« Silver Batal & le Dragon d’eau » par K.D Halbrook (Lumen) * brillant

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Silver est apprentie joaillère – pas qu’elle l’ait souhaité, mais dans son univers, les enfants sont destinés à embrasser les carrières de leur père pour perpétuer leur savoir-faire. Pourtant la jeune fille le sait, le sent : son destin est ailleurs. Là, dans cette ville où sa famille et celles de tant d’artisans vivent au milieu du désert, elle rêve de dragons d’eau, de compétitions, d’ailleurs. Et lorsque la meilleure dresseuse de dragons annonce sa venue avec la reine Iméa, Silver décide de forcer le destin, notamment grâce à l’aide inattendue d’une vielle femme qui semble en savoir beaucoup sur les dragons d’eau et les usages de la Cour. Cependant, ce premier pas vers ce destin qu’elle appelle va l’éloigner définitivement des siens et la conduire sur une route parsemée d’embûches et de rencontres extraordinaires – plus rien ne sera plus jamais comme avant pour Silver et elle devra s’appuyer sur ses quelques amis pour lutter contre un nombre sans cesse croissant d’ennemis. C’est le prix à payer, apprendra-t-elle, pour vivre ses rêves

L’histoire de Silver, cette toute jeune fille, est proprement passionnante, non seulement parce que l’autrice lui tisse un destin captivant et parsème sa route de personnages et d’aventures passionnants, mais aussi parce qu’elle saisit avec justesse ce moment de l’adolescence où les rêves d’enfant se confrontent à la vie, cette bascule dans une vie où on décide de se battre pour vivre comme on l’entend ou d’accepter le destin que d’autres ont imaginé pour nous. Avec beaucoup de psychologie, K D Halbrook parle de ces héros de l’enfance qui déçoivent en grandissant, de ces personnes que l’on pense invisibles et qui se révèlent incontournables, de cette découverte de soi dans l’adversité, de ce moment déchirant où l’on accepte de décevoir ses parents pour ne pas abandonner nos rêves. L’intrigue est donc riche des hésitations de la jeune fille qui s’articulent à des moments d’actions et de suspense comme seule la littérature fantastique en réserve : combats épiques, créatures magiques lumineuses ou ténébreuses, univers imaginaire captivant, … Tous les ingrédients sont là – et unis par une écriture et une traduction fluides et remarquables – pour nous enchanter et nous entrainer dans un univers magique tout droit sorti de l’imagination de l’autrice, dont on espère qu’elle nous y reconduira rapidement pour la suite des aventures de Silver.

Mention spéciale pour la couverture, tout simplement merveilleuse (comme souvent chez Lumen)

 

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« Never Again » de Sarah Dessen (Lumen) * Le sens des responsabilités

Sidney est une ado américaine comme tant d’autres, qui aime sortir avec ses amies et fréquente une bonne école sensée lui ouvrir les portes des meilleures universités. Seul bémol : elle vit dans l’ombre de son grand frère, Peyton. Beau, charismatique il séduit tout à la fois leurs parents, leur entourage, ses copines… Pourtant, Peyton est loin d’être un exemple et enchaine depuis quelques mois les ennuis avec la justice. Jusqu’au jour où son irresponsabilité le conduit à renverser un jeune garçon qui restera cloué dans un fauteuil à la suite de cet accident. Mais pour une raison qui échappe et qui révolte Sidney, sa mère continue à penser que l’emprisonnement de son fils est injuste, que la vie qui a été détruite cette nuit-là est celle de Peyton. Le jeune fille, pour échapper à l’environnement familial pesant et amical curieux demande à changer d’établissement scolaire, prenant de la distance avec son ancienne vie. Elle y rencontre un nouveau groupe d’amis haut en couleurs, liés depuis des années par les difficultés de la vie et des passions communes. Une découverte pour Sidney, qui bientôt est intégrée à la bande – et y côtoie un garçon qui pourrait bien la faire craquer pour de bon.

Sarah Dessen est partout décrite comme la reine du Young Adult, et j’avoue : je ne connaissais même pas son nom. C’est sur les conseils d’Emily que je me suis lancée dans ce roman destiné à un public un peu (pas mal ?) plus jeune que moi 😊 Mais qu’à cela ne tienne, un bon roman trouve toujours son public, et celui-ci a su me faire passer un bon moment, incontestablement. Car au-delà des personnages – certes bien jeunes si je me prends comme référence ! -, c’est l’environnement dans lequel elle les fait évoluer qui m’a rapidement happée. Elle décrit avec beaucoup de justesse – je pense – la descente aux Enfers d’une famille américaine et les œillères d’une mère incapable de regarder en face les failles du fils prodigue et totalement inattentive à la vie de sa fille qui fait le nécessaire pour non seulement lui faciliter le quotidien, mais aussi pour ne pas ajouter aux soucis de la famille. Mais Sidney ne peut pardonner à son frère son inconséquence, qui a non seulement conduit dans un fauteuil un jeune garçon mais aussi sa famille dans la tourmente, ses parents dans le déni.

On apprécie aussi de voir la jeune femme découvrir toutes les richesses de l’amitié, de ces liens qui se créent même dans l’adversité et s’y renforcent toujours – face à la vie malmenée de ses nouveaux amis, Sidney est plus que jamais convaincue que ses parents se fourvoient sur la véritable gravité des choses. Il se pourrait d’ailleurs qu’elle ne soit pas la seule, et que son sentiment soit partagé par la personne à laquelle elle s’attendait le moins.

Never again est donc un roman young adult qui remplit toutes les cases et nous ouvre les portes du cœur d’une ado américaine tourmentée. Les émotions sont brossées avec justesse et acuité, nous offrant une lecture à la fois intéressante et émouvante. Les fans du genre et de l’auteure se régaleront, ceux qui ne la connaissaient pas se réjouiront de l’avoir fait !