« Au service de sa Majesté la Mort – 1. L’ordre des Revenants » par Julien Hervieux (Castelmore)

Elizabeth est journaliste… en tout cas c’est ce dont elle aime se convaincre. Car en cette fin des années 1880, même à Londres, les femmes qui exercent une activité sont peu nombreuses… Encore moins dans cette profession dans laquelle les rédacteurs en chef sont souvent opposés au recrutement de femmes. Alors Elizabeth écrit et vend ses articles à un homme qui n’a plus de journaliste que la carte, occupé qu’il est à se shooter à l’opium à longueur de temps. Une vie dans l’ombre mais qui lui convenait finalement se dit-elle aujourd’hui. Car à présent, Elizabeth est morte – plus active que jamais, mais morte. Arrachée à son cercueil pour être recrutée par une organisation au service de la Mort en personne (rien que ça), elle traque à présent celles et ceux qui, par toutes sortes de moyens, échappent à leur fin. Un travail dangereux mais passionnant – faute d’être gratifiant. Au moins, face à la Mort, hommes et femmes sont égaux…

Julien Hervieux, rencontré en salon, m’avait convaincue de commencer cette série de littérature jeunesse – j’ai eu le bonne idée de l’écouter et peux donc aujourd’hui à mon tour faire de mon mieux pour vous convaincre de vous lancer. Ce roman en effet mêle remarquablement l’Histoire, le fantastique, le suspense. Résultat : on suit Elizabeth avec passion, découvrant l’univers créé pour nous (et pour les jeunes lecteurs spécifiquement) par Julien Hervieux. Vivants ou morts, ses personnages évoluent dans l’intrigue, se rencontrent, se comprennent, se détestent ; ils mènent aussi des réflexions intemporelles (sur la vie, le bonheur, l’amour, la trahison, la quête de sens, la mort, …) avec intelligence et humour. On s’attache rapidement à eux, on se passionne pour leurs enquêtes et la nouvelle « vie » d’Elizabeth … Et on espère pour elle que cette dernière tiendra les promesses qu’elle semble réserver à la jeune fille.

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« Un coin d’azur pour deux » par Emma Sternberg (L’Archipel) * en route pour Capri!

En mai, peu à peu, le printemps avance et cède la place à l’été … enfin, normalement ! Parce que vous reconnaitrez que si vous parler de météo n’est pas original, nous sommes d’accord sur l’essentiel : quand pourrons-nous vraiment profiter de vrais rayons de soleil, chauds et réconfortants ? Et parce que je ne suis pas une grenouille-météo et autres jolies présentatrices divinatrices, je préfère, pour vous éviter la sinistrose, vous parler livres et romans ensoleillés ! Parmi eux, ce texte made in Germany reçu récemment et qui, immédiatement, fait du bien au moral : quelle belle couverture colorée et acidulée… on s’y croirait 😊 Et c’est donc d’autant plus volontiers qu’on se laisse embarquée pour Capri, l’Italie, et tutti quanti !

Emma Sternberg, allemande de son état, nous entraine en effet à la suite d’Isa, nouvellement célibataire et titulaire d’un poste qui la désespère, en bord de mer, du côté de Capri. Si la jeune femme ne pense pas que cette fuite résoudra tous ses problèmes, elle estime que répondre à cette énigmatique annonce promettant un été à Capri en échange de « travaux de documentation et de lecture » est une alternative saine à la déprime qui la guette. D’autant que rapidement, les tâches pour lesquelles elle est recrutée ne sont qu’un prétexte pour plonger dans les souvenirs d’une autrice à succès et découvrir les magnifiques paysages locaux. Pour autant, le soleil, les amitiés et pourquoi pas l’amour parviendront-ils à insuffler à Isa l’énergie et l’optimisme dont elle aura besoin pour se réinventer ?

Un coin d’azur pour deux, s’il ne révolutionne pas le genre, coche toutes les cases du roman feel good couplé au roman idéal pour l’été. Emma Sternberg maitrise les codes et sait faire vibrer les cœurs en mettant en scène deux histoires d’amour parallèles mais ô combien différentes, le tout dans des paysages de rêve. Et si en plus d’une belle lecture nous avions là trouvé la destination idéale pour cet été ?

« Et tu entendras le bruit de l’eau » de Sophie Jomain (&H) * un roman vivifiant

Marion est journaliste People, et elle est plutôt très bonne dans sa partie. Sa vie d’ailleurs tourne presque intégralement autour de son métier… le reste ne faisant que passer sans jamais s’installer. Elle y met tout son professionnalisme, faute d’y mettre son cœur et son âme… avouez qu’interviwer une star n’est pas non plus l’exercice le plus passionnant et enrichissant. Mais le jour où elle se fait doubler par un concurrent pour un article et perd son calme face à sa hiérarchie, elle se dit qu’elle a peut-être besoin de ces congés dont elle a été (et s’est) privée les dernières années. Elle se souvient alors qu’elle avait aimé la photographie, à l’époque où elle avait encore du temps pour y songer. Qu’à cela ne tienne, la voici partie avec son sac à dos et son appareil sur la Baie de Somme, une magnifique région sauvage et suffisamment loin de Paris pour, elle l’espère, se reposer. Ce dont elle ne se doutait pas, c’est qu’en plus du calme, elle y trouverait beaucoup – et suffisamment pour accepter de remettre en question la vie bien remplie mais si insipide qu’elle s’était bâtie jusque là.

Si ce nouveau roman de Sophie Jomain est radicalement différent du précédent, très léger et clairement destiné à divertir, Et tu entendras le bruit de l’eau est quant à lui plus profond, plus engagé. Sans pour autant s’attarder trop longtemps dessus, elle glisse dans le parcours de Marion et des personnages qui gravitent autour d’elle des messages importants : immigration, défense de la nature, recherche de sens, … Marion est une jeune femme moderne qui porte des valeurs, qui trouvent toute leur place dans l’intrigue. Un grain de sable et c’est toute la mécanique de sa vie qui se retrouve grippée… Mais peut-être était-ce nécessaire?

De ses balades et de ses rencontres, de son introspection et de ses engagements, Sophie Jomain tisse un roman agréable à lire, bien mené, joliment ancré dans la Baie de Somme – idéal pour le joli mois de mai et ses « ponts » !

 

« Leonora Kean, 1 – Chasseuse d’âmes » de Cassandra O’Donnell (Pygmalion) * fan

 

On vous l’avait dit, on attendait avec impatience de découvrir ce premier épisode des aventures de Leonora, la fille de Rebecca Kean dont nous avions dévoré les différents tomes. Fantômes facétieux, vampires craquants, loups-garous canons, sorcières redoutables, nécromants séduisants, … Nous avions hâte de retrouver ces personnages addictifs, cette fois perçus par le biais de la fille de Rebecca, elle-même largement dangereuse et redoutée. Car si elle est la fille d’une chasseuse de prime démoniaque et de l’un des vampires les plus anciens du monde – et ce n’est là que la première génération de gènes incroyables dont elle est le fruit -, Leonora est également l’Elue de la Mort pour ramener à elle toutes les âmes errantes. Vous en conviendrez, à 16 ans, la jeune fille a une vie hors normes sous bien des aspects. Des particularités que son séjour en Europe, où sa mère l’avait envoyée pour être protégée et formée, ne vont faire que renforcer. Aucun doute, Leonora est bien la fille de sa mère, et cela nous ravit !

Hébergée avec Ariel, sorcier au pouvoirs incommensurables et véritable garde-fou aux pouvoirs qu’elle peut mobiliser, dans le village des Vikaris, la tribus de sorcières dont sa mère est issue et Reine, Leonora se pensait seulement exposée à la haine de ses habitantes à cause de son ascendance – elles sont les principales menaces des vampires, qu’elles chassent sans merci. Pourtant, rapidement, les pouvoirs qu’elle tient de la déesse de la mort lui font percevoir un danger inédit, inconnu mais effrayant et qui menace tout à la fois les vampires et les sorcières. Soutenue par Ariel, qui semble lui porter une affection croissante et l’entoure d’un amour qu’elle n’est pas prête à accepter, Leonora accepte une mission qu’elle seule peut accomplir. A moins que ce ne soit la dernière.

Cassandra O’Donnelle a repris dans ce premier tome (et on espère qu’il y en aura beaucoup d’autres) tous les ingrédients qui ont fait le succès de la série Rebecca Kean, à cela près que le « profil » atypique de Leonora lui permet d’explorer de nouveaux univers fantastiques. Humour et suspense se mêlent parfaitement, et la fresque des personnages – nouveaux et déjà connus – s’étoffe. Incontestablement, nous sommes fans de Leo comme nous le sommes de sa mère… Vivement la suite !

« Le diamant de St Pétersbourg » de Kate Furnivall (Charleston) * à l’heure où tombe la Russie

Valentina voit son innocence mourir à l’hiver 1910, lorsqu’un attentat visant son père, ministre du Tsar, cloue sa petite sœur dans un fauteuil roulant. Et parce qu’elle-même avait momentanément fuit le domaine familial pour une balade à cheval en toute liberté, elle porte le poids de sa culpabilité en plus de l’accusation à peine voilée de ses parents d’avoir manqué à ses devoirs d’aînée. Résolue à se rattraper, elle tente alors tant bien que mal d’accepter et de se montrer à la hauteur des attentes de ses parents : études de musique, beau mariage, soins de sa sœur… Pourtant, la belle Valentina en veut plus et parvient à se ménager des petits espaces de liberté au cours desquels elle apprend le métier d’infirmière et rencontre un étranger qui fait battre son cœur. Mais la Russie, à laquelle sa famille et elle sont tellement attachées, commence à trembler sous la violence des cris du peuple affamé de pain et de justice. Malgré son caractère et sa loyauté, Valentina va se trouver entraînée dans des troubles qui la dépasseront de loin et ne rendront pas simple la promesse faite un jour à sa sœur de la protéger pour toujours.

Kate Furnivall, dont nous avions déjà lu La concubine russe, nous entraîne une nouvelle fois à travers la Russie du début du 20ème siècle, frémissante des troubles qui la mettront à genou en 1917. A travers le regard de l’aristocrate qu’est Valentina, nous assistons aux premiers troubles bolcheviques, aux soulèvements des ouvriers, aux premiers attentats visant avec plus ou moins de succès les membres du gouvernement du Tsar, mais aussi aux premiers travaux visant à assainir Saint-Pétersbourg en proie aux épidémies et à des hivers exceptionnellement froids. Valentina, comme toutes les héroïnes Charleston, et une jeune femme forte, résolue à écrire sa propre histoire malgré des forces contraires. Elle se lance dans des études d’infirmière alors même que travailler est à l’époque pour une aristocrate est une aberration, et fera de ce statut à part une véritable opportunité pour garder le contrôle de son existence. Et de son cœur.

Une fresque brillamment écrite, intelligemment menée et enrichie par des personnages attachants qui incarnent toutes les contradictions de la Russie qui tombe et de l’Union soviétique qui lui succédera. C’est dépaysant, captivant, que l’on connaisse ou nom la Russie et son histoire.