« Dracula, Les origines » de Dacre Stocker et J.D Barker (Michel Lafon) * délicieusement terrifiant

Lorsque Bram Stocker présente Dracula à son éditeur pour la première fois, il est catégorique : ces faits sont réels, les vampires (ou quel que soit le nom qu’on leur donne à travers le monde) existent, il le sait. Mais son discours ne trouve pas grâce aux yeux du professionnel, qui s’il apprécie l’histoire, tient à ce qu’elle soit présentée comme une fiction – la suite, nous la connaissons : le roman devient un classique, faisant trembler ses contemporains et des générations de lecteurs depuis.

Dacre Stocker et J.D Barker nous entrainent donc sur les pas du petit Bram, enfant malade et condamné à subir au lit les absurdités d’une médecine incapable de l’aider. S’il observe par la fenêtre vivre le monde et par les yeux de sa nanny la vie de sa famille – il a de nombreux frères et sœurs -, il se morfond. Mais une nuit, alors que la fin semble proche, se produit un miracle : au terme d’un songe dans lequel Ellen, sa nanny qui s’occupe de la fratrie et de lui en particulier depuis qu’il est bébé, endosse un étrange et effrayant rôle, il se réveille « guérit », libéré des douleurs qui le harcelaient nuit et jour depuis sa naissance et capable de se tenir debout. D’abord ravi, il confie à sa sœur Mathilda son incompréhension et ses souvenirs de cette nuit étrange, au cours de laquelle il a compris qu’Ellen ne pouvait être une bonne comme les autres. Il est alors inconscient des conséquences des questions qu’il pose, mais surtout des réponses qu’il va obtenir. C’est le début d’une quête qui va le poursuivre toute sa vie d’enfant et de jeune adulte, jusqu’à ce qu’à nouveau ce mystère devienne central dans son existence et le conduise à rencontrer le comte Dracula, cette créature machiavélique qui deviendra le vampire le plus connu de la littérature.

Indéniablement, Bram a changé cette nuit-là… Mais est-ce en bien ou en mal ? est-ce l’œuvre de Dieu ou du Diable ? Tout peut-il être expliqué aussi simplement qu’en ces termes dichotomiques ?

C’est cette frontière floue entre la fiction et la réalité que Dacre Stocker (arrière petit neveu de Bram) et J.D Barker, auteur de littérature fantastique, explorent avec ce roman horrifique qui nous plonge tout à la fois dans la genèse d’une œuvre majeure et dans l’histoire d’un auteur mythique, littéralement habité par son récit. La collaboration entre les deux auteurs fonctionne incroyablement bien, nous offrant un texte enlevé, incroyablement bien écrit et absolument passionnant. Et si l’on prend plaisir à se laisser embarquer dans cette histoire gothique, écrite tout comme Bram Stocker aurait pu le faire, on frissonne à l’idée qu’une partie de ce que nous découvrons et lisons puisse être réel, ou partiellement réel. Quand fiction et réalité sont si intimement lié, impossible d’affirmer où l’imagination supplante le réel… et vis versa.

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« Histoires inspirantes pour les audacieux, 21 biographies pour apprendre à oser » par Brigitte Labbé (Leduc.s jeunesse) * offrez de l’audace à Noël

« Encore ! » allez-vous nous dire ! Il est vrai que nous avons reçu et présenté de nombreuses biographies adaptées pour le jeune public les derniers temps. Une vraie tendance donc, que les éditeurs ont notamment orientée pour beaucoup vers des portraits et des parcours féminins, pour rappeler – à une époque qui malheureusement semble en avoir besoin – que les femmes ont tout autant marqué l’Histoire que les hommes et ce dans tous les domaines. Pourtant ici, ce sont surtout des hommes qui sont mis à l’honneur, et s’il est possible de le regretter, nous ne pouvons cependant que saluer les personnages choisis : Martin Louis XIV, Luther King, Victor Hugo, Einstein, Les Beatles ou St Ex, … il y en a pour tous les goûts, avec à chaque fois des parcours inspirants pour plusieurs raisons.

Qu’ils aient osé rêver et réaliser grand, prendre de la hauteur, la perfection, l’innovation, la révolution musicale, la libération des femmes, l’éveil spirituel, … voici les parcours de 21 personnalités connues ou moins connues vues par le prisme de leur engagement et des lignes qu’ils firent bouger. Joliment illustré et maquetté, ce beau livre fait se croiser littérature, histoire contemporaine et ancienne, musique, arts, politique, spiritualité, sciences, … avec fluidité, rendant accessibles des messages nécessaires et parfaitement illustrés par les vies et parfois les morts de ces acteurs majeurs de notre héritage.

Alors oui, il y a une tendance commerciale et éditoriale aux biographies travaillées pour s’adapter aux jeunes lecteurs, mais cela correspond nous l’espérons à une vraie volonté de rendre notre passé plus facilement accessible pour la création d’un futur plus serein et la construction d’une jeunesse qui se veut impliquée et concernée. Comme d’autres, Histoires inspirantes pour les audacieux est donc à mettre sous le sapin de nos jeunes proches pour leur donner quelques pistes de réflexions tout en leur offrant de jolis moments de lecture.

 

« Le passage médiéval » de Sabine Rochet (Nouvelles Plumes) => un roman historique et fantastique qui ravira les amateurs

Voici quelques temps que ce roman Nouvelles Plumes avait rejoint ma PAL, mais pour ne rien vous cacher, ses près de 900 pages en faisaient un pavé compliqué à transporter. J’ai donc attendu de pouvoir lire bien au chaud chez moi pour l’ouvrir, où il m’a permis de passer quelques très belles heures de lecture. Si je connaissais la maison d’édition, qui généralement ne me déçoit pas, je ne connaissais pas l’auteure et n’avais pas entendu parler de ce texte spécifiquement – qui pourtant ne peut manquer de ravir les amateurs de romans historiques et fantastiques, et de narration passé-présent maitrisée.

Eléonore, Mélanie et Alexandra en effet ne s’attendaient pas, lorsqu’elles entrèrent dans une boutique d’inspiration médiévale pour dégoter des costumes d’époque, à se trouver transportées en 1033, dans le comté de Genève. La raison : un sortilège prononcé en latin à voix haute devant un miroir aux étranges propriétés. Mais au-delà de l’incongruité de ce voyage dans le temps, ce sont surtout les affaires diaboliques dans lesquelles elles se trouvent impliquées qui les mettront en danger. A une époque où les femmes, leurs corps et leurs avis importent peu, les trois amies seront confrontées au pire, mais découvriront aussi les trésors d’une époque qui vit fleurir des modèles de courtoisie et de chevalerie. Sabine Rochet montre rapidement une maitrise des codes du genre, mais aussi de la géographie locale et de l’histoire du 11e siècle très appréciables, qui enrichissent indubitablement l’intrigue et rendent la lecture instructive en plus d’être plaisante – à noter que les lecteurs qui connaissent la région approuveront cet avis ou le contrediront avec plus d’arguments… Je n’y suis pour ma part jamais allée mais ce texte donne des idées!

Sabine Rochet nous livre aussi là un roman fantastique où se côtoient les hommes, Dieu et le Diable, la magie blanche et la magie noire, le guerre et la poésie, l’amour et la mort, et où chaque alliance renvoit à des intérêts difficilement identifiables de seigneurs dont on ne sait rien, ou si peu. Nous plongeons avec ravissement dans un Moyen-Âge magique qui nous transporte,  et sur les pas de 3 femmes qui cherchent à comprendre une époque sombre et à sauver ceux qu’elles apprennent à aimer dans cette époque et dans celle qu’elles ont quittée. On se plait à apprécier le regard impressionné des hommes sur ces femmes cultivées débarquées d’on ne sait où, on redoute les actions du Démon et de ses sbires, on a les yeux qui brillent lorsqu’elles trouvent l’amour, on comprend leur détresse face à des dangers qui les dépassent largement, on espère avec elle un retour dans le présent… puis on s’interroge sur le bien-fondé d’un retour. Le tout alimente une intrigue bien pensée, bien écrite, peut-être un peu longue mais qu’on prend beaucoup de plaisir à lire et à poursuivre sur près de 900 pages…. Ce n’est pas rien !

Seul bémol : la couverture et le titre sont très peu attractifs, et ne rendent pas honneur au texte. Un petit effort d’imagination et/ou d’originalité aurait été bienvenu….

 

 

« Où le cœur repose » de Tamara McKinley (L’Archipel) * un roman doudou à découvrir et à offrir!

Si vous nous suivez régulièrement, vous le savez : nous aimons nous « réfugier » dans les romans de Tamara McKinley, vrais « doudous » de lecture qui se dégustent en toute légèreté. Avec Où le cœur repose, nous retrouvons donc une auteure que nous apprécions et la Pension du bord de mer de Reilly que nous avons déjà eu le plaisir de suivre dans de précédents romans. Le tout fonctionne à nouveau très bien et si on n’est pas tellement surpris, on se régale toujours autant. Pourquoi se priver ?!

Comme pour les précédents titres de Tamara McKinley publiés sous pseudos (Ellie Dean), nous voici donc propulsés dans l’Angleterre de la Seconde Guerre Mondiale, entre Londres et Cliffehaven, sur la côte sud-est. Julie, infirmière et sage-femme, quitte la première suite au bombardement qui a tué tous les siens, pour s’installer dans cette ville côtière où elle espère trouver le soutien de sa sœur ainée, perdue de vue depuis des années. Elle y emmène aussi son neveu William, le fils de sa sœur cadette décédée et dont le père est porté disparu. En quelques jours, la vie de Julie a basculé mais la jeune femme est déterminée à continuer à exercer deux métiers qu’elle aime et à assumer la responsabilité de ce petit garçon – d’autant que le diagnostic tombe quelques mois plus tard : William souffre d’une maladie qui demande des soins et une attention importante. Mais si elle pensait fuir les plus importants dangers de la guerre, elle va découvrir le pilonnage intensif des côtes par les Allemands et les conditions de vie de « l’arrière », où les femmes travaillent à l’usine d’armement en espérant leurs enfants évacués à l’abri. L’occasion pour elle de se rendre compte que pour tous, ce deuxième conflit mondial a un impact direct sur le quotidien.

Tamara McKinley met en scène une nouvelle fois une femme malmenée par la vie et la Guerre mais qui décide de ne pas baisser les bras et de prendre en mains son destin, à une époque où c’est tout à la fois nouveau et nécessaire. Passionnée, Julie ne lâche rien et a la chance d’être prise sous l’aile de la famille Reuilly, qui revient de roman en roman et dont nous suivons le parcours durant la Guerre. Cette fois, elle sera comme tant d’autres largement touchée par le conflit, les plongeant dans l’affliction et la douleur. Là aussi, Julie mettra tout son cœur à adoucir les tourments de celles et ceux qui lui avaient tendu la main dès son arrivée.

« Des plumes sous ma couette » d’Amandine Cornette de St Cyr (L’Archipel)* une plongée savoureuse dans les coulisses de l’édition!

Bienvenue dans l’univers impitoyable et impayable de l’édition ! Anne, écrivain en mal de succès et résolue à tout (ou presque) pour l’atteindre, nous entraine à sa suite dans les méandres d’un univers de paillettes et de poudre (aux yeux). Si vous souhaitez continuer à penser que l’édition est un milieu à part, intellectuel et préservé, passez votre chemin ; si vous avez envie de rire des plus grands noms de la littérature, du journalisme et de l’édition actuelle (dont les personnages sont des reflets intéressants !), précipitez-vous ; si vous connaissez déjà l’édition, … et bien savourez !

Parce qu’Anne ne recule devant rien pour faire connaître ses deux premiers romans (passés complétement inaperçus en librairie et dans la presse), et va donc savamment collectionner les rencontres, les amants et les expériences en espérant trouver LA solution pour décoller. Drogue, couchages, copinages, incrust’ à des soirées, fréquentation des établissements les plus prestigieux, … La jeune trentenaire est déterminée et la suivre est savoureux – à sa suite, nous comprenons que la qualité d’un texte ne suffit pas pour rafler la mise, que connaître les bonnes personnes est là comme ailleurs une condition sine qua none pour percer, qu’être un homme reste l’argument principal pour obtenir un prix, et qu’écrivaine ou pas, une paire de belles jambes est un atout / un handicap certain. Du vieil académicien à l’écrivain maudit en passant par le scénariste amoureux des chats (tout écrivain qui se respecte se doit d’avoir un chat, non ?), elle va tout essayer, ne parvenant la plupart du temps qu’à t en apprendre plus sur la nature humaine ses nuances, souvent plus sombres.

Une plongée savoureuse et drôle dans les coulisses de l’édition – toute ressemblance avec des personnages et des faits ayant vraiment existé… n’est pas fortuite !