« Cassandra et ses sœurs » d’Anna Jacobs (L’Archipel) * déjà vu mais efficace

Après Le destin de Cassandra – que je n’ai pas lu, ce qui n’entrave pas cette lecture -, Anna Jacobs remet en scène les sœurs Blake, quatre jeunes femmes originaires d’Angleterre et obligées de quitter leur village pour se soustraire à la haine de leur tante. Elles ont ainsi dû, contre leur gré, gagner la sauvage Australie. Et si pour Cassandra, l’ainée, et pour les jumelles Maia et Xanthe cet exil semble finalement être le début d’une nouvelle vie à leur goût, Pandora reste quant à elle inconsolable : elle ne se fait pas au climat ni aux conditions de vie, et regrette sa chère campagne anglaise chaque jour un peu plus. C’est alors que survient inopinément Zachary Carr, envoyé par le notaire de leur oncle décédé pour leur faire part d’une nouvelle qui changera la vie des quatre sœurs pour toujours, à bien des égards.

Cassandra et ses sœurs est un roman d’évasion et féminin bien écrit, dans la pure lignée de ces textes qui nous plongent dans l’outback australien à l’époque de sa conquête par les Européens, nous dépeignant sa sauvagerie et sa beauté. Anna Jacobs fait se côtoyer des personnages attendus mais attachants, au destin sans surprise mais que l’on prend plaisir à suivre d’Australie en Angleterre. Ici au cœur de l’intrigue, Pandora est une jeune femme moderne pour son époque, libre, amoureuse et courageuse. Loin de se laisser abattre par les récentes épreuves traversées par toutes les quatre, elle en fait son moteur pour se bâtir une nouvelle vie, plus en accord avec ses aspirations et son cœur. Face à des adversaires déterminés et à l’adversité, Pandora se découvrira des amis, du courage et un amant. Peu original, certes, mais efficace.

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« La fille du square » d’Angela Behelle (Diva Romance) * une romance tendre et douce (et bretonne)

Voici une romance qui me faisait de l’œil depuis quelques temps : non seulement la couverture est très belle (et originale pour les éditions Diva Romance), mais en plus elle est signée Angela Behelle, dont nous avons déjà présenté quelques titres (souvenez-vous, ils sont particulièrement hot). 2 arguments qui l’ont faite passer en priorité sur ma PAL, et je ne peux que m’en féliciter.

Car La fille du square est une romance douce, tendre, qui fait du bien et se démarque justement de ce que nous avions lu d’Angela Behelle. Abi et Erwan, les deux héros, sont tout à la fois des héros de romance conformes aux codes du genre, mais aussi remarquablement humains, familiers, fragiles. Alors oui, rien de destinait le photographe de mode en vogue récemment installé à Paris et la jeune scénariste de série télé retirée du monde depuis un accent de voiture qui l’a marquée dans sa chair. Alors oui, il est beau et multiplie les aventures d’un soir et elle a des boucles (ben oui, les héroïnes de romance ont souvent des chevelures bouclées indisciplinées… ça vous rappelle quelqu’une ? 😊), elle est timide et rougissante, mais ils sont aussi tous les deux prisonniers de l’image que leurs entourages / leur miroir leur renvoient : trop beau pour être romantique, trop complexée pour être désirable. Ils vont se rencontrer, s’apprivoiser et petit à petit s’aimer. C’est convenu, c’est attendu, mais c’est terriblement bien écrit et bien mené, c’est romantique à souhait, c’est touchant et c’est parfois drôle.

Laissez-vous donc tenter par cette belle romance, que vous connaissiez la plume d’Angela Behelle ou non. Nul doute que ce texte vous convaincra que la romance française vaut le détour – et tout particulièrement les textes de cette autrice.

« Le dernier des nôtres » d’Adélaïde de Clermont Tonnerre (Le livre de poche) * Héritage muet

Werner l’a toujours su : il a été adopté étant petit. Seul vestige de sa première vie : un nom et un prénom – Werner Zilch – et cette phrase « Il est le dernier des nôtres ». Depuis, il a grandi entouré de l’amour d’un foyer américain, choyé par des parents qui l’ont toujours idéalisé et porté à bout de bras. Une chose est sûre : ce n’est pas d’eux qu’il tient son ambition et son sens de l’aventure… A 30 ans à peine, le voici à la tête d’un empire financier bâti de toute pièce par ses soins et avec l’aide de son meilleur ami. Seul domaine qui lui résiste : le cœur. Werner enchaine les conquêtes avant de rencontrer Rebecca, puis pour tenter de l’oublier – mais en plus d’un amour fou et quelque peu tourmenté, autre chose les lie, un passé sombre, impossible à porter et qui risque bien de détruire la vie de Werner et tout ce qu’il avait jusque là tenté de créer.

Adélaïde de Clermont Tonnerre a reçu pour ce merveilleux roman bâti entre le passé et le présent le Grand Prix de l’Académie française et a été sélectionné pour le Prix des Lecteurs 2018 – des distinctions méritées puisqu’on se délecte dès les premières pages d’une intrigue sombre, lourde, structurée sur un aller-retour entre l’Allemagne de la fin de la Seconde Guerre Mondiale et les Etats-Unis de la fin des années 1960. On y suit les destins mêlés de deux familles liées par le même homme, Werner Zilch, arraché à la première et recueilli par la seconde, à la croisée de ce que les hommes peuvent offrir de plus beau ou infliger de plus cruel à ses semblables. Nous sommes happés dès le début par ces plongées dans le quotidien de deux époques que rien ne semble pouvoir unir, par ces vraies vies décrites dans ce qu’elles eurent de plus beau et de plus dur. La description de l’Allemagne nazie défaite vue par le prisme des Allemands nous rappelle que la fin de « notre » guerre a marqué pour ce pays et ses habitants le début d’exaction, de bombardements, de l’occupation et de la peur. C’est dérangeant, c’est révoltant, et pour certain d’entre nous, c’est une découverte. Tout comme l’histoire de ces scientifiques qui, pour le compte de l’Allemagne nazie, mirent au point des armes responsables de la mort de milliers de civils, et furent ensuite accueillis par les Etats-Unis qui souhaitaient leur soutirer ces innovations…. Comme souvent quand il s’agit de guerre, difficile de définir une frontière claire entre le bien et le mal, les bonnes intentions et les mauvaises actions. Werner Zilch en fera l’amère expérience en se plongeant dans son passé et en déterrant avec Becca des souvenirs douloureusement ensevelis

Bakhita, Véronique Olmi, Albin Michel

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Son nom d’avant le rapt, Bakhita l’a oublié. Née au Darfour dans la seconde moitié du XIXe siècle, la petite fille est enlevée et vendue comme esclave vers l’âge de 7 ans. Après une longue marche à travers le Soudan, elle est achetée sur le grand marché d’El Obeid par un premier maître, un chef arabe, comme cadeau pour ses filles. Six ans plus tard, propriété d’un général turc, elle est rachetée à Khartoum, par le consul d’Italie, son sauveur. En effet, quand fin janvier 1885, celui-ci est le dernier européen à quitter la capitale soudanaise avant sa chute, il emmène Bakhita avec lui, direction l’Italie. Là, la jeune fille découvre un pays très différent de l’idéal imaginé, où, comme en Afrique, les hommes peuvent être enchainés et les enfants abandonnés. Mais c’est aussi dans ce pays de contrastes, que Bakhita trouve Dieu et sa voie : elle sera religieuse et vouera sa vie aux enfants pauvres. 

Comme beaucoup de lecteurs et lectrices, il m’arrive d’avoir des périodes d’achats compulsifs, faisant grossir irrémédiablement ma PAL. Je me jette alors avidement sur les nouveautés, délaissant les ouvrages précédemment acquis, jusqu’à l’achat suivant qui, de nouveau, prend le pas sur les autres livres, et ainsi de suite… Il peut donc se passer plusieurs mois ou années avant que je n’ouvre certains romans et ce fut le cas ici avec Bakhita de Véronique Olmi, acheté en septembre 2017 car il avait obtenu le prix du roman FNAC. Après plus de 12 mois à prendre, un peu, la poussière dans ma bibliothèque, j’ai finalement eu envie de m’y plonger. Le début de ma lecture n’a pas été très concluant. J’avais beaucoup de mal à m’attacher à cette petite fille dont la destinée avait pourtant l’air passionnante. L’écriture de Véronique Olmi, que je découvrais, m’apparaissait froide, presque clinique : pas de dialogues, emploi du présent, de la 3e personne. Au bout d’une trentaine de pages, je me suis arrêtée et j’ai commencé le Lançon que je venais d’acquérir.

Cette pause a finalement été bénéfique. Quand j’ai repris Bakhita, je n’avais plus les mêmes attentes de lecture et, au fil des pages, ce qui m’avait semblé sans âme est devenu un texte puissant, envoûtant, pudique, qui ne se livre pas facilement, à l’image de son héroïne. Cette petite fille martyrisée porte une force rare en elle, qui lui permet de résister aux situations barbares et inhumaines qu’elle vit, une force simple, calme, naturelle, qui prend sa source dans les souvenirs de son enfance, aux côtés de sa mère. Les choix stylistiques de Véronique Olmi rendent justice à cette force. Ils nous mettent, nous lecteurs, dans les pas de Bakhita et nous permettent de ressentir ses émotions, ses doutes, ses rêves, sa foi. Car, malgré les horreurs de l’esclavage qui nous sont contées, cette histoire est avant tout une histoire de foi et d’espérance, en l’homme, en sa capacité à renaître encore et encore, en sa capacité à aimer son prochain sans condition. 

Un très beau roman à ne pas laisser, trop longtemps, « dormir » sur vos étagères.

Maîtresse Jedi

 

« Dix jours avant la fin du monde » de Manon Fargetton (Gallimard Jeunesse) * et vous, que feriez-vous?

Le monde meurt. Dès qu’elle voit les images qui envahissent les médias et les réseaux sociaux et qui montrent des murs d’explosion qui ravagent le globe méthodiquement, Lili-Ann le sait. Le compte à rebours est lancé : pour la France, pour elle et pour tant d’autres, il reste 10 jours. 10 jours pour trouver une solution, prier, se résigner, aimer, profiter, pleurer, ou pardonner …

Pour sa part, Lili-Ann a un projet : rallier la Bretagne pour retrouver sa famille et attendre avec elle la fin du monde. Mais pour beaucoup d’autres, cette fin du monde renvoie à ce que l’Homme a de meilleurs et de pire : lancés sur la route de l’exode pour se réfugier à l’extrême ouest de l’Europe – qui sera touché en dernier -, hommes, femmes et enfants se laissent aller à leurs vraies natures. Et vous, que feriez-vous s’il vous restait 10 jours à vivre ?

A travers le voyage et la fuite de six hommes et femmes pour la vie, Manon Fargetton nous plonge dans le monde impitoyable de la survie, de la rage de vivre. Qu’il s’agisse de s’aider ou de se tuer, de s’aimer ou de se déchirer, de s’évader ou de chercher des solutions, de s’isoler ou de se fondre dans la masse, l’autrice développe un scénario catastrophe qui fait s’interroger chaque lecteur sur ce qui compte vraiment, sur ce qu’il voudrait sauver ou laisser derrière lui. Une question existentielle qui sert de fil rouge à la lecture, captivante et angoissante. Comme à chaque fois, Manon Fargetton appréhende avec justesse, parfois rudesse, la dualité de la nature humaine et sa complexité au travers de six personnages différents, familiers, attachants. On se passionne pour leurs aventures aussi, car Dix jours avant la fin du monde est avant tout un remarquable roman (initiatique ?) de science-fiction qu’il faut lire avec plaisir et partager nécessairement.

Pour finir : je ne pense pas me tromper en vous disant qu’à chaque nouveauté de Manon Fargetton, n’hésitez pas et précipitez-vous… Il semblerait qu’elle soit condamnée à nous passionner de livre en livre. Un autre conseil : si vous en avez l’occasion, allez à sa rencontre en salon ou en librairie : elle est en plus fort sympathique.