse dans une petite ville touristique anglaise ferme. Si elle ne veut pas quitter la ville et ses parents, elle se rend pourtant compte que trouver un nouveau travail à proximité peut se révéler très compliqué – et ce n’est pas l’agence pour l’emploi qui va pouvoir lui apporter des solutions.

Pourtant un jour, elle accepte de passer un entretien pour un poste très particulier ; si elle ne comprend pas exactement ce qu’on attend d’elle, elle accepte – pour un salaire très intéressant – de devenir l’aide-soignante et l’accompagnatrice de Will, trentenaire tétraplégique après un accident, et entièrement dépendant. Lou se dit d’ailleurs que c’est pour cela qu’il est devenu si détestable et odieux – mais elle n’a pas le choix, le salaire est plus que nécessaire à sa famille, d’autant que son père va rapidement se retrouver au chômage. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Lou tente alors d’apporter un peu de réconfort, de compagnie et de chaleur humaine à ce jeune homme à la santé chancelante, à l’humeur changeante et au sourire ravageur. Un poste qui va définitivement chambouler toutes ses certitudes et toute sa vie… A moins que ce ne soit elle qui parvienne à rendre celle de Will plus supportable.

Jojo Moyes nous offre avec Avant toi une belle et originale comédie romantique à l’humanité poignante ; entre rire, larmes et révolte, nous suivons l’évolution des relations entre Will et Lou, mais aussi et peut-être surtout la façon dont leur rencontre va pas à pas les transformer, faire d’eux des personnes différentes – meilleures ? – et plus ouvertes sur le monde. Ils s’apprivoisent jour après jour, chacun confiant à l’autre ses peurs, ses drames, ses espoirs… Très différents, ils finiront par s’aimer, même si le fauteuil de Will mais aussi son projet incompréhensible et définitif  semblent devoir condamner cette histoire avant même qu’elle ne commence.

Mais au-delà de la comédie romantique (très bien menée), Avant toi est un texte sur la fin de vie et l’euthanasie, cette décision si personnelle qui pourtant soulève à chaque fois des discussions passionnées. Accepter cette volonté d’un proche est-il un acte d’amour ou l’acceptation de son impuissance, voire d’une certaine lâcheté ? Les débats sont houleux, les avis différents, les arguments subjectifs. L’histoire de Will et Lou devient l’occasion de se poser des questions gênantes, embarrassantes mais aussi fondamentales et identitaires : cette comédie romantique ne gagne a être lue que si vous êtes prêts à la prendre au sérieux, et à lui permettre de vous interroger.