« Le passage médiéval » de Sabine Rochet (Nouvelles Plumes) => un roman historique et fantastique qui ravira les amateurs

Voici quelques temps que ce roman Nouvelles Plumes avait rejoint ma PAL, mais pour ne rien vous cacher, ses près de 900 pages en faisaient un pavé compliqué à transporter. J’ai donc attendu de pouvoir lire bien au chaud chez moi pour l’ouvrir, où il m’a permis de passer quelques très belles heures de lecture. Si je connaissais la maison d’édition, qui généralement ne me déçoit pas, je ne connaissais pas l’auteure et n’avais pas entendu parler de ce texte spécifiquement – qui pourtant ne peut manquer de ravir les amateurs de romans historiques et fantastiques, et de narration passé-présent maitrisée.

Eléonore, Mélanie et Alexandra en effet ne s’attendaient pas, lorsqu’elles entrèrent dans une boutique d’inspiration médiévale pour dégoter des costumes d’époque, à se trouver transportées en 1033, dans le comté de Genève. La raison : un sortilège prononcé en latin à voix haute devant un miroir aux étranges propriétés. Mais au-delà de l’incongruité de ce voyage dans le temps, ce sont surtout les affaires diaboliques dans lesquelles elles se trouvent impliquées qui les mettront en danger. A une époque où les femmes, leurs corps et leurs avis importent peu, les trois amies seront confrontées au pire, mais découvriront aussi les trésors d’une époque qui vit fleurir des modèles de courtoisie et de chevalerie. Sabine Rochet montre rapidement une maitrise des codes du genre, mais aussi de la géographie locale et de l’histoire du 11e siècle très appréciables, qui enrichissent indubitablement l’intrigue et rendent la lecture instructive en plus d’être plaisante – à noter que les lecteurs qui connaissent la région approuveront cet avis ou le contrediront avec plus d’arguments… Je n’y suis pour ma part jamais allée mais ce texte donne des idées!

Sabine Rochet nous livre aussi là un roman fantastique où se côtoient les hommes, Dieu et le Diable, la magie blanche et la magie noire, le guerre et la poésie, l’amour et la mort, et où chaque alliance renvoit à des intérêts difficilement identifiables de seigneurs dont on ne sait rien, ou si peu. Nous plongeons avec ravissement dans un Moyen-Âge magique qui nous transporte,  et sur les pas de 3 femmes qui cherchent à comprendre une époque sombre et à sauver ceux qu’elles apprennent à aimer dans cette époque et dans celle qu’elles ont quittée. On se plait à apprécier le regard impressionné des hommes sur ces femmes cultivées débarquées d’on ne sait où, on redoute les actions du Démon et de ses sbires, on a les yeux qui brillent lorsqu’elles trouvent l’amour, on comprend leur détresse face à des dangers qui les dépassent largement, on espère avec elle un retour dans le présent… puis on s’interroge sur le bien-fondé d’un retour. Le tout alimente une intrigue bien pensée, bien écrite, peut-être un peu longue mais qu’on prend beaucoup de plaisir à lire et à poursuivre sur près de 900 pages…. Ce n’est pas rien !

Seul bémol : la couverture et le titre sont très peu attractifs, et ne rendent pas honneur au texte. Un petit effort d’imagination et/ou d’originalité aurait été bienvenu….

 

 

Publicités

« L’Hayden, 1. Le secret d’Eli » de Julie Muller Volb (Nouvelles Plumes) * Prix de l’Imaginaire 2017

Depuis 2015, le Prix de l’Imaginaire est devenu pour moi, amoureuse du genre, un événement incontournable, qui me fait me rendre rapidement dans mon magasin France Loisirs. Après Le dernière brûleur d’étoile (2015), Les ailes d’émeraude (2014) que j’avais beaucoup aimé, j’ai donc entrepris de découvrir Le secret d’Eli, premier tome de L’Hayden, par Julie Muller Volb.

J’ai donc rencontré Mila, nouvellement orpheline en passe de passer son bac, et aux prises avec les affres de l’adolescence – c’est bien connu, à l’âge-là, rien n’est simple ! En plus de son meilleur ami qui semble avoir découvert en elle une fille ( !), de sa nouvelle vie avec une grande sœur jusque-là continuellement absente et revenue s’installer avec elle et des incendies mystérieux qui frappent la tranquille ville où elle a grandi, voilà que débarque dans sa vie Jeremiah, un beau pompier qui semble devoir toujours la tirer de mauvais pas – eux-mêmes de plus en plus nombreux. Et si Mila se sait maladroite et relativement peu chanceuse, elle trouve que les événements suspects sont d’un coup bien plus inquiétants et nombreux autour d’elle. De fil en aiguille, et à force de désagréables rencontres et surprises, la jeune fille découvre que derrière les secrets échangés à mi-voix, les disparitions mystérieuses, les non-dits à répétition se cache l’existence d’un monde parallèle dans lequel Eli, sa sœur, et Jeremiah ont des rôles importants à jouer. Et elle dans tout ça ? Pourtant, si en dépit de ses questions incessantes ils persistent à vouloir la tenir à l’écart des événements qui les préoccupent, Mila va se retrouver propulsée dans leur monde – l’Hayden – et au cœur d’une guerre meurtrière qui la transformera définitivement et dont elle se retrouvera être l’un des enjeux, à son corps défendant.

Très rapidement, je me suis retrouvée happée par l’intrigue de Julie Muller Volb qui, si elle n’a rien de très original, est bien menée, rythmée et ancrée dans un univers qu’elle a visiblement pris du plaisir à créer et nous faire connaitre. Les descriptions de ses paysages sont richement colorées et détaillées, nous emmenant à la suite de Mila d’émerveillement en surprise. L’Hayden, peuplé de multiples créatures magiques, nous charme rapidement, tout comme nous nous attachons aux personnages rencontrés page après page. Cependant, car il y a un « mais » de taille, je n’ai pas été séduite du tout par l’écriture… Je regrette qu’un travail d’accompagnement / éditorial plus important n’ait pas été fourni, qui aurait empêché certaines longueurs, rendu les dialogues plus authentiques et convaincants, la narration plus fluide. J’ai au fil de ma lecture régulièrement été frappée par des répliques artificielles, de la ponctuation mal à propos, des répétitions, ou des enchainements maladroits. A croire que le manuscrit envoyé pour participer à ce beau Prix a été publié en l’état… C’est d’autant plus regrettable que si certains lecteurs ne sont pas aussi séduits par l’intrigue que je l’ai été, il est fort probable qu’ils arrêtent leur lecture en cours… Vraiment dommage.

 

 

 

« Les ailes d’émeraude, 2: L’Exil » d’Alexiane de Lys (Nouvelles Plumes) * Une suite résolument plus sombre

20160601_150008

Nous vous avons hier présenté Les ailes d’émeraude d’Alexiane de Lys, chronique dans laquelle vous avez constaté sans aucune ambigüité notre coup de cœur pour ce roman young adult. Cass, Gabriel et ses amis m’avaient séduite et j’avais dévoré ce premier tome passionnant et très rythmé. J’ai donc acheté ce deuxième tome en y plaçant beaucoup d’espoir, espérant retrouver la plume d’Alexiane de Lys et son univers fabuleux, et intriguée par le titre, L’Exil. Ne faisons pas durer plus longtemps le suspense : ce deuxième tome a tenu toutes ses promesses !

Nous retrouvons en effet Cassiopée, plus que jamais déterminée à retrouver Gabriel, l’amour de sa vie, et à contrer les machiavéliques projets de son père Manassé, qui s’est donné comme mission d’éradiquer le peuple des Myrmes. Chef des Parques, le peuple ennemi des Myrmes, cet homme dont elle a récemment appris qu’il était son géniteur est un personnage détestable dont elle veut plus que jamais se distinguer et sur le chemin duquel elle se dresse pour protéger son peuple d’adoption – qui ne le lui rend pas forcément. Son retour dans le villagemyrme ne se passe en effet pas comme elle l’avait espéré et sans la présence de Gabriel, disparu en mission, Cassie se retrouve bien seule face à des individus qui lui sont ouvertement hostiles. Et ce ne sont pas les révélations que lui réserve Leo, jeune Myrme enlevé par les Parques et de retour auprès des siens, qui vont simplifier la vie de la jeune femme – tout en lui permettant enfin de s’expliquer certaines situations et sensations, elles la mettent en danger de mort, tout comme ses proches, dont certains vont payer le prix fort. Et ce qu’elle va apprendre va une nouvelle fois l’obliger à tirer un trait sur certaines de ses certitudes et l’entrainer dans une spirale dangereuse et déstabilisante.

Alexiane de Lys nous remmène dès les premières lignes dans ce monde qu’elle a si bien imaginé et peuplé, et qui m’avait conquise dès le premier tome. Avec une plume toujours aussi efficace et un style encore plus affuté, l’auteure nous entraine une nouvelle fois dans l’univers fantastique dans lequel évoluent ses personnages – un univers foisonnant qui articule le monde des Myrmes et le nôtre avec talent. Pourtant, tout en s’inscrivant dans la lignée du premier tome, l’auteure parvient à renouveler efficacement son intrigue, donnant une dimension plus guerrière au personnage de Cassiopée. Résolue, elle affronte les dangers seule ou entourée par ses amis, découvrant la responsabilité d’avoir en charge la sécurité, voire la vie, de ceux qui lui sont proches, et la culpabilité de parfois échouer. Son personnage est plus torturé, plus sombre, tout comme l’intrigue ; on frissonne, on a les larmes aux yeux, on tremble et on se sent soutenu ou trahi page après page. Cassiopée et ses amis découvrent donc indéniablement la réalité de la guerre et l’horreur de ses méthodes, mais continuent aussi d’expérimenter la préciosité de l’amour, de l’amitié, de la loyauté. L’équilibre est parfait, la lecture haletante et passionnante. Bref, ce deuxième tome est une véritable réussite et nous rappelle que le talent n’attend pas le nombre des années !

« Les ailes d’émeraude » d’Alexiane de Lys (Nouvelles Plumes) * avant de vous parler du tome 2….

20160601_140306 (1)

Attirée par le bandeau « Prix de l’imaginaire 2014 », je n’ai pu résister à l’envie d’acheter ce livre, à la très belle couverture et dont l’auteure ne manque jamais d’être présentée comme « particulièrement précoce » – comprenez « bien jeune » en d’autres termes. Autant vous dire que  non seulement je n’ai pas été déçue, mais qu’en plus je ne peux que m’empresser de vous conseiller de vous procurer (ou de procurer à vos ados, puisqu’en ce mercredi il s’agit bien de l’occasion idéale) ce très beau roman, aussi lumineux que les ailes en couverture.

Cassiopée – Cassie ou Cass pour ses amis – est orpheline. Elle a perdu sa mère dans un dramatique accident de voiture alors qu’elle avait 6 ans, et cet événement l’a non seulement privée de son seul parent, mais aussi envoyée directement à l’orphelinat, où elle a grandit et pris l’habitude de protéger et choyer les pensionnaires les plus jeunes. Pourtant, alors qu’elle va avoir 18 ans, elle doit quitter ce semblant de foyer – mais le seul qu’elle n’ait jamais eu – pour voler de ses propres ailes (il fallait bien que j’arrive à placer cette expression…). L’angoisse est d’autant plus présente que Cassiopée n’a jamais vraiment pensé à ce qu’elle ferait « après »…, ni à celle qu’elle deviendrait. Sa peur augmente d’autant qu’elle a la diffuse impression d’être suivie. Impression confirmée le jour où, violemment agressée dans une sombre ruelle, un (très très très) bel inconnu lui sauve la mise avant de disparaitre. Qui est donc ce charmant sauveur ? Toujours est-il que cette intervention marque le début des ennuis pour la jeune fille : plusieurs agressions s’enchainent, l’obligeant à accepter l’aide de Gabriel (puisque c’est comme ça que se nomme son bel ange gardien), certes beau mais définitivement prétentieux. Cet enchainement d’événements incroyables va se solder par le plus ahurissants de tous : après avoir été « piquée » par une sorte de plante séchée – la Caïna, mais elle l’apprendra plus tard -, elle entame une métamorphose douloureuse de laquelle elle sortira… ailée !

Force lui est alors d’accepter comme réelle l’histoire que sa mère lui racontait lorsqu’elle était enfant : la communauté de Myrmes, ces créatures pourvues de très belles ailes et vivant à l’écart de la société humaine, existe bel et bien, et elle ne tarde pas à l’intégrer. Une nouvelle vie et une nouvelle famille s’offre à elle, lui permettant pour la première fois de vivre la vie d’une jeune femme de 18 ans ; car, et puisqu’il s’agit d’un roman young adult¸ elle va tout à la fois découvrir ses nouvelles capacités magiques en même temps que l’amour, la trahison, l’amitié et toutes ces étapes indispensables pour passer à l’âge adulte. Dotée de pouvoirs très particuliers, elle devient pour les Myrmes mais également pour leurs ennemis séculaires les Narques et il lui faudra toute son énergie et tout le soutien de ses amis pour échapper au cruel destin que certains lui tissent. Et pour affronter son histoire personnelle qui, alors qu’elle pensait avoir enfin réussi à passer le cap, la rattrape avec violence.

Sur presque 700 pages (!!) sans jamais aucune longueur, Alexiane de Lys nous offre ce roman passionnant et addictif qui semble constituer le début d’une série très prometteuse. Mêlant magie et monde réel, amour et trahisons, elle nous entraine dans un univers féérique peuplé d’êtres attachants et beaux. Elle a imaginé un univers très complet et très riche dans lequel le foisonnement des détails nous permet de nous fondre ; on en sort d’autant plus difficilement qu’il est impossible d’échapper au charme de Gabriel et de Camille, ces deux garçons qui gravitent autour de Cassiopée, ou de vouloir s’identifier à la jeune femme en proie à un tourbillon de sentiments.

Alexiane de Lys est donc lauréate de ce fameux prix avec  justesse, et nous ne pouvons que lui souhaiter que Les ailes d’émeraude soit son premier ouvrage d’une longue série ! Aucun doute que pour notre part, nous serons attentifs à son retour… et à la suite des aventures de Cassiopée, que nous vous présenterons très vite!

« Le dernier brûleur d’étoiles » de Sophie Val-Piguel (Nouvelles plumes) * Prix de l’Imaginaire 2015

Le dernier brûleur d'étoiles (eBook) - Sophie Val-Piguel

J’avais adoré (et vous avais parlé) des Ailes d’émeraude, d’Alexiane de Lys, roman lauréat du Prix de l’Imaginaire 2014. Lorsque j’ai vu qu’était paru celui de cette année, je me suis donc précipitée.  J’aime en effet beaucoup l’idée de permettre à de jeunes auteurs de proposer leurs textes et de les faire connaitre grâce à ce genre de prix.

J’ai donc découvert avec plaisir l’univers et la plume de Sophie Val-Piguel. Largement inspirée par sa passion pour les légendes, elle a réussi à créer son propre style et sa propre mythologie et à les mettre ici au service d’une intrigue passionnante. S’il y a quelques longueurs, mettons cela sur le compte de la « jeunesse » : elles n’entachent pas la qualité des aventures de Gwenvael, orphelin qui découvre un jour que d’autres mondes existent et qu’il est originaire de l’un d’eux.

A la suite d’un cauchemar particulièrement bouleversant et réaliste dans lequel il lui est ordonné de retrouver une mystérieuse Calypso, l’adolescent est entrainé dans une guerre qui secoue le monde de Jawahar et dont il se découvre être l’un des acteurs principaux. Bien malgré lui, il découvre les rudesses de la guerre, les manœuvres de la politique, la rudesse des combats, … Il va même jusqu’à donner la mort, alors même qu’il s’y refusait. Confronté à des situations d’une rare violence, Gwenvael se doit de préserver sa vie, celle de Calypso à laquelle il est irrémédiablement attaché, mais aussi celles de ses nouveaux amis et de son peuple, et met pour cela en œuvre des moyens dont il ne se serait jamais pensé capable.

Adolescent fragile et dépassé par les événements, Gwenvael est surtout l’un de ses héros fort de ses faiblesses, tellement attachant (et parfois horripilant il faut bien l’admettre). D’une humanité à fleur de peau, il apporte dans le violent conflit qui sème la mort dans tout Jawahar et en menace l’existence ses pouvoirs et ses compétences. Guidé et formé par le redoutable Galahad, aimé par la belle Sterenn, il va affronter le pire, tomber dans le désespoir le plus total, puis revenir à la vie en portant la somme de tous les espoirs de son peuple et de son monde. Une mission bien lourde pour ses épaules dont il sortira à jamais non seulement fragilisé mais aussi plus fort.

Sophie Val-Piguel s’est visiblement fait plaisir en façonnant l’univers dans lequel évoluent ses personnages : magies noire et blanche, créatures mythologiques (dont l’incontournable licorne !), végétation luxuriante et amie, peuplades anciennes, rites ancestraux, … tout est là pour nous rappeler les codes traditionnels de la fantasy sans jamais tomber dans le déjà vu. Elle mène de bout en bout avec talent ce roman riche, foisonnant, coloré et rythmé (et oui, Le dernier brûleur d’étoiles se suffit à lui-même… pas de tomes de suite à attendre donc, ce dont on a presque perdu l’habitude !). Un bon moment de lecture en somme, et une auteur que l’on prendra plaisir à suivre !

sweetie