« L’Abeille Noire ou les Aventures d’une jeune Armoricaine à Saint-Domingue » par Thierry Conq & Ronan Robert (Les nouveaux romanciers) * Prix Matmut 2015 du premier roman

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Eté 1755. Suite à une malheureuse rencontre, la jeune Awen Le Du doit fuir son petit village de Bretagne à bord du bateau de pêche de son père. Initiée par lui aux techniques de navigation après le départ de son seul fils, la jeune fille a à peine 16 ans mais la volonté farouche de retrouver ce frère parti vers de nouveaux horizons. Armée d’un courage à toute épreuve et d’une intelligence de la situation typiquement féminine, Awen se travestit en homme pour sauver sa vie et sa vertu, mais aussi pour, enfin, montrer au monde ses qualités de navigatrices. Vous l’aurez compris, la jeune fille n’a pas froid aux yeux et c’est avec l’espoir de retrouver son frère qu’elle embarque vers le Nouveau Monde et les îles exotiques dont son ami Bethléem, premier homme à la peau noire qu’elle ait rencontré dans son existence, est originaire. Des aventures incroyables dont elle sortira libre comme jamais, fière de son statut de femme capitaine d’un navire, et accomplie.
Si Awen se savait dotée d’un solide caractère – n’est-elle pas bretonne après tout ? -, elle va se rendre compte qu’il lui faut bien plus pour accomplir ses projets. A peine arrivée à Brest, première étape de son périple, elle doit accepter de se placer sous la coupe de différents mentors aux fortes personnalités et aux compétences bien hétéroclites (une putain, un chirurgien aveugle, un esclave affranchi, …). De chacun d’eux elle apprendra beaucoup, connaissances qu’elle s’empresse de réinvestir à chaque étape de son périple ; qu’il s’agisse de sauver sa vie, de négocier des avantages, de se rendre le quotidien plus agréable ou de protéger son secret, Awen emploie des trésors d’intelligence pour se sortir de chaque mauvais pas et mener à bien sa mission. Des côtes bretonnes aux flots azur des Caraïbes, la jeune fille va tracer sa propre route à une époque où cela reste compliqué, voire impossible, pour une femme. Sa force de caractère, son joli minois et sa ténacité à toute épreuve seront ses principales armes, faisant d’elle un personnage de roman historique passionnant.
En effet, dans ce premier roman salué par le Prix Matmut 2015 du premier roman (dont le jury est présidé par Philippe Labro, rien que ça), les deux auteurs s’emploient à nous peindre une gigantesque et tentaculaire fresque historique. Avec une connaissance de l’époque certaine et une maitrise incontestable de l’art et de la culture de la navigation de l’époque, Thierry Conq et Ronan Robert nous donnent à voir l’une de ces équipées à travers les océans qui ravissent conjointement les amateurs de romans d’aventure et d’histoire, avec cela d’original qu’une femme en est le personnage principal. Voilà qui pimente l’intrigue et lui donne une dimension particulière. Si le style de ce roman est un peu lourd (la narration parait parfois empruntée, les tournures de phrases sont parfois alambiquées, …), il ne diminue cependant en rien la qualité de son intrigue, son inventivité et le talent avec lequel les rebondissements se succèdent. Mené à la troisième personne, le roman adopte le point de vue de cette jeune fille qui perd petit à petit sa naïveté au bénéfice d’une confiance en elle débordante. A l’image d’une époque où les découvertes et les changements sociétaux se multiplient à une cadence folle, Awen se découvre à force d’épreuves et de rencontres et marque de son empreinte les destins de ceux qu’elle croise.
S’il n’est donc pas parfait, ce premier roman est une efficace invitation au voyage à travers le temps et les océans, sur les pas de personnages hauts en couleurs et sous la plume de deux auteurs dont la passion d’écrire et de conter se ressent à chaque ligne. Une jolie découverte en cette rentrée littéraire dont nous remercions les éditions des Nouveaux Romanciers.

« Alzahel ou les nuits que Sharâzâd n’eut l’audace de conter » de Bruno Carlisi (Les nouveaux romanciers) * conte oriental à rallonge

Ce roman est pour le moins original : sur le modèle des contes des Mille et une nuits, il met en scène des personnages attachants et drôles, aux pouvoirs et caractéristiques hors du commun lancés dans une quête qui révélera le meilleur d’eux-mêmes. Doté du pouvoir d’agir sur le réel en utilisant les mots, Alzahel s’entoure de compagnons hauts en couleurs pour atteindre son objectif. Mais plus que cette intrigue de conte, c’est le vocabulaire et le ton du roman qu’il faut retenir : coloré, aux senteurs musquées, il est utilisé pour créer un univers atypique et ensoleillé digne là encore de celui des contes de Shârazâde. Dans cet Orient fantasmé, les djinns sont légions et parfois dangereux, la volupté est partout, les contes sont aussi réels que le monde dans lequel nous vivons. Interpellé au fil des pages, le lecteur est rapidement immergé dans le monde de Bruno Carlisi et s’y délecte s’il aime ce genre de texte. Les aventures du héros et de ses compères passionnent les adeptes des contes orientaux, qui y retrouvent les codes du genre : rencontres avec des êtres bénéfiques ou maléfiques, épreuves pour tester son courage et sa volonté, quête, le héros et ses amis grâce auxquels il parcourt le chemin initiatique qui le fera aller jusqu’au bout de sa quête… .

Affrontant divers ennemis, Alzahel et ses amis vont tout mettre en œuvre pour sauver les «mères » du premier. Chacun a ses faiblesses et ses forces et c’est en les compilant qu’ils parviendront au bout de leur quête. A chaque étape, le lecteur en apprend plus sur les personnages, probablement sur l’auteur lui-même, et surtout sur différents courants de l’Islam (ce qui est pour moi l’énome point fort de ce roman).

Pour autant, je n’ai pas été conquise par Alzahel ; tout en reconnaissant le talent de l’auteur et sa maitrise du genre, je n’ai pas été absorbée par le roman, je n’ai pas été touchée par les personnages, je n’ai pas été passionnée et captivée par leur quête – je n’ai pas été transportée dans cet univers qui pourtant m’avait attirée. Ce roman aux allures de conte se lit bien, certes, mais ne me laissera pas un souvenir particulier. Un regret car la promesse faite par la quatrième de couverture m’avait largement séduite…

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