« U4 – Koridwen » par Yves Grevet (PKJ) * jeux de miroirs

Elle s’appelle Koridwen et elle est la seule survivante de son village en Bretagne. Tout comme des milliers d’ados en France, elle a survécu à un virus qui a tué la plupart de la population, épargnant pour une raison inexpliqué la majorité d’une génération désormais livrée à elle-même. Et parce que l’une des dernières informations qu’elle a reçu du monde via les réseaux de communication maintenant hors service est qu’un point de ralliement a été établi à Paris pour les survivants, elle décide de prendre la route. S’engage alors pour elle un périple au cours duquel elle va découvrir ce que la désolation laisse derrière elle : des militaires miraculeusement vivants mais qui terrorisent, parquent, effraient ; des jeunes gens qui perdent le sens de la mesure et se livrent à des exactions inédites ; des tombes, partout, pour ensevelir les parents, voisons, proches décédés inexpliquablement. Pour la jeune fille comme pour tant d’autres, le temps est venu de devenir adulte et d’endosser des responsabilités : protéger, secourir, tuer pour se défendre, voler, se cacher… aimer.  Koridwen ne reculera devant rien pour tenter sa chance et l’impossible : remonter le temps pour anticiper le fléau.

Pour elle comme pour les survivants, le schéma de valeurs qui les avait tenu debout jusque là ne leur est plus d’aucun secours, les codes qui régissaient le monde ont volé en éclat : la violence est devenue la règle, l’amitié et la loyauté ont plus d’importance que jamais, l’amour est fulgurant, la haine immédiate. Le monde s’est inversé et Koridwen en est persuadée : elle peut faire en sorte que tout redevienne comme avant, elle a en elle la magie et la force nécessaire.

En plus d’être un thriller d’anticipation remarquablement construit, ce roman propose la particularité de faire se mêler les parcours de 4 ados au sein d’une même intrigue, chacun d’entre eux écrit par un auteur différent. Ici, c’est Yves Grevet qui nous raconte l’histoire de cette jeune fille qui devient adulte trop tôt – au fil des rencontres qu’il lui propose, elle croise Jules, Stéphane et Yannis dont les histoires seront mises respectivement en page par Carole Trebor, Vincent Villeminot et Florence Hinckel. Même fils conducteurs, même objectif, même environnement… Mais des ados différents, des réactions différentes, des itinéraires différents. Et 4 romans parfaitement aboutis que nous vous conseillons évidemment, vous l’aurez compris.

« Elia, la Passeuse d’âme » de Marie Vareille (PKJ) * On est fans.

Elia vit dans une société où, pour préserver la paix, la société a été divisée en différentes castes. Chacune d’entre elle assure un rôle spécifique et prédéfini, et toutes obéissent à la même règle suprême : la communauté avant l’individu. Adolescente, Elia n’a jamais pensé à outrepasser cet ordre, même si parfois elle s’interroge sur sa perception de son propre rôle – celui de Passeuse d’âme. Malgré les enseignements reçus, malgré sa volonté de se conformer au mieux aux missions qui lui ont été attribuées, la jeune fille ne peut s’empêcher de se dire que libérer les Kornésiens (sa caste) de la vie dès lors qu’il est considéré qu’ils ont accompli tout ce que la Communauté attendait d’eux est une bien lourde charge. Le jour où elle se retrouve face à un Nosoba – membre de la caste du même nom, ouvrière, méprisée et redoutée – et prend la décision de ne pas obéir, sa vie bascule et ses certitudes volent en éclat. Obligée de fuir, Elia devra alors se confronter à la réalité, déchirer le voile à travers lequel elle percevait la société dans laquelle elle vit et admettre les zones d’ombres qui jalonnent sa vie. Elle découvrira aussi le prix de l’amitié, la force de la loyauté, la volonté de vivre selon ses propres espérances, mais aussi l’existence d’une Prophétie.

Cela faisait bien longtemps déjà que je regardais ce roman fantasy jeunesse acheté il y a quelques temps et qui avait trouvé refuge dans ma PAL…. Où il menaçait d’être enseveli ! J’ai donc récemment écouté mon instinct qui me soufflait que j’allais adorer… Ce qui n’a pas manqué !

Quel bonheur en effet que cette lecture ! Dès les premières pages, j’ai perçu que cette série promettait beaucoup, et rapidement, je me suis rendue compte que Marie Vareille relèverait le défi : Elia, sans aucun doute, se positionne dans les meilleurs romans fantasy jeunesse que j’ai pu lire les dernières années – et j’en ai lus quelques-uns, comme vous le savez ! L’auteure parvient à tisser une passionnante intrigue en reprenant les codes traditionnels du genre (société artificiellement divisée, injustice institutionnalisée, force de caractère, Prophétie, lutte pour la liberté, loyauté, combats, sacrifice, …) et les intégrant à un univers très personnel. On découvre avec stupeur la vie souterraine des ouvriers Nosobas, dont l’environnement devient véritablement un personnage secondaire omniprésent (rudesse de la vie de mineur, dangers des labyrinthes dans lesquels ils vivent, exactions des représentants de l’ordre, …), on est ressent leur fascination pour les étoiles, l’extérieur, leur colère contre ceux qui les exploitent, leur urgence à s’amuser, s’aimer, s’entraider. Les personnages prennent vie sous la plume de Marie Vareille, tous différents, authentiques, attachants et ont des personnalités qui enrichissent l’intrigue. On se passionne pour leurs histoires, leurs faiblesses, leurs liens. On compatit à leurs malheurs et on grimace en découvrant leurs angoisses. On s’interroge sur leur avenir. On a tout simplement hâte de savoir comment ils vont évoluer, et de lire le 2ème tome des aventures d’Elia et ses amis. Vivement la suite !