« Zeus, les J.O et le tricheur » par Viviane Koenig (Le Rocher) * le sport et ses valeurs

 

Théo et Mélia ont été recueillis à la mort de leurs parents par leur oncle, sculpteur renommé qu’ils aident (bon gré mal gré) à son atelier. Mais alors que les Jeux Olympiques se préparent, l’effervescence les gagne, au même titre que la cité : cette fois encore, les meilleurs athlètes de la Grèce Antique vont se mesurer et tenter de gagner les lauriers si convoités, le tout sous l’œil tutélaire du grand Zeus. Encore jeunes, les deux enfants comprennent cependant bien l’intérêt des jeunes hommes sportifs : en plus de gagner de l’argent, être vainqueur leur permettrait de bénéficier toute leur vie du prestige d’avoir été le meilleur devant Zeus et les hommes… Mais Theo et Mélia, sans le faire exprès, surprennent un jour une conversation compromettante pour l’un des athlètes engagés : pour gagner, il irait jusqu’à tricher et menacer de mort l’un de ses rivaux. Prenant leur courage à deux mains, et parce qu’il leur faut des preuves pour confondre le méchant homme, les deux enfants se lancent dans une dangereuse enquête… placés tout de même sous la protection de Zeus, qui semble vouloir faire d’eux ses justiciers.

Viviane Koenig, dont c’est ici ma première lecture, est spécialisée dans l’écriture de romans historiques à destination des enfants. Elle nous entraine ici dans les coulisses d’une lointaine éditions des Jeux Olympiques pour nous en expliquer la genèse, nous en rappeler les règles, et ancrer cet événement dans l’histoire de l’époque. On y (re)apprend la valeur de l’engagement, du courage, de l’entrainement de l’effort, mais aussi de la saine compétition et des bonnes pratiques sportives. On y re(découvre) aussi que les jeunes femmes ne peuvent concourir, que les vainqueurs gagnent (surtout) la reconnaissance et l’admiration de leurs pairs, et que la Grèce entière se déplaçait à Olympie pour admirer ses athlètes – qui défendaient tout autant leur sport que leur cité, pour le prestige de tous.

Un joli roman historique donc à l’intrigue bien menée, parfait pour en apprendre plus sur l’histoire des Jeux Olympiques, leur déroulement, leurs codes et leurs valeurs – applicables bien au-delà des stades. Et une autrice que nous prendrons plaisir à lire une prochaine fois avec nos Mini-lectrices !

« U4 – Koridwen » par Yves Grevet (PKJ) * jeux de miroirs

Elle s’appelle Koridwen et elle est la seule survivante de son village en Bretagne. Tout comme des milliers d’ados en France, elle a survécu à un virus qui a tué la plupart de la population, épargnant pour une raison inexpliqué la majorité d’une génération désormais livrée à elle-même. Et parce que l’une des dernières informations qu’elle a reçu du monde via les réseaux de communication maintenant hors service est qu’un point de ralliement a été établi à Paris pour les survivants, elle décide de prendre la route. S’engage alors pour elle un périple au cours duquel elle va découvrir ce que la désolation laisse derrière elle : des militaires miraculeusement vivants mais qui terrorisent, parquent, effraient ; des jeunes gens qui perdent le sens de la mesure et se livrent à des exactions inédites ; des tombes, partout, pour ensevelir les parents, voisons, proches décédés inexpliquablement. Pour la jeune fille comme pour tant d’autres, le temps est venu de devenir adulte et d’endosser des responsabilités : protéger, secourir, tuer pour se défendre, voler, se cacher… aimer.  Koridwen ne reculera devant rien pour tenter sa chance et l’impossible : remonter le temps pour anticiper le fléau.

Pour elle comme pour les survivants, le schéma de valeurs qui les avait tenu debout jusque là ne leur est plus d’aucun secours, les codes qui régissaient le monde ont volé en éclat : la violence est devenue la règle, l’amitié et la loyauté ont plus d’importance que jamais, l’amour est fulgurant, la haine immédiate. Le monde s’est inversé et Koridwen en est persuadée : elle peut faire en sorte que tout redevienne comme avant, elle a en elle la magie et la force nécessaire.

En plus d’être un thriller d’anticipation remarquablement construit, ce roman propose la particularité de faire se mêler les parcours de 4 ados au sein d’une même intrigue, chacun d’entre eux écrit par un auteur différent. Ici, c’est Yves Grevet qui nous raconte l’histoire de cette jeune fille qui devient adulte trop tôt – au fil des rencontres qu’il lui propose, elle croise Jules, Stéphane et Yannis dont les histoires seront mises respectivement en page par Carole Trebor, Vincent Villeminot et Florence Hinckel. Même fils conducteurs, même objectif, même environnement… Mais des ados différents, des réactions différentes, des itinéraires différents. Et 4 romans parfaitement aboutis que nous vous conseillons évidemment, vous l’aurez compris.

« Inventer les couleurs » de Gilles Paris (Illustrations d’Aline Zalko – Giboulées) * une pépite à savourer

Il y a tellement longtemps que j’ai lu pour la première fois cet album que vous auriez pu penser que je l’avais oublié. Si je ne m’en sens pas très fière et que ce délai est aussi largement lié à « ma vraie vie », je crois qu’il me fallait aussi pouvoir le relire, le re-regarder, le re-ressentir pour pouvoir vous livrer à son propos mon vrai sentiment. Parce que ce livre m’a émerveillée en tant qu’observatrice, m’a bouleversée en tant que lectrice, m’a faite pleurer en tant que maman.

Vous le constatez, les niveaux de lecture sont nombreux, et ô combien complémentaires. Par le biais des textes magnifiques de Gilles Paris et des illustrations époustouflantes d’Aline Zalko, l’histoire de petit Hyppolite, dont les journées teintées de couleur se heurtent à la vie terne de son papa qui travaille à l’usine et à la réalité de la cour de son école, nous bouleverse – s’il s’échine à voir les couleurs ce qui l’entoure, il faudrait tellement peu de choses pour que le gris de notre réalité (ce gris que nous avons laissé s’installer en devenant adultes) l’engloutisse, et son univers merveilleux avec lui.

Pour ma part, je me suis laissée submerger dans un premier temps par les illustrations d’Aline Zalko, que je ne connaissais pas mais dont le travail ici est remarquable, pour ensuite m’imprégner des mots de Gilles Paris, tendres, authentiques, poétiques et parfois cruels. J’ai enfin, lors d’une troisième lecture, mêlé ces deux expériences pour « ressentir » l’histoire d’Hyppolite auquel je me suis irrémédiablement attachée – tentant de faire mienne sa vision colorée des gens et du monde. Puis enfin, j’ai « montré » et lu cette histoire à ma Mini-Lectrice qui m’a immédiatement l’album refermé demandé ses crayons pour dessiner sa sœur et ses copains – tous en couleurs.

Alors voilà, je voudrais vous conseiller de profiter de vos vacances pour reconquérir /vous réapproprier la vision colorée du monde d’Hyppolite, et partager la lecture de ce bel et touchant album avec les petits et les grands qui vous entourent. Car c’est bien connu : la belle littérature jeunesse est celle qui dépasse largement le public des jeunes lecteurs

« Les Jumelles fantastiques, SOS Licorne » de Fabienne Blanchut / illustrations par Marie Margo (Fleurus) * un roman de grand lecteur!

La collection 1, 2, 3 Je lis chez Fleurus est vraiment une merveilleuse découverte pour les jeunes lecteurs : en plus des belles histoires, elle propose des romans faciles à lire car écrit avec des mots simples (mais pas simplets), de gros caractères (mais une jolie typo) et des illustrations savamment disséminées parmi les pages. Il n’en faut pas plus pour encourager les plus jeunes à se plonger dans un gros livre (vous souvenez-vous votre fierté quand vous avez pour la première fois lu un vrai livre ?) … Et si, en plus, l’histoire est signée Fabienne Blanchut et met en scène des licornes, alors là…. On adooooore 😊

Voici donc mise en scène la super mission SOS Licorne menée par Rose et Salomé, des jumelles super courageuses. Ça n’existe pas les licornes me direz-vous ? C’est tout simplement parce que vous n’y croyez pas assez ! Car depuis des dizaines d’années, les grands-parents des filles – Opa et Oma sont des Passeurs ! – protègent des créatures fantastiques cachées partout dans le monde et c’est cette fois au tour d’une licorne de solliciter leur aide pour regagner son monde. Les deux sœurs combinent alors leur courage, leurs idées et leurs forces pour contrer les machiavéliques plans d’un très méchant. Sur les conseils de leurs grands-parents, elles mettent tout en œuvre pour protéger la fragile Maggie et la ramener à ses amis – une aventure menée tambour battant sur l’île d’Houat !

Courage, humour, persévérance, ouverture d’esprit, intelligence, tout est ici combiné pour faire des deux fillettes des héroïnes passionnantes et des amies magiques pour les jeunes lecteurs. Leur aventure est très facilement compréhensible et accessible, même aux lecteurs débutants (avec de l’aide), et comme souvent, Fabienne Blanchut se fait accompagnée par une illustratrice aux merveilleux dessins, Marie Margo. N’hésitez plus une seconde : offrez à vos petits lecteurs ce beau roman de grand lecteur !

Collection « Petite & Grande » (éditions Kimane) : de jolis albums pour découvrir des parcours de femmes inspirants

On le sait, on le lit et on le revendique de plus en plus haut et fort : l’Histoire a été façonnée par des grands hommes, mais aussi par des femmes incroyables. Alors que notre société met de plus en plus à l’honneur la féminité, le féminin, il est utile de regarder par dessus notre épaule pour observer et parfois découvrir les chemins de celles qui marquèrent leur époque et leurs contemporains. Qu’il s’agisse de sciences, de mode, de lettres, d’arts, … cette collection dédiée aux jeunes lecteurs (et lectrices, mais pas seulement) propose de mettre de belles illustrations et des textes clairs et accessibles au service des femmes qui en firent les plus belles heures. De Coco Chanel à Marie Curie (ici), à Frida Khalo, en passant par Agatha Christie ou Rosa Park, cette belle collection nous offre à voir les petites filles passionnées, espiègles, parfois dissipées, qu’elles furent et cette enfance qui les mit sur les rails des parcours hors normes qu’on leur connait ensuite.

Sur les pas de ces jeunes filles parfois malmenées par la vie et souvent incomprises, nous découvrons passions et vocations, surmontons avec elles les difficultés et nous réjouissons des succès. Les illustrations sont tendres sans être naïves, modernes et colorées, donnant une atmosphère très particulière à la lecture et amplifiant l’effet collection. Non seulement on passe un beau moment de lecture, mais on se délecte aussi de découvrir les images des pages suivantes, et on est ravis de savoir que ces deux titres seront rejoints par d’autres.

Des albums intelligents donc, bien pensés, à offrir absolument aux petits garçons et aux petites filles curieux, qui rêvent d’aller au bout de leurs rêves.

« Les Colombes du Roi Soleil – Les Comédiennes de Monsieur Racine » par Anne-Marie Desplat-Duc (Flammarion) * une jolie lecture à partager

C’est l’effervescence à la Maison Royale de Saint-Louis, cet établissement créé par Madame de Maintenon et dans lequel évoluent jusqu’à leur vingtième anniversaire des jeunes filles de la noblesse de la France entière : Monsieur Racine, le célèbre dramaturge qui ravit la Cour de ses merveilleuses pièces, a décidé que la dernière d’entre elles serait jouée par ces jeunes filles si bien éduquées. Pour Isabeau, Charlotte, Hortense et Louise, ce spectacle revêt différents attraits : pour l’une, l’émancipation des règles si strictes de la pension, pour l’autre la rencontre avec un jeune homme qui fera battre son cœur, … Pour toutes, de nouvelles opportunités de se forger un avenir dans les meilleures conditions et le bonheur de côtoyer le Roi et la Cour.

Anne-Marie Desplat-Duc pose dans ce premier tome de la très jolie série Les Colombes du Roi Soleil les bases d’une collection historique rigoureuse et passionnante, et s’attache tout à la fois à décrire aux jeunes lecteurs (lectrices) les us et coutumes d’une époque et d’un cadre qui ne manquent jamais de faire rêver : étiquettes, religion, hiérarchie sociale, privilèges, importance de la naissance et de l’éducation, alliances matrimoniales et amour courtois, … Nos petites pensionnaires, toutes différentes mais ô combien attachantes, nous guident dans ce labyrinthe de convenances avec la fraicheur de leur âge et leur conscience aigüe du privilège d’être instruites, à une époque où le rôle des femmes se cantonne habituellement au foyer. On se passionne pour leurs histoires d’amitié et de cœur, on se réjouit avec elles de leurs rencontres avec la Cour et de leur foi en l’avenir, on découvre avec elles l’importance de comprendre les codes des sociétés dans lesquelles on évolue ou encore celle d’avoir conscience de soi et de ses différences dans un microcosme qui gravite autour du Roi, de ses passions et de ses familiers. Et comme souvent à la  Cour, les mystères ne sont jamais bien loin… de quoi sainement occuper les esprits de ces demoiselles !

Voici donc une entrée en matière réjouissante, qui ne peut que donner envie de retrouver les pensionnaires de Saint Cyr dans leurs prochaines aventures royales.

« Mon premier imagier avec rabats : Les Nombres » (Usborne) * Apprendre en s’amusant

 

Je vais aujourd’hui vous parler de l’album préféré de la MiniSweetie en ce moment : Les nombres. Parce qu’à 2,5 ans, on commence à s’intéresser à tout et à vouloir reconnaître les lettres et les chiffres. Voici donc un superbe album très coloré et très ludique pour apprendre à compter et à identifier les chiffres. Page après page et grâce à de jolies illustrations et à des rabats colorés, j’accompagne ma curieuse à la découverte de ces chiffres : il y a dans ses yeux un peu d’émerveillement à comprendre que ces dessins signifient quelque chose. Nous comptons ensemble les ballons, reconnaissons les chiffres inscrits sur les wagonnets, derrière les ballons, à compter les pommes dans les arbres et les perroquets dans leur enclos.

Parce que ce n’est pas si facile qu’il n’y parait, ce livre prend l’enfant par la main pour lui donner ces bases tout en s’amusant.  Et parce qu’il s’agit des éditions Usborne, qui  prennent toujours les enfants au sérieux, cet apprentissage s’accompagne aussi d’une initiation aux formes et aux couleurs, à la science de étoiles et à la vie à la ferme, aux animaux exotiques et au repérage dans l’espace.

Un très bon moment à partager et un album que je recommande pour l’apprentissage des chiffres et des nombres

« Louis, un soldat Poilu » de Laurent Bègue (Illustrations Patrick Le Borgne ; éditions Belize) * In Memoriam

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De passage au salon Histoire de lire de Versailles fin novembre, j’ai rapidement été fascinée, dans l’espace Jeunesse, par les aquarelles d’un dessinateur placé un peu au fond, et qui était absorbé dans ses couleurs. En me rapprochant, j’ai pu voir qu’avec 4 pinceaux (je crois) et quelques carrés de couleurs, il dessinait puis peignait le portrait d’un soldat vêtu et coiffé de bleu – qu’il dédicaça à un certain Augustin, qui devait passer récupérer son exemplaire un peu plus tard. Et c’est surtout pour prolonger ces moments magiques de création que je me suis portée volontaire pour, à mon tour, me faire personnaliser un exemplaire (oui à moi, et non à un enfant de mon entourage !). Si c’est donc en premier lieu les superbes illustrations (et la gentillesse et la modestie de Patrick Le Borgne) que j’ai remarquées à propos de cet album, elles accompagnent également parfaitement un texte extrêmement bien pensé, intelligent et pédagogique, que j’ai découvert juste après

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Sous la plume de Laurent Bègue, j’ai ainsi rencontré Louis, soldat de la Grande Guerre, au dernier jour des combats, presque au moment de l’Armistice (« le 11ème jour du 11ème mois à la 11ème heure »). Alors que j’avais déjà eu l’occasion de lire en jeunesse des romans sur la vie dans les tranchées, c’est ici surtout le défi de la démobilisation et du retour à la vie civile qui est narré : l’attente pour rentrer chez soi, les transports bondés, le retour dans des villages décimés, parmi des familles endeuillées, la société marquée par l’horreur et sensiblement transformée, l’envie d’aller de l’avant tout en se souvenant – ce devait être « la Der des Der ». On l’oublie parfois, mais la fin de la guerre n’a pas marqué la fin des difficultés pour les soldats et leurs familles et c’est ici ce que Laurent Bègue a développé, sans pour autant rentrer dans la polémique ou le pathos. Son récit est factuel, très humain, et servi par un vocabulaire à la fois précis et accessible. Il a d’ailleurs reçu le label ‘Centenaire 14-18’.

Louis, un soldat Poilu – La journée du 11 novembre 1918 est donc un album que je vous recommande alors que la France, l’Europe et le Monde commémoreront l’an prochain les 100 ans de l’Armistice en l’absence de tout survivant.

« Dans mes bras » par Emile Jadoul (L’Ecole des Loisirs)

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Léon, le petit pingouin, vient d’avoir un petit frère, Marcel. Mais quelle place va occuper désormais le nouveau membre de la famille ?

 

Ma cadette a fait sa rentrée à l’école en septembre dernier. Un grand évènement dont elle rêvait depuis des mois (elle veut absolument tout faire comme sa grande soeur…). Dans son école, nous avons la chance que les maitresses proposent des abonnements à l’école des loisirs. L’abonnement de mademoiselle, Titoumax, correspond à la tranche d’âge 2-4 ans (petite section). De novembre à juin, elle va ainsi recevoir 8 albums et, par chance, nous n’avions pas encore ces titres dans notre bibliothèque.

 

Le premier, Dans mes bras, s’adresse aux plus petits (2-3 ans). C’est un très bel album, tendre, qui permet d’appréhender l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite soeur. La jalousie de Léon, bien naturelle, est abordée de façon décalée. Ce petit Marcel, où va-t-on pouvoir le mettre ? Sur ce sujet, notre héros a des idées bien arrêtées. Au départ, il énumère tous les endroits où, selon lui, le bébé pingouin n’aura pas sa place (sa chambre bien sûr, les genoux de Maman Pingouin, les épaules de Papa Pingouin,…) jusqu’à finalement trouver la place parfaite, dans ses bras à lui.

 

Notre lecture du soir depuis deux semaines !