« Ernest et moi » par Amélie Antoine et Jack Koch (Michel Lafon) – un joli conte sur l’amitié

 

Lucien vient de déménager avec son papa et sa maman. S’il a maintenant une jolie maison et une belle chambre, il a laissé ses copains et ses voisins derrière lui et est très triste.

 

Mais un jour, il trouve un bel œuf dans le jardin et décide de le ramener dans sa chambre ; un œuf qui s’avère être celui d’un petit dragon turquoise un peu timide mais tout gentil que Lucien prénomme Ernest. C’est le début d’une jolie amitié qui va les conduire à se construire de beaux souvenirs à deux et à faire des bêtises ensemble jusqu’à la rentrée. Mais Ernest trouvera-t-il sa place à l’école ? Comment Lucien fera-t-il si Ernest ne peut pas l’accompagner ?

Amélie Antoine, dont je prends beaucoup de plaisir à lire les romans pour les « grands », signe ici un conte tout doux qui parle d’amitié et de ces éloignements que les adultes peuvent sous-estimer mais qui déchirent le cœur des enfants.Parce que la vie parfois sépare les petits amis, cet album magnifiquement illustré par Jack Koch permet de trouver les bons mots pour rassurer et pousser l’enfant à rester ouvert aux autres, plutôt qu’à se renfermer sur lui-même. Parce que l’amitié, les vrais amis et les amis imaginaires sont une affaire très sérieuse, voici le livre idéal pour ravir le cœur et les yeux de tous, et partager un moment privilégié en parlant d’un sujet important.

NB : messieurs-dames les enseignants, voici un ouvrage à proposer à vos élèves et à proposer en lecture en classe !

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« L’Outsider » par Stephen King (France Loisirs) * frissons garantis

Il y a quelques temps (aussi) que ce livre patientait dans ma PAL… Parce que pour moi, il faut nécessairement au moins 2 conditions pour lire un Stephen King : 1/ ne pas broyer du noir (pour avoir une résistance optimale à la sourde peur que le lire induit toujours chez moi) 2/avoir le temps et la disponibilité d’esprit pour savourer, malgré les frissons, l’écriture magique de cet homme qui, pour le meilleur et pour le pire, fait réaliser des prouesses à mon imagination. Des prouesses cauchemardesques, disons-le, mais des prouesses tout de même.

Comme toujours, je me suis lancée dans ce roman (horrifique, cela va sans dire) sans en avoir lu le résumé, la 4ème ou tout avis qui aurait pu m’influencer. Comme souvent avec Stephen King, je me suis dit que j’avais bien fait, car j’aurais probablement botté en touche encore quelques semaines de peur d’avoir trop peur… Mais une fois que j’ai eu lu les premières pages, ressenti les premiers frissons, senti sourdre mes premiers doutes, impossible de m’arrêter. Sur les pas de Ralph Anderson, confronté à ce que l’homme (mais pas seulement) peut accomplir de pire et vivre de plus incroyable, je me suis laissée entrainer dans des enquêtes mêlant preuves scientifiques et observations empiriques dépassant de très loin tout raisonnement rationnel. Et j’ai diablement aimé ça : Stephen King a cet art de créer l’invraisemblable à partir d’éléments ô combien réels, exploitant toutes les nuances de ce que les hommes peuvent accomplir de meilleur pour leurs semblables, mais aussi ce qu’ils peuvent leur faire de pire… Force est de constater d’ailleurs que si l’on a l’impression qu’il force le trait, les actualités et leurs faits divers répondent parfois étrangement et horriblement à ses textes – nul doute qu’il s’en désole autant que nous. Je ressors de cette lecture désemparée par la dérangeante impression que l’histoire de Ralph, Terry, Holly et les autres pourraient un jour croiser ma route et faire vaciller ma (naïve) foi en l’humanité et me rappeler que l’homme est capable de tout, bien au-delà de ce que mon esprit (naïf ? équilibré ?) peut imaginer.

L’outsider est donc à mettre entre les mains d’un public averti mais est probablement l’un des meilleurs Stephen King que j’ai pub lire récemment (et je les lis à peu près tous !) – un roman horrifique à mettre dans sa bibliothèque pour pouvoir se dire, en repassant devant, que si un jour on en a le courage, on le rouvrira pour se faire plaisir et se faire peur dans les mêmes proportions.

 

« Des palmiers sous la neige » de Luz Gabas (Charleston) * entre tradition et modernité

 

Clarence étudie les langues, et notamment le dialecte de son petit bout d’Espagne niché dans les montagnes. Elle a ainsi l’habitude de plonger dans l’Histoire et les histoires individuelles des familles pour mieux étudier les mots qui forment la pensée de populations réparties sur tout le globe. Pourtant, le jour où elle tombe sur les bribes d’une lettre évoquant une femme issue du lointain passé de son père et de son oncle, c’est dans sa propre histoire familiale qu’elle va devoir accepter de creuser pour éclaircir des épisodes de leurs vies passées. Et parce que les deux hommes avaient dans leur jeunesse passé de longues années en Guinée espagnole – d’où semble être originaire cette mystérieuse femme -, Clarence décide de s’y rendre pour enquêter sur place. C’est pour elle le début d’une quête qui bouleversera à jamais son équilibre familial, mais aussi de l’une des plus heureuses périodes de sa vie.

Luz Gabas, qui a écrit ce premier roman en s’inspirant de son histoire familiale, parvient dès les premières descriptions de l’Espagne montagneuse des années 1950 et de la Guinée espagnole de la même époque à faire de ces deux pays des personnages à part entière, riches de leurs histoires, de leurs traditions, de leurs cultures ; tout autant que les jeunes Jacobo et Kilian, ils sont déterminants dans le déroulement de l’intrigue, et fascinent les lecteurs, l’entrainent tour à tour dans des contrées grises, froides mais chaleureuses puis dans le décor exotique de la plantation de cacao où les jeunes gens travaillent aux côtés de leur père. Chacun de ses hommes, à sa façon, est imprégné de ces deux terres qui les déterminent et tirent d’elles le meilleur comme le pire – tissant ainsi les bonheurs et les drames de leurs vies.

Il est relativement rare chez Charleston que les personnages principaux soient de hommes, mais hormis cela, Des palmiers sous la neige réinvestit tous les codes qui ont fait le succès de cette maison d’édition : deux histoires parallèles qui allient passé et présent et se répondent, des histoires d’amour passionnées mais désespérées, des personnages fiers, déterminés à tracer leur route et à affronter courageusement les épreuves, … Voici donc une belle fresque historique que je vous recommande, tant elle vous dépaysera et vous fera papillonner le ventre.

A noter que ce roman est également disponible en adaptation cinématographique sur Netflix… et que celle-ci ne démérite pas.

« Inventer les couleurs » de Gilles Paris (Illustrations d’Aline Zalko – Giboulées) * une pépite à savourer

Il y a tellement longtemps que j’ai lu pour la première fois cet album que vous auriez pu penser que je l’avais oublié. Si je ne m’en sens pas très fière et que ce délai est aussi largement lié à « ma vraie vie », je crois qu’il me fallait aussi pouvoir le relire, le re-regarder, le re-ressentir pour pouvoir vous livrer à son propos mon vrai sentiment. Parce que ce livre m’a émerveillée en tant qu’observatrice, m’a bouleversée en tant que lectrice, m’a faite pleurer en tant que maman.

Vous le constatez, les niveaux de lecture sont nombreux, et ô combien complémentaires. Par le biais des textes magnifiques de Gilles Paris et des illustrations époustouflantes d’Aline Zalko, l’histoire de petit Hyppolite, dont les journées teintées de couleur se heurtent à la vie terne de son papa qui travaille à l’usine et à la réalité de la cour de son école, nous bouleverse – s’il s’échine à voir les couleurs ce qui l’entoure, il faudrait tellement peu de choses pour que le gris de notre réalité (ce gris que nous avons laissé s’installer en devenant adultes) l’engloutisse, et son univers merveilleux avec lui.

Pour ma part, je me suis laissée submerger dans un premier temps par les illustrations d’Aline Zalko, que je ne connaissais pas mais dont le travail ici est remarquable, pour ensuite m’imprégner des mots de Gilles Paris, tendres, authentiques, poétiques et parfois cruels. J’ai enfin, lors d’une troisième lecture, mêlé ces deux expériences pour « ressentir » l’histoire d’Hyppolite auquel je me suis irrémédiablement attachée – tentant de faire mienne sa vision colorée des gens et du monde. Puis enfin, j’ai « montré » et lu cette histoire à ma Mini-Lectrice qui m’a immédiatement l’album refermé demandé ses crayons pour dessiner sa sœur et ses copains – tous en couleurs.

Alors voilà, je voudrais vous conseiller de profiter de vos vacances pour reconquérir /vous réapproprier la vision colorée du monde d’Hyppolite, et partager la lecture de ce bel et touchant album avec les petits et les grands qui vous entourent. Car c’est bien connu : la belle littérature jeunesse est celle qui dépasse largement le public des jeunes lecteurs

« Silver Batal & le Dragon d’eau » par K.D Halbrook (Lumen) * brillant

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Silver est apprentie joaillère – pas qu’elle l’ait souhaité, mais dans son univers, les enfants sont destinés à embrasser les carrières de leur père pour perpétuer leur savoir-faire. Pourtant la jeune fille le sait, le sent : son destin est ailleurs. Là, dans cette ville où sa famille et celles de tant d’artisans vivent au milieu du désert, elle rêve de dragons d’eau, de compétitions, d’ailleurs. Et lorsque la meilleure dresseuse de dragons annonce sa venue avec la reine Iméa, Silver décide de forcer le destin, notamment grâce à l’aide inattendue d’une vielle femme qui semble en savoir beaucoup sur les dragons d’eau et les usages de la Cour. Cependant, ce premier pas vers ce destin qu’elle appelle va l’éloigner définitivement des siens et la conduire sur une route parsemée d’embûches et de rencontres extraordinaires – plus rien ne sera plus jamais comme avant pour Silver et elle devra s’appuyer sur ses quelques amis pour lutter contre un nombre sans cesse croissant d’ennemis. C’est le prix à payer, apprendra-t-elle, pour vivre ses rêves

L’histoire de Silver, cette toute jeune fille, est proprement passionnante, non seulement parce que l’autrice lui tisse un destin captivant et parsème sa route de personnages et d’aventures passionnants, mais aussi parce qu’elle saisit avec justesse ce moment de l’adolescence où les rêves d’enfant se confrontent à la vie, cette bascule dans une vie où on décide de se battre pour vivre comme on l’entend ou d’accepter le destin que d’autres ont imaginé pour nous. Avec beaucoup de psychologie, K D Halbrook parle de ces héros de l’enfance qui déçoivent en grandissant, de ces personnes que l’on pense invisibles et qui se révèlent incontournables, de cette découverte de soi dans l’adversité, de ce moment déchirant où l’on accepte de décevoir ses parents pour ne pas abandonner nos rêves. L’intrigue est donc riche des hésitations de la jeune fille qui s’articulent à des moments d’actions et de suspense comme seule la littérature fantastique en réserve : combats épiques, créatures magiques lumineuses ou ténébreuses, univers imaginaire captivant, … Tous les ingrédients sont là – et unis par une écriture et une traduction fluides et remarquables – pour nous enchanter et nous entrainer dans un univers magique tout droit sorti de l’imagination de l’autrice, dont on espère qu’elle nous y reconduira rapidement pour la suite des aventures de Silver.

Mention spéciale pour la couverture, tout simplement merveilleuse (comme souvent chez Lumen)