« Sous le même toit » de Jojo Moyes (Milady) * grisant

Après avoir dévoré Avant toi et longuement pleuré en le refermant, l’avoir conseillé à tout le monde autour de moi, l’avoir même relu une nouvelle fois (oui oui, je vous assure !), vous vous doutez bien que j’étais plus qu’enthousiaste à l’idée de découvrir le nouveau roman de la talentueuse Jojo Moyes. Bien que consciente que je plaçais beaucoup (trop ?) d’espoir dans cette lecture, je m’y suis plongée à cœur ( 😊 ) perdu… . Et si ce deuxième roman que je lis d’elle ne m’a (évidemment ?) pas autant plu que le premier, j’ai tout de même passé un bon moment – et reste persuadée que Jojo Moyes est l’une des auteurs actuels les plus doués que j’ai pu lire.

Pourtant, soyons franche, j’ai eu bien du mal à entrer dans cette nouvelle intrigue : Isabel, jeune veuve évanescente, est psychologiquement broyée par la mort de son mari. Mère de deux enfants – Kitty, une ado responsable et sérieuse, et Thierry, un petit garçon qui s’est réfugié dans le silence et ne prononce plus un mot depuis la mort de son père plusieurs mois auparavant -, Isabel était surtout jusque là une violoniste renommée à la carrière internationale. Laurent, qu’elle avait toujours aimé, assumait pour sa part le quotidien de la famille, dans une routine confortable qu’elle pensait définitive. Mais l’accident de voiture, en plus d’avoir arraché un père et un mari aimé à sa famille, révèle aussi l’incapacité de la jeune femme à s’ancrer dans « la vraie vie » : jamais elle n’a eu à remplir le frigo, récupérer les enfants à l’école, préparer les repas ou remplir une feuille d’imposition, … . Laurent, mari et amant attentionné, avait toujours veillé à ne pas brider son talent et sa créativité avec ces considérations domestiques. Le choc de la perte est donc d’autant plus violent que la vie des trois membres restants de la famille explose et qu’Isabel prend conscience qu’elle ne sait pas – au premier sens du terme – s’occuper d’un foyer et d’une famille. Quand en plus elle apprend que leurs revenus en forte baisse vont les obliger à déménager dans une maison dont elle hérite par un drôle de concours de circonstances, elle pense ne jamais pouvoir faire face. C’était sans compter l’amour de ses enfants, leur soutien – malgré des incompréhensions difficilement surmontables -, la force de caractère de la jeune femme, mais aussi la rencontre dans cette nouvelle vie de nouveaux amis et alliés. Dans cette grande maison en ruine et qui semble s’effriter chaque jour un peu plus, et qui semble cristalliser les envies de si nombreuses personnes, la famille d’Isabel et la jeune femme elle-même amorceront un virage qui les conduira dans le mur ou leur permettra de s’aligner sur une nouvelle ligne de départ.

Le premier tiers du livre, qui se penche (trop) longuement sur un « état des lieux » de l’état psychologique d’Isabel, est bien trop développé, et plutôt ennuyeux. Jojo Moyes décrit très largement ses difficultés, ses états d’âmes, ses craintes, ses peurs, … faisant stagner l’intrigue. Mais une fois que la famille s’installe dans la maison espagnole et que ses membres commencent à interagir avec les habitants, on se laisse prendre au jeu : la maison devient une métaphore de la situation de Kitty, Isabel, Thierry et nombre de personnages principaux – cachant d’hideux défauts sous un vernis artificiellement brillant. L’auteure parvient à faire de la maison et de son écrin de nature dans la campagne anglaise des personnages secondaires à part entière, dont on guette les sautes d’humeur et les beautés. Cette deuxième partie de roman est menée de main de maître : suspense, surprise, rebondissements, faux semblants, sentiments, … se mêlent dans un bouillon d’humanité convaincant et grisant. Et parce que je suis une inconditionnelle optimiste, je décide de conclure en vous disant que s’il n’est pas, selon moi, à la hauteur de Avant toi, Sous le même toit est une très belle lecture que je vous conseille !

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« Là où tu iras j’irai » de Marie Vareille (Mazarine) * Prosecco!

La vie d’Isabelle est merveilleuse : elle vit le parfait amour avec Quentin (super canon et meilleur petit ami du monde), a des amis en or – Amina, amoureuse d’un homme mariée et quelque peu imprévisible, et Alexandre, père célibataire de 3 enfants turbulents qu’il adore -, et vient de se faire offrir par le premier un chien : Woody-Allen (sorte de chihuaha à houppette décolorée, qui ressemble vaguement à un chien et franchement à un Gremlins). Petite ombre au tableau : depuis des débuts prometteurs dans le cinéma alors qu’elle était ado (ne lui demandez pas de quand date ce film !), sa « carrière » végète. Enfin, carrière… Grosse ombre au tableau – que dis-je, cataclysme : Quentin la demande en mariage. Quelle idée ! Cela ne fait que… 5 ans que ces deux là filent le parfait amour et se complètent au quotidien (l’un débouche le tube de dentifrice, l’autre le rebouche ; l’un est responsable, l’autre… un peu moins). Isabelle ne peut accepter, et parce qu’elle refuse de s’engager, mais aussi de continuer à faire souffrir Quentin (dont les projets ne sont finalement pas les siens), elle préfère mettre un terme à leur relation. Un sacrifice qui en plus de la priver de l’homme de sa vie la conduit à la rue, avec 24 euros sur son compte bancaire. C’est alors que son chemin croise celui d’Adriana, fille d’un réalisateur bien connu, qui lui propose un drôle et étrange marché, pour un salaire mirobolant. Même si elle a quelques scrupules (surtout à laisser Woody-Allen à Amina), Isabelle n’a pas tellement le choix : elle accepte et file passer 15 jours en Italie avec la famille Kozlowski. Et ce qui arrive, même le plus talentueux des scénaristes n’aurait pu le prévoir.

Avec beaucoup d’humour et de talent, Marie Vareille nous entraine sur les pas d’une héroïne hors norme, probablement d’ailleurs parce qu’elle n’en a pas le profil. Et pourtant, on s’attache à elle dès les premières lignes, se laissant surprendre par son sens de la logique et des priorités, attendrir par ses états d’âme, séduire par sa spontanéité. On rit aussi, parfois d’elle – et de son incroyable maladresse – mais souvent avec elle : Isabelle devient très rapidement une amie que l’on pense connaître depuis toujours et à laquelle on souhaite de tout cœur un dénouement heureux. Et ce n’est pas gagné ! Car la famille dont elle va avoir la charge par cet étrange concours de circonstances est complétement déjantée, et a volé en éclat à la suite d’un drame toujours très présent. De quoi raviver quelques pénibles souvenirs aussi du côté d’Isabelle, et lui insuffler l’énergie nécessaire pour tenter de remettre sur les rails la famille Kozlowski … et sa vie !

Là où tu iras j’irai tient donc toutes ses promesses (on avait adoré Je peux très bien me passer de toi, Charleston) et nous convainc une nouvelle fois qu’il faut très étroitement surveiller les actus de Marie Vareille, sous peine de se priver d’une superbe lecture !