« Inventer les couleurs » de Gilles Paris (Illustrations d’Aline Zalko – Giboulées) * une pépite à savourer

Il y a tellement longtemps que j’ai lu pour la première fois cet album que vous auriez pu penser que je l’avais oublié. Si je ne m’en sens pas très fière et que ce délai est aussi largement lié à « ma vraie vie », je crois qu’il me fallait aussi pouvoir le relire, le re-regarder, le re-ressentir pour pouvoir vous livrer à son propos mon vrai sentiment. Parce que ce livre m’a émerveillée en tant qu’observatrice, m’a bouleversée en tant que lectrice, m’a faite pleurer en tant que maman.

Vous le constatez, les niveaux de lecture sont nombreux, et ô combien complémentaires. Par le biais des textes magnifiques de Gilles Paris et des illustrations époustouflantes d’Aline Zalko, l’histoire de petit Hyppolite, dont les journées teintées de couleur se heurtent à la vie terne de son papa qui travaille à l’usine et à la réalité de la cour de son école, nous bouleverse – s’il s’échine à voir les couleurs ce qui l’entoure, il faudrait tellement peu de choses pour que le gris de notre réalité (ce gris que nous avons laissé s’installer en devenant adultes) l’engloutisse, et son univers merveilleux avec lui.

Pour ma part, je me suis laissée submerger dans un premier temps par les illustrations d’Aline Zalko, que je ne connaissais pas mais dont le travail ici est remarquable, pour ensuite m’imprégner des mots de Gilles Paris, tendres, authentiques, poétiques et parfois cruels. J’ai enfin, lors d’une troisième lecture, mêlé ces deux expériences pour « ressentir » l’histoire d’Hyppolite auquel je me suis irrémédiablement attachée – tentant de faire mienne sa vision colorée des gens et du monde. Puis enfin, j’ai « montré » et lu cette histoire à ma Mini-Lectrice qui m’a immédiatement l’album refermé demandé ses crayons pour dessiner sa sœur et ses copains – tous en couleurs.

Alors voilà, je voudrais vous conseiller de profiter de vos vacances pour reconquérir /vous réapproprier la vision colorée du monde d’Hyppolite, et partager la lecture de ce bel et touchant album avec les petits et les grands qui vous entourent. Car c’est bien connu : la belle littérature jeunesse est celle qui dépasse largement le public des jeunes lecteurs

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« Silver Batal & le Dragon d’eau » par K.D Halbrook (Lumen) * brillant

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Silver est apprentie joaillère – pas qu’elle l’ait souhaité, mais dans son univers, les enfants sont destinés à embrasser les carrières de leur père pour perpétuer leur savoir-faire. Pourtant la jeune fille le sait, le sent : son destin est ailleurs. Là, dans cette ville où sa famille et celles de tant d’artisans vivent au milieu du désert, elle rêve de dragons d’eau, de compétitions, d’ailleurs. Et lorsque la meilleure dresseuse de dragons annonce sa venue avec la reine Iméa, Silver décide de forcer le destin, notamment grâce à l’aide inattendue d’une vielle femme qui semble en savoir beaucoup sur les dragons d’eau et les usages de la Cour. Cependant, ce premier pas vers ce destin qu’elle appelle va l’éloigner définitivement des siens et la conduire sur une route parsemée d’embûches et de rencontres extraordinaires – plus rien ne sera plus jamais comme avant pour Silver et elle devra s’appuyer sur ses quelques amis pour lutter contre un nombre sans cesse croissant d’ennemis. C’est le prix à payer, apprendra-t-elle, pour vivre ses rêves

L’histoire de Silver, cette toute jeune fille, est proprement passionnante, non seulement parce que l’autrice lui tisse un destin captivant et parsème sa route de personnages et d’aventures passionnants, mais aussi parce qu’elle saisit avec justesse ce moment de l’adolescence où les rêves d’enfant se confrontent à la vie, cette bascule dans une vie où on décide de se battre pour vivre comme on l’entend ou d’accepter le destin que d’autres ont imaginé pour nous. Avec beaucoup de psychologie, K D Halbrook parle de ces héros de l’enfance qui déçoivent en grandissant, de ces personnes que l’on pense invisibles et qui se révèlent incontournables, de cette découverte de soi dans l’adversité, de ce moment déchirant où l’on accepte de décevoir ses parents pour ne pas abandonner nos rêves. L’intrigue est donc riche des hésitations de la jeune fille qui s’articulent à des moments d’actions et de suspense comme seule la littérature fantastique en réserve : combats épiques, créatures magiques lumineuses ou ténébreuses, univers imaginaire captivant, … Tous les ingrédients sont là – et unis par une écriture et une traduction fluides et remarquables – pour nous enchanter et nous entrainer dans un univers magique tout droit sorti de l’imagination de l’autrice, dont on espère qu’elle nous y reconduira rapidement pour la suite des aventures de Silver.

Mention spéciale pour la couverture, tout simplement merveilleuse (comme souvent chez Lumen)

 

« Monsieur » par E.L James (France Loisirs/Lattès) * par l’autrice de…

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Maxim est né avec une cuillère en or dans la bouche – et n’en a pas conscience jusqu’au jour où son frère aîné se tue sur la route. Ce deuil le met à genoux et l’oblige aussi à se confronter à la réalité : le voici comte, Lord. Fini le temps où il vivait en marge des responsabilités : le voici propulsé à la tête d’un empire immobilier et financier. Sa vie dérape. Et alors même que tout lui échappe, il croise le regard noir d’Alessia, jeune immigrée albanaise qui s’occupe depuis quelques temps de son ménage. Il ne le sait pas encore, mais cette frêle jeune femme au lourd passé et à fleur de peau va changer sa vie et sa façon d’être au monde ; une rencontre romantique, sensuelle et improbable comme seule la littérature en engendre.

Vous l’avez peut-être vu sur les réseaux sociaux mais c’est surtout la curiosité qui m’a conduite à l’achat de ce roman ; non que j’ai particulièrement aimé la série Fifty Shades, mais je ne pouvais me départir de l’envie de savoir comment l’autrice arriverait à créer un autre univers, à progresser dans sa démarche d’écrivain, à mettre en scène d’autres personnages qu’Anna et Christian et à inventer une histoire d’amour qui ne soit pas la leur. Je suis donc plutôt surprise de vous rendre compte d’une lecture plaisante, d’un roman qui suit les codes très établis de la romance : elle est inexpérimentée et fragile (en apparence), il a tout, est séduisant mais cache une part de lui vulnérable – tout les oppose mais le destin et une alchimie physique les conduit dans les bras l’un de l’autre, engendrant l’Amour avec ce grand A dont nous rêvons tou-te-s. Alessia et Maxim ne font pas exception à la règle, mais leurs histoires respectives et celle qu’ils se construisent tous les deux fonctionnent bien et nous entrainent de page en page vers un épilogue que nous savons heureux… tout en nous tordant les mains en redoutant les épreuves que le destin (toujours lui) met sur leur route.

Incontestablement, EL James nous offre là un roman très différent, beaucoup plus consensuel (et bien moins sensuel), cependant toujours marqué par ce romantisme érotisé qui avait captivés les lectrices (et les lecteurs) de ses précédents romans. On se laisse (une nouvelle fois) prendre au jeu et séduire par cet homme magnifique qui se réinvente pour une frêle jeune femme bien décidée à ne pas laisser la vie (et les hommes) la déposséder de ses rêves. Un roman à emmener en vacances, incontestablement.

« Au service de sa Majesté la Mort – 1. L’ordre des Revenants » par Julien Hervieux (Castelmore)

Elizabeth est journaliste… en tout cas c’est ce dont elle aime se convaincre. Car en cette fin des années 1880, même à Londres, les femmes qui exercent une activité sont peu nombreuses… Encore moins dans cette profession dans laquelle les rédacteurs en chef sont souvent opposés au recrutement de femmes. Alors Elizabeth écrit et vend ses articles à un homme qui n’a plus de journaliste que la carte, occupé qu’il est à se shooter à l’opium à longueur de temps. Une vie dans l’ombre mais qui lui convenait finalement se dit-elle aujourd’hui. Car à présent, Elizabeth est morte – plus active que jamais, mais morte. Arrachée à son cercueil pour être recrutée par une organisation au service de la Mort en personne (rien que ça), elle traque à présent celles et ceux qui, par toutes sortes de moyens, échappent à leur fin. Un travail dangereux mais passionnant – faute d’être gratifiant. Au moins, face à la Mort, hommes et femmes sont égaux…

Julien Hervieux, rencontré en salon, m’avait convaincue de commencer cette série de littérature jeunesse – j’ai eu le bonne idée de l’écouter et peux donc aujourd’hui à mon tour faire de mon mieux pour vous convaincre de vous lancer. Ce roman en effet mêle remarquablement l’Histoire, le fantastique, le suspense. Résultat : on suit Elizabeth avec passion, découvrant l’univers créé pour nous (et pour les jeunes lecteurs spécifiquement) par Julien Hervieux. Vivants ou morts, ses personnages évoluent dans l’intrigue, se rencontrent, se comprennent, se détestent ; ils mènent aussi des réflexions intemporelles (sur la vie, le bonheur, l’amour, la trahison, la quête de sens, la mort, …) avec intelligence et humour. On s’attache rapidement à eux, on se passionne pour leurs enquêtes et la nouvelle « vie » d’Elizabeth … Et on espère pour elle que cette dernière tiendra les promesses qu’elle semble réserver à la jeune fille.

« Un coin d’azur pour deux » par Emma Sternberg (L’Archipel) * en route pour Capri!

En mai, peu à peu, le printemps avance et cède la place à l’été … enfin, normalement ! Parce que vous reconnaitrez que si vous parler de météo n’est pas original, nous sommes d’accord sur l’essentiel : quand pourrons-nous vraiment profiter de vrais rayons de soleil, chauds et réconfortants ? Et parce que je ne suis pas une grenouille-météo et autres jolies présentatrices divinatrices, je préfère, pour vous éviter la sinistrose, vous parler livres et romans ensoleillés ! Parmi eux, ce texte made in Germany reçu récemment et qui, immédiatement, fait du bien au moral : quelle belle couverture colorée et acidulée… on s’y croirait 😊 Et c’est donc d’autant plus volontiers qu’on se laisse embarquée pour Capri, l’Italie, et tutti quanti !

Emma Sternberg, allemande de son état, nous entraine en effet à la suite d’Isa, nouvellement célibataire et titulaire d’un poste qui la désespère, en bord de mer, du côté de Capri. Si la jeune femme ne pense pas que cette fuite résoudra tous ses problèmes, elle estime que répondre à cette énigmatique annonce promettant un été à Capri en échange de « travaux de documentation et de lecture » est une alternative saine à la déprime qui la guette. D’autant que rapidement, les tâches pour lesquelles elle est recrutée ne sont qu’un prétexte pour plonger dans les souvenirs d’une autrice à succès et découvrir les magnifiques paysages locaux. Pour autant, le soleil, les amitiés et pourquoi pas l’amour parviendront-ils à insuffler à Isa l’énergie et l’optimisme dont elle aura besoin pour se réinventer ?

Un coin d’azur pour deux, s’il ne révolutionne pas le genre, coche toutes les cases du roman feel good couplé au roman idéal pour l’été. Emma Sternberg maitrise les codes et sait faire vibrer les cœurs en mettant en scène deux histoires d’amour parallèles mais ô combien différentes, le tout dans des paysages de rêve. Et si en plus d’une belle lecture nous avions là trouvé la destination idéale pour cet été ?