« La confusion du monde » de Christian Carisey (le cherche midi) * Première chronique de notre « Nouvelle »!

 

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Janvier 1492, le monde est à l’aube d’une ère nouvelle. Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon achèvent la Reconquista avec la chute du dernier royaume musulman de la péninsule Ibérique, Grenade. Parmi les fidèles qui assistent à la messe célébrée dans la grande mosquée de la ville, Christophe Colomb, heureux lui aussi. Cette victoire met fin à une longue attente de six ans pour obtenir des souverains espagnols le financement de son expédition vers les Indes occidentales.

L’Histoire ne retient souvent qu’une date, oubliant l’avant et l’après des événements marquants. Ainsi, l’année 1492 est irrémédiablement liée à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Le pari réussi de Christian Carisey est de nous dévoiler ce qui s’est passé avant le départ de la Santa Maria, de la Niña et de la Pinta.

De 1486 à 1492, nous suivons les destins entremêlés des Rois catholiques sur le point d’achever leur longue guerre contre les Maures, du Grand Inquisiteur Tomas de Torquemada en pleine préparation de son décret d’expulsion des juifs (il sera appliqué également en 1492), du confesseur de la reine, Hernando de Talavera, du dernier émir de Grenade, Boadbil, et de Colomb bien sûr qui, tel une Pénélope, attend le bon vouloir de ses majestés (Pourquoi diable a-t-il attendu ? En effet, Colomb a un temps songé à demander l’aide du roi de France puisqu’Isabelle et Ferdinand ne se décidaient pas. Dommage…).
La mise en scène de cette longue attente du navigateur est à mes yeux la grande force de ce roman. On s’attendrit, on compatit, on s’énerve contre ses opposants lors des débats de la commission chargée d’étudier le projet (le voyage leur semblait trop périlleux,           la mer Océane étant immense et bordée de grands feux), on espère qu’il va enfin pouvoir prendre la mer… Pourtant, nous connaissons déjà la fin !

J’avoue, j’aime les romans historiques. Quand ils sont bien faits, comme ici, ils nous transportent en des lieux et des temps lointains. Et quand nous les refermons, en plus d’une très agréable lecture, nous avons le sentiment d’avoir appris plein de choses.

Maîtresse Jedi

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« Les douze portes dans la maison du sergent Gordon » de George Makana Clark (Anne Carrière) * mémorable

 

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Quelle belle lecture que celle-ci, forte, passionnée, originale et superbement écrite. George Makana Clark nous livre l’histoire écrite à rebours du sergent Gordon, ancien militaire de l’ancienne Rhodésie, et contée par son fantôme. Mort depuis déjà longtemps, le sergent veut faire connaitre son histoire et, en creux, celle de son pays, depuis devenu le Zimbabwe. Alors il revient sur 12 épisodes de sa vie, de ses années d’enfer au fond d’une mine peuplée de cannibales et d’un prêtre fou, de son premier flirt derrière les sacs de sable qui protégeaient la maison de ses parents, de ses années d’études sous la férule d’un homme violent et soumis à l’alcool, de ses années d’apprentissage auprès d’un brûleur de cadavres rencontré par hasard et avec lequel il décida de rester quelques temps, recouvert de cendres humaines. Oh sa vie fut compliquée, pleine d’obstacles, de mort, d’assassinats et d’occasions manquées, mais aussi illuminée par l’amour d’une jeune fille, la camaraderie, ou la beauté d’une averse. Emprunte aussi de la peur de Dieu et des dieux, de la crainte d’être maudit, et des regrets.

La force de l’écriture de George Makana Clark tient en grande partie à l’harmonie avec la violence qui marqua son pays des années durant. Le lecteur ressent toute l’ardeur qu’a eu l’auteur à s’inscrire dans un contexte particulier, à mi-chemin entre légende et réalité, la terreur du surnaturel ne parvenant pas toujours à prendre le dessus sur celle inspirée par les hommes. Le destin du sergent Gordon renvoie étroitement à celui de son pays et de ses habitants, largement dominé par l’Histoire et ses vagues emportant tout sur leur passage : tels des fétus de paille, tous essaient tant bien que mal de maintenir la barre de leur vie alors même que tout fluctue et tout sombre. Pris dans le tourbillon de la guerre, des alliances conclues puis rompues, de la violence, des sentiments exacerbés par la proximité constante de la mort, le sergent Gordon et tous ceux qui jouèrent un rôle dans sa vie ont tout à la fois une influence déterminante et un rôle dérisoire.

Quelle beauté que ce texte, quelle puissance que cette histoire, quelle découverte que cet auteur. Tout est réuni dans ces Douze portes dans la maison du sergent Gordon pour en faire l’une des plus mémorables lectures de cette rentrée littéraire.

sweetie